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Drones, tanks, frégates : Erdogan booste son industrie militaire

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LETTRE TURQUE. Depuis 2002, la Turquie a développé son armée tout en réduisant ses importations militaires. Un motif de fierté pour Erdogan.

Le president turc Recep Tayyip Erdogan pose sa signature sur un drone turc, en septembre 2019 a Istanbul.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan pose sa signature sur un drone turc, en septembre 2019 à Istanbul.© Muhammed Enes Yildirim / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP

Par Guillaume Perrier Publié le 28/01/2021. LE POINT

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« Il n’y a que dix pays dans le monde capables de construire leurs propres navires de guerre, et nous en faisons partie. » Devant la frégate qui venait d’être mise à l’eau sur le quai des chantiers navals d’Istanbul, samedi dernier, le président turc Recep Tayyip Erdogan n’a pas caché sa fierté. Le TCG Istanbul, de production « locale et nationale », conçu avec des technologies à 75 % turques, est entré en service. Navire-amiral d’une flotte modernisée, fleuron d’un programme de quatre bâtiments lancé en 2017 par Ankara en coopération avec le Pakistan, la frégate Istanbul viendra renforcer le dispositif naval turc en Méditerranée, où la Turquie s’est déployée ces derniers mois.

Elle est le symbole d’une industrie militaire turque en plein essor, avec le soutien massif de l’État qui y a investi 50 milliards d’euros. « Depuis 2002, nous avons développé près de 700 projets militaires, la moitié d’entre eux ces cinq dernières années », a fait remarquer le « Reis » lors de l’inauguration officielle. « Et le nombre d’entreprises du secteur de l’industrie militaire dépasse 1 500 et leur chiffre d’affaires atteint 11 milliards de dollars [9 milliards d’euros]. » En ayant massivement recours à des partenariats public-privé, la Turquie fabrique désormais ses propres tanks, ses véhicules blindés, des navires et bientôt des missiles de croisière… Et la politique étrangère agressive de son président alimente cette industrie qui a fait au passage quelques fortunes rapides. En 2002, lorsque son parti est arrivé aux commandes (AKP, parti de la justice et du développement), la Turquie importait 70 % de ses armes et équipements militaires, pour 30 % de production locale. Aujourd’hui, le ratio est inversé.

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Les drones restent bien sûr le produit-phare, l’attraction scrutée par les professionnels du secteur au traditionnel Tekno Fest, le salon annuel de l’armement à Istanbul. Dans les conflits récents où s’est impliquée la Turquie, les drones armés ont fait preuve de leur efficacité : en Syrie, en Libye et dans le Haut-Karabakh, ils ont procuré un avantage décisif aux troupes turques ou à leurs mercenaires syriens en faisant sauter rapidement les lignes de défense. La Turquie, affirme Erdogan, « fait aujourd’hui partie des trois ou quatre pays en pointe sur cette technologie ». Ce succès national est incarné par un ingénieur quadragénaire, Selçuk Bayraktar. Héritier de la compagnie familiale Baykar et diplômé du MIT à Boston, il a développé dès 2007 un ambitieux programme de drones militaires qui a, depuis, achevé de convaincre les plus sceptiques. L’armée turque est son meilleur client, mais son modèle TB2 s’exporte aussi en Ukraine, au Qatar, en Somalie et il intéresse de nombreux pays. Les services de sécurité raffolent des drones. À Istanbul, la police les utilise pour surveiller les rues ou les manifestations. Pour couronner le tout, le petit génie a été propulsé dans le cercle intime de la famille Erdogan puisqu’il a épousé Sümeyye, la fille cadette et conseillère du président, en 2016.

Futur grand de l’armement ?

Les industriels de l’armement sont devenus familiers du palais présidentiel. Le Reis a la haute main sur le dossier. « Le désir d’Erdogan d’étendre et de développer l’industrie militaire nationale est une ambition personnelle », estime Ferhat Gurini de la fondation Carnegie. Surtout depuis que le sous-secrétariat aux industries de défense (SSB) est passé sous son contrôle direct en 2018. Outre le gendre Bayraktar, l’homme d’affaires Ethem Sacak est un habitué. Patron de BMC, fabricant de véhicules militaires, il a récupéré l’entreprise en 2013, après sa saisie à un groupe en faillite, et il s’est associé avec le Qatar, allié de la Turquie, qui en possède 49 %. Avec la bénédiction de son ami Erdogan. Pas un terrain ne lui échappe. Le général à la retraite Adnan Tanriverdi, conseiller militaire et fondateur de la compagnie de sécurité privée Sadat, présente sur tous les fronts turcs, est un autre intime.

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Si la Turquie est quatorzième exportateur, encore loin des premiers au classement, peu glorieux, des pays vendeurs d’armement (la France est troisième en 2020), c’est une puissance en devenir. Elle exporte pour environ deux milliards d’euros de matériel militaire vers près de trente pays. Ses principaux clients sont les pays du Golfe, le Turkménistan, le Pakistan, la Malaisie… Les autres, sur le continent africain. Selon la fondation suédoise SIPRI qui livre chaque année un rapport pointu sur les ventes d’armes, la Turquie est l’un des acteurs émergents du secteur, contribuant au trafic mondial et à la prolifération des armes dans des zones instables.

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