MEMORABILIA

Rencontre avec l’ambassadeur d’Israël : deux animateurs de Beur FM sanctionnés par la direction

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Rose Ameziane et Malik Yettou, présentateurs de “l’actu autrement” sur Beur FM

Par  Charlotte d’Ornellas. Publié le 01/02/2021 – VALEURS ACTUELLES

Deux animateurs de Beur FM, Rose Ameziane et Malik Yettou, viennent d’être sanctionnés par la direction de la radio à la suite d’une rencontre avec l’ambassadeur d’Israël. Devant le déni de leur direction, les animateurs dénoncent des blocages idéologiques et de l’antisémitisme. Entretien.

Valeurs actuelles. Vous affirmez avoir été sanctionnés par la direction de Beur FM. Que vous a-t-on reproché exactement ?
Rose Ameziane et Malik Yettou. Il nous a été reproché en premier lieu d’avoir rencontré l’ambassadeur et son porte-parole afin d’échanger sur l’accord de paix entre Israël et le Maroc ainsi qu’un tweet de l’ambassade d’Israël nous remerciant pour cette rencontre.

Depuis vos révélations, la direction de la radio nie vous avoir sanctionnés…
Il est facile aujourd’hui pour la direction après le tollé suscité par nos révélations de vouloir sauver les apparences en jurant que nous n’avons pas été sanctionnés et que l’émission sur l’accord entre le Royaume du Maroc et Israël est ou était dans les tuyaux. Mais la réalité est tout autre, il y avait aucune volonté de recevoir l’ambassadeur d’Israël de la part de la direction et elle nous l’avait indiqué. De ce fait ils n’ont jamais répondu aux sollicitations de l’ambassade.

Quand aviez-vous débuté votre émission et quel en était le but ?
On a animé deux émissions, lundi politique et l’actu autrementLundi politique a vu le jour le 9 février 2020 et l’actu autrementle 11 septembre 2020. L’objectif de ces débats politiques était d’amener une pluralité d’opinions au sein de la radio et de l’offrir à nos auditeurs et auditrices. On avait à cœur de proposer une diversité d’opinion et faire vivre le débat au sein de notre émission.

« On nous faisait comprendre qu’il fallait cesser de recevoir des invités trop proches de la droite »

Aviez-vous déjà eu des problèmes avec la direction de la radio, dans l’organisation de votre émission, sur des sujets ou des invités ?
Au commencement on avait carte blanche de la part de la directrice pour animer les débats, c’était l’esprit. On a décidé de censurer personne, de laisser toutes les idées politiques s’exprimer. On souhaitait ouvrir l’antenne à toutes les sensibilités politiques car il nous semblait que les auditeurs devaient pouvoir se faire leur propre opinion sur le contenu des débats que nous proposions. Mais il s’est avéré que nous n’avions pas carte blanche dès que nous recevions le Rassemblement national, le Figaro, Valeurs actuelles par exemple. Nous avons senti des levées de bouclier de la part de la direction qui nous a reproché de faire du « Cnews bis » et d’imiter du Balance ton post. Il suffisait d’un tweet critique ou mécontent de la présence d’un débatteur pour que la direction se braque. On nous faisait comprendre qu’il fallait cesser de recevoir des invités comme Natacha Polony, Jean Messiha, Alexandre Devecchio, Amine El Khatmi, des invités selon eux trop proches de la droite qui étaient donc à proscrire. Ils avaient une limite idéologique et politique. A plusieurs reprises, on a ressenti des tensions avec la direction lors d’échanges verbaux, de mails, de messages. Puis la direction nous a dit qu’elle voulait recevoir la liste des invités, et les sujets bien avant les émissions pour pouvoir les valider ou non.

Et comment avez-vous réagi ?
Nous ne concevions pas de travailler et d’animer dans ces conditions. On a trouvé ce procédé trop intrusif, on nous a imposé des conditions pour nous mettre une pression supplémentaire, et puis progressivement l’objectif était clairement de nous faire taire. On a commencé à avoir moins de liberté sur les sujets. On a débuté par une ligne ouverte où les invités de divers horizons politiques s’exprimaient et avec lesquels nous échangions en toute liberté. Puis la direction nous a censuré. Les invités devaient être triés et nous avions comme consigne de privilégier un certain type d’intervenants. Notre vision et notre esprit d’ouverture dérangeaient cette direction. Cet esprit d’ouverture a été sanctionné suite à la rencontre avec l’ambassade d’Israël.

Comment expliquez-vous la réaction assez hallucinante à une simple rencontre avec l’ambassadeur d’Israël, en vue d’une émission sur un thème d’actualité ?
Nous avons la conviction profonde qu’ils ont cédé à une minorité agitée des réseaux sociaux et à une idéologie nauséabonde. Israël était la ligne rouge. Il n’était pas question qu’on les rencontre et qu’on fasse une émission ! Il faut le dire nous sommes dans un antisémitisme non avoué et on se retrouve impacté directement et violemment par ce qu’on appelle un antisémitisme par ricochet. Pour nous, il n’y a aucun doute.

« Pour nous, il n’y a aucun doute : nous sommes dans un antisémitisme non avoué »

Qu’est-ce qui vous a poussés à médiatiser cette réaction ?
L’indignation. C’est pour nous tellement incompréhensible, brutal et violent. La seule force qui nous restait, c’était de dénoncer et d’informer. Il était hors de question d’accepter l’inacceptable. On a décidé de faire tomber les masques. On a été victime de menaces, d’injures sans qu’il y ait de réactions de la part de la direction…

Avez-vous reçu des soutiens étonnants ? Ou des réactions décevantes ?
On a eu des soutiens de personnes qui se sentent indignées et qui partagent notre point de vue. Des personnalités politiques comme Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, Coralie Dubosc, Julie Garnier mais aussi l’imam Bajrafil ou l’islamologue Rachid Benzine et l’ambassade d’Israël. De nombreux journalistes nous ont bien entendu apporté des témoignages de soutien. Lutter pour la liberté d’expression ou contre l’antisémitisme devrait toujours être un combat porté par tous.

Des réactions décevantes ? Ce sont les réactions de la part de personnes qui ont essayé de minimiser la situation ou de faire la politique de l’autruche en nous expliquant qu’on « lave son linge sale en famille ». Ce qui est décevant également c’est que certains ne comprennent pas la gravité de ce qui vient de se passer et des enjeux. Nous ne devons pas fuir devant de tels sujets et être dans le déni. Dans ce genre de combat, de lutte, on doit avoir une solidarité implacable. On doit dire « non » ensemble. Certains n’ont pas le courage de dénoncer ce qui porte un nom… l’antisémitisme !

Qu’espérez-vous désormais ?
D’une part, des excuses franches et sincères de la part de Beur FM et qu’ils prennent leurs responsabilités. J’aimerais franchement, à travers ce qui nous vient de nous arriver une réaction commune, une condamnation unanime et un geste fort du ministère de l’intérieur. Nous devons dénoncer ces actes et renforcer les liens entre la communauté juive et musulmane. C’est notre génération qui doit changer la donne, qui doit tenir un message de paix. Nous sommes français, on doit le rappeler. Ce qui nous rassemble ce sont nos valeurs communes et ce qui se passe entre les Israéliens et les marocains, c’est un espoir fédérateur ! Il y a assez de gens pour faire la guerre et il y en a trop peu pour faire la paix et pour s’unir.

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