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ENQUÊTE. Sanofi, épisode 3 : Le plan de la dernière chance

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Paul Hudson, le patron de Sanofi, le martèle depuis son arrivée : pour se sauver, Sanofi va devoir se réinventer de fond en comble. Un choc nécessaire pour espérer retrouver les sommets.

 Article réservé aux abonnésLe nouveau patron de Sanofi mise sur les maladies rares, l'immunologie et l'oncologie, à travers six médicaments avec lesquels il espère bien rafler la mise.
Nathan Saint John

Le nouveau patron de Sanofi mise sur les maladies rares, l’immunologie et l’oncologie, à travers six médicaments avec lesquels il espère bien rafler la mise. Nathan Saint John

Nathan Saint JohnPar Béatrice Mathieu, Stéphanie Benz et Emmanuel Botta publié le 03/02/2021 dans l’hebdo l’EXPRESS du 04 Février

Si vous n’avez pas lu les épisodes 1 et 2 de notre enquête inédite consacrée à Sanofi, retrouvez les ici : 

Sanofi, épisode 1 : Les origines d’un échec retentissant 

Sanofi, épisode 2 : Une décennie d’erreurs stratégiques 

Chapitre 7. Le virage Hudson, comme un air de déjà-vu

Pour survivre, Sanofi doit gagner en agilité, se focaliser sur les domaines où il peut faire la différence et réduire son train de vie. Voilà, en substance, ce que le directeur général Paul Hudson a annoncé aux salariés français en décembre 2019, cent jours après son arrivée, en dévoilant son plan « Play to win » (Jouer pour gagner). En Floride, dans sa villa de Key West, Chris Viehbacher a dû rire sous cape tant le projet du Britannique semble labourer le sillon qu’il avait lui-même creusé quand il était à la tête de l’entreprise il y a dix ans. Et qui a fini, pense-t-il, par lui coûter son poste. « L’habillage est différent, car Paul Hudson est plus rond, il a le tutoiement facile, mais on y retrouve exactement les mêmes recettes », lâche Jean-Marc Burlet, coordinateur CFE-CGC du groupe tricolore. https://player.acast.com/5db07f2208b2423e62ece39b/episodes/601ad4f4e03e253d939eb791?token=2232cd759856414dc1c2&theme=white&latest=1

Dans le détail, le plan prévoit de recentrer le portefeuille sur les aires thérapeutiques les plus prometteuses : l’oncologie, les pathologies rares, ou encore les vaccins. L’ancien de Novartis a ainsi décidé d’arrêter la recherche sur le diabète et les maladies cardiovasculaires, des champs pourtant historiques. « Un choix fort mais nécessaire : ces deux domaines subissent une grosse pression à la baisse sur les prix, et les possibilités de trouver des innovations de rupture avec des marges élevées sont minces », explique Martial Descoutures, analyste financier au sein d’Oddo BHF. Ce plan prévoit par ailleurs la suppression de 1 700 postes en Europe, dont 1 000 dans l’Hexagone, « mais sans départ contraint », promet le patron de Sanofi France, Olivier Bogillot ; la cession de plusieurs centaines de médicaments à faible valeur ajoutée ; et un programme d’économies de 2 milliards d’euros d’ici à 2022. LIRE AUSSI >> EDITO. Sanofi, miroir du déclassement français

Si la filiation entre les stratégies des deux capitaines d’industrie est indéniable, Chris Viehbacher voulait, lui, aller bien plus loin avec son plan « Phoenix ». Un projet secret dont l’objectif était de restructurer, en France, 18 sites fabriquant des produits à faible valeur ajoutée, menaçant ainsi plus de 2000 emplois. Révélé dans la presse, Phoenix enflamme les salariés, qui se mettent en grève au cri de « Sanofric », et Arnaud Montebourg, alors ministre de l’Economie, n’hésite pas à traiter le Germano-Canadien de « patron voyou ». Le conseil d’administration siffle la fin de la partie en mettant son veto. 

Autre différence, l’actuelle équipe dirigeante a la pleine confiance de son conseil d’administration. Enfin, Paul Hudson souhaite réinvestir dans la recherche. Si le plan de restructuration prévoit la suppression de 364 postes de chercheurs en France, nombre d’entre eux devraient à terme être remplacés par de jeunes doctorants spécialisés dans les nouvelles aires thérapeutiques prioritaires. « Une bonne chose », applaudit Sacha Pouget, directeur associé de Kalliste Biotech Advisors, qui rappelle que, depuis treize ans, Sanofi était tombé de la 4e à la 11e place dans le classement des grands labos en termes de budget de recherche. Parallèlement, les 11,7 milliards d’euros dégagés par la vente de ses parts dans Regeneron permettront au champion tricolore de pouvoir mettre la main sur des pépites de la biotech. A noter également l’autonomisation de la division santé grand public (Doliprane, Allegra…), qui pourrait, selon les syndicats, aboutir à une vente pour un montant oscillant entre 20 et 30 milliards d’euros. De quoi faire de bien jolies emplettes. 

