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Vaccination: «Brexit 1, Bruxelles 0»

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TRIBUNE – La pénurie de vaccins guette les vingt-sept tandis que le Royaume-Uni vaccine sans relâche, s’alarment Olivier Babeau, Nicolas Bouzou et Laurent Alexandre*. Les conséquences ne seront pas seulement sanitaires et économiques, mais géopolitiques.Par Olivier Babeau, Nicolas Bouzou et Laurent Alexandre *

Publié le 29/01/2021. LE FIGARO

Israël a injecté 54 doses pour 100 habitants, le Royaume-Uni 13, les États-Unis 9 et l’Union européenne 2. Les conséquences sanitaires, psychologiques et économiques sont considérables.230079230/Trsakaoe – stock.adobe.com

Fin 2020, une large partie de l’opinion française espérait retrouver une vie normale grâce à la mise au point des vaccins, fruit d’une fascinante course technologique. Pour stopper le virus au moment où il mute, circule plus vite et devient vraisemblablement plus dangereux, il faudrait vacciner rapidement et massivement.

Hélas, les doses arrivent au compte-gouttes en Europe puisque les autres pays du monde ont mieux verrouillé leur approvisionnement. Notre seule porte de sortie de la crise sanitaire s’éloigne ainsi de plusieurs mois.

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Les comparaisons internationales sont cruelles. Israël a injecté 54 doses pour 100 habitants, le Royaume-Uni 13, les États-Unis 9 et l’Union européenne 2. Les conséquences sanitaires, psychologiques et économiques sont considérables.

Sur le plan médical, Israël est un excellent laboratoire pour mesurer la perte de chance pour les Européens puisque la quasi-totalité des gens fragiles y sont déjà vaccinés. Sur un échantillon de 135.000 seniors israéliens ayant reçu les deux injections, on observe un taux d’hospitalisation égal à zéro et une quasi-absence de formes symptomatiques du Covid-19 chez les sujets infectés par le virus malgré le vaccin. Si l’Europe avait le programme vaccinal israélien, cela aurait pu sauver au début du printemps plus de 1000 vies chaque jour pour un niveau donné de confinement. Pendant que l’Europe procrastinait, le premier ministre Israélien Benyamin Nétanyahou a téléphoné personnellement 17 fois au président de Pfizer pour sécuriser les millions de doses de vaccins à ARN. Boris Johnson s’est impliqué personnellement dans la guerre des doses vaccinales et l’Amérique a massivement soutenu les laboratoires.

Nous avons vacciné davantage ces trois derniers jours que la France, par exemple, n’a vacciné depuis le début de l’histoire de cette maladieMatt Hancock, secrétaire d’État britannique à la Santé

Le 24 janvier, le secrétaire d’État britannique à la Santé, Matt Hancock, s’est moqué: «Nous avons vacciné davantage ces trois derniers jours que la France, par exemple, n’a vacciné depuis le début de l’histoire de cette maladie.» L’Union européenne découvre que son programme vaccinal a échoué puisqu’elle est la variable d’ajustement des laboratoires pharmaceutiques pour les livraisons.

L’Union aura justifié dans l’affaire des vaccins beaucoup des reproches qui lui sont régulièrement adressés: elle réplique en plus grand les lourdeurs de notre propre machine administrative. À l’heure où nous sommes placés face au triple défi de concevoir des solutions rapides, nouvelles et audacieuses, la bureaucratie européenne n’a pas su éviter les dérives classiques de ce genre d’organisation: lenteur des procédures passant dans chaque couche hiérarchique, préférence pour des solutions connues mais inadaptées, incapacité à en imaginer d’autres et réflexe de couvertures en cascade des acteurs contre les risques. L’administration est une machine à temporiser, contrôler la conformité par rapport aux règles existantes et se couvrir contre la responsabilité. L’exact contraire de ce dont nous avons besoin. Le système de gouvernance et de décision de l’Union a été fait pour les équilibres et enjeux du XXe siècle. C’est un paquebot à une époque où le jeu est devenu une course de vitesse et d’agilité.

Dans la course aux vaccins, nous avons été naïfs, maladroits et peu pragmatiques. Terrible constat dont ne manqueront pas de se souvenir des électeurs qui, il faut le reconnaître, n’avaient pas besoin de cela pour entretenir vis-à-vis de l’Union européenne des sentiments ambivalents.

On oublie souvent de mentionner l’endettement privé, en réalité plus problématique que l’endettement public

Au-delà du drame médical, ce retard de vaccination pose pour l’Union européenne deux problèmes.

Un problème macroéconomique d’une part. Car ce retard se paie d’un surcroît de chômeurs, de pauvres et d’endettement public et privé. La circulation virale, pas encore freinée par la vaccination, oblige les États à mettre en place des mesures restrictives qui sont évidemment néfastes pour l’activité. Les États soutiennent à juste titre entreprises et ménages qui, dans ces conditions, ne peuvent pas générer de revenus suffisants. On oublie souvent de mentionner l’endettement privé, en réalité plus problématique que l’endettement public. Pour payer leurs charges, les entreprises contractent des dettes auprès des banques ou même auprès des pouvoirs publics qui repoussent des échéances sociales ou fiscales. En France, depuis un an, la dette bancaire et obligataire des entreprises non financières a augmenté de plus de 200 milliards d’euros. Le remboursement risque d’obérer la capacité d’investissement de nos entreprises, alors même qu’elles ont un besoin massif de s’équiper en outils numériques, robots, intelligence artificielle, imprimantes 3D, etc.

Le retard dans la vaccination pose d’autre part un problème géopolitique. Si Israël, le Royaume-Uni ou même les États-Unis ont mis tant d’énergie dans les achats de vaccins et la vaccination de la population, ce n’est pas seulement pour des raisons sanitaires, économiques et sociales. C’est aussi car la capacité à vacciner vite est un élément de soft power.

Par ce retard, l’Union Européenne démontre son absence d’esprit de puissance. Celui qui vaccine peu et lentement est un «looser» de l’Histoire. Ce sentiment d’humiliation risque de pousser les Européens vers le vote populiste. La crise politique s’ajouterait à la crise sanitaire, économique et sociale, comme si cela ne nous suffisait pas.

* Le Dr Laurent Alexandre, entrepreneur, est cofondateur du site Doctissimo. Olivier Babeau, essayiste, préside le think-tank Institut Sapiens. Nicolas Bouzou est économiste et fondateur du cabinet de conseil Asterès.

À voir aussi :

L?OMS dénonce «le nationalisme» de l?UE après la décision de contrôler les exportations de vaccins contre le Covid-19 – Regarder sur Figaro Live

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