Chapitre 8. Pluton, outil de souveraineté ou nouvel enfumage ?

En astronomie, Pluton se range parmi les planètes naines. Mauvais présage pour l’un des projets phares de Sanofi : créer un ­leader européen des principes actifs, ces molécules essentielles à la fabrication des médicaments. Au printemps dernier, le grand public découvrait, effaré, l’extrême dépendance de l’industrie pharmaceutique européenne aux fournisseurs chinois et indiens. Entre 60 et 80 % des principes actifs entrant dans la composition des anti-infectieux, anticancéreux ou des médicaments d’urgence-réanimation ­proviennent d’Asie. Une fragilité maintes fois dénoncée par l’Académie nationale de pharmacie. Depuis des lustres, l’idée de monter de toutes pièces un sous-traitant européen indépendant qui pourrait travailler pour tous les laboratoires du continent est sur la table. LIRE AUSSI >> Relocalisation : les pistes de Sanofi pour créer un géant européen des principes actifs

Pour Sanofi, ce projet porte un nom : Pluton, rebaptisé récemment Euroapi. Un Meccano habile qui vise à sortir du giron du groupe six usines spécialisées dans la fabrication de ces précieuses molécules, de filialiser l’ensemble et de ­l’introduire en Bourse en 2022, Sanofi ne conservant que 30 % du capital. « Ces usines travaillent déjà pour des laboratoires tiers. Les rendre autonomes leur permettra d’aller trouver de nouveaux clients peu enclins jusqu’à présent à nous faire travailler. D’autres acteurs pourront aussi s’y associer », détaille Olivier Bogillot.  

A première vue, rien à redire : un beau projet industriel qui fleure bon la souveraineté. Pourquoi fait-il alors tiquer certains observateurs ? « Si l’idée est de fédérer d’autres acteurs, pourquoi Sanofi y va-t-il seul ? » s’interroge l’un d’eux. A Bercy, Agnès Pannier-Runacher affirme soutenir ­l’approche de l’entreprise. On a vu plus empressé… Alors que la promesse de relocalisation est un des points forts du plan de relance, pour l’heure, ni les fonds publics, ni ceux de Bpifrance ou de la Banque européenne d’investissement ne sont parties prenantes. Pour les syndicats, c’est une façon de se délester de certaines activités qui ne sont plus stratégiques pour la nouvelle direction. De là à dire que Pluton est un projet gazeux… 

Chapitre 9. Sanofi peut-il se réinventer un avenir ?

Si la stratégie est affichée clairement ­- recentrage, innovation, réorganisation -, les résultats seront-ils au rendez-vous ? Actuellement, la croissance du groupe repose pour une large part sur un seul médicament : le Dupixent, hissé au rang de blockbuster potentiel. Les ventes de ce produit contre l’eczéma ont déjà rapporté plus de 2 milliards d’euros. Paul Hudson espère les pousser jusqu’à 10 milliards, par une politique agressive d’extension d’indications : asthme, polypes nasaux, allergies… « Le véritable enjeu, maintenant, c’est de préparer 2025-2030 », souligne Martial Descoutures, d’Oddo BHF.  

Outre les vaccins, le nouveau patron mise sur les maladies rares, l’immunologie et l’oncologie, à travers six médicaments avec lesquels il espère bien rafler la mise, et un « pipeline » (une liste de produits en développement) qui se remplit peu à peu. « Pour l’instant, les investisseurs n’y croient pas et ne les intègrent pas dans la valorisation de la société. Néanmoins, des paris sont pris, ce qui n’était plus le cas depuis longtemps », ajoute l’analyste. « Sanofi va dans la bonne direction, mais ce sont les performances cliniques qui seront le juge de paix », confirme Jean-Jacques Le Fur, spécialiste de la pharmacie au sein de la banque d’investissement Bryan, Garnier & Co. LIRE AUSSI >> Vaccins contre le Covid-19 : dans les labos, c’est le coup de chaud

Les performances ­cliniques, ainsi que la capacité de devancer ses concurrents plutôt que de les suivre – devenir à la fois « les meilleurs » et « les premiers », comme le répète Paul Hudson. Parmi ses potentiels futurs médicaments vedettes, le laboratoire français mise notamment sur deux traitements contre l’hémophilie. « Mais les essais de l’un d’eux ont été suspendus temporairement pour des questions de sécurité, et un produit du laboratoire Roche prend déjà des positions fortes dans ce domaine », note Jean-Jacques Le Fur. Un médicament contre la sclérose en plaques qui s’administre par la voie orale soulève davantage d’enthousiasme chez les analystes. En oncologie, en revanche, tout est à reconstruire : l’ancien leader du secteur redémarre presque de zéro. Et, pour l’instant, les experts interrogés par L’Express sont à l’unisson : le groupe peine à présenter des stratégies originales. « Ils arrivent tard, sur des terrains déjà labourés par leurs concurrents, et ils doivent se contenter de marchés de niche », résume l’un d’eux. 

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