MEMORABILIA

« Les francs-maçons, les «barbouzes» et la coach »…

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Une lamentable pantalonnade, ou un nouvel « incident de parcours » qui ne va pas rassurer le bon peuple sur la façon dont son pays fonctionne?…Artofus.

RÉCIT – Une surréaliste association de malfaiteurs a ciblé une chef d’entreprise du Val-de-Marne.

Par Christophe Cornevin LE FIGARO, 3 février 2021

Un réseau maçonnique, des profils de «barbouzes» qui frisent la caricature, des soldats «perdus» gravitant aux limes des services secrets et d’anciens policiers du renseignement, tous de mèche pour occire une coach hypnotiseuse de la banlieue parisienne: jetés ainsi pêle-mêle pour faire tourner à plein régime la machine à fantasmes, les protagonistes de cette histoire pourraient alimenter une trame folle et extravagante comme Audiard n’aurait jamais osé l’imaginer. En levant un coin du voile cependant, cette ubuesque association de malfaiteurs cache en fait une minable affaire de règlements de comptes. Et, peut-être, d’autres assassinats ou tentatives qui pourraient défrayer la chronique. Seule une enquête serrée et méthodique de la brigade criminelle de Paris a permis de tirer à un à un les fils de cette surréaliste affaire.

«Pieds nickelés»

Celle-ci démarre au cœur de l’été par un épisode digne des «Pieds nickelés»: le 24 juillet au petit matin, un équipage de la brigade anticriminalité de Créteil contrôle une Clio noire signalée volée dans laquelle se trouvent deux hommes gantés et faisant le guet. Vêtus de sombre, ils se sont fait repérer, comme des «amateurs», par un riverain qui a donné l’alerte. La fouille du véhicule permet de découvrir des couteaux de dotation de l’armée, des capuchons d’oreille en général utilisés par les sicaires avant un passage à l’acte, ainsi qu’un pistolet 9 mm approvisionné. Une cartouche est déjà chambrée et le canon, surmonté d’un silencieux de fortune, fabriqué à parti d’un sachet de Pom’Potes rempli de coton. Dans la voiture qui les mène au commissariat, les deux suspects font d’emblée des déclarations fracassantes, soutenant être affectés au Service action (SA) de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE).

En garde à vue, ils affirment devant les policiers médusés qu’ils s’apprêtaient à tuer Marie-Hélène Dini, une «coach» psychothérapeute de 54 ans pratiquant l’hypnose, soi-disant agent du Mossad. Les espions d’opérette racontent tour à tour qu’elle aurait «recruté» pour les services secrets israéliens, puis qu’elle livrait des informations classifiées. Mais cette thèse abracadabrantesque se flétrit et vole en éclats à mesure des auditions.

Vérifications faites auprès de la DGSE, Pierre B. et Carl E. sont en réalité des militaires du rang de l’armée de terre de 23 et 28 ans, chargés de filtrer les entrées du Centre parachutiste d’entraînement spécialisé de Saran, dans le Loiret, l’une des bases du «SA». N’ayant jamais été formés aux missions du «service», ces «gardes-barrière», habilités au secret de la défense nationale par la force des choses, ne pouvaient par définition pas être chargés d’une quelconque mission opérationnelle. Ce que la brigade criminelle, saisie au regard de la sensibilité du dossier, a établi de manière indubitable.

Comme dans un jeu de dominos, les policiers du «36» vont faire tomber les complices les uns après les autres jusqu’au présumé «cerveau» de la machination. Grâce à des multiples recoupements téléphoniques et aux auditions, ils se rendent d’abord compte que les deux tueurs «baltringues» de Créteil étaient en contact avec Sébastien L., un agent de sécurité versé dans la protection rapprochée et présenté comme «très dangereux et traînant dans les contre-allées des services». Possible recruteur des hommes de main, ce dernier est placé sous mandat de dépôt le 28 juillet. S’il reconnaît avoir monté une «équipe» avec l’aide de Yannick P., ex-policier du renseignement reconverti comme formateur et expert judiciaire agréé dans la détection des faux documents, Sébastien L. refuse de livrer le nom du commanditaire, qu’il nomme juste le «Vieux» et qui selon lui «fait peur…»

Opiniâtre, la brigade criminelle accumule les indices et les interrogatoires très fouillés. À la faveur de ses investigations, les policiers décident de convoquer le 21 janvier dernier la compagne de Sébastien L. et de mener une perquisition à son domicile. L’enquête, qui semblait marquer le pas, rebondit quand les policiers découvrent dans son téléphone mobile le nom de Daniel B., un ancien commandant. Pointant à l’ex-Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), il s’est reconverti lui aussi dans le conseil et l’intelligence économique. Bingo! Sa trajectoire est comme familière pour les enquêteurs, qui l’interpellent à son tour le 22 janvier.

Une véritable haine

L’énigme est levée. Passant aux aveux, l’ex-flic se dit membre d’une loge maçonnique située à Puteaux, dans les Hauts-de-Seine, et au sein de laquelle le «vénérable maître», Jean-Luc B., n’est autre qu’un «coach» rival de Marie-Hélène Dini. Le contentieux larvé qui les opposait depuis plusieurs mois s’était transformé en une véritable haine. Les policiers tiennent alors un mobile en béton. Avec l’aide d’un autre frère de la même loge, «ancien vénérable» grenouillant lui aussi dans la sécurité privée, Daniel reconnaît avoir fait appel à Sébastien L. et ses hommes de main pour «effacer» la «coach» de Créteil. «Ma cliente avait alors prévu de créer un groupement de type syndical pour réglementer les pratiques de la profession et cela ne faisait pas que des heureux. Son concurrent risquait de ne plus être labellisé», confie au Figaro son avocat Me Joseph Cohen-Sabban. En octobre 2019, Marie-Hélène Dini avait été violemment molestée devant son domicile et son ordinateur lui avait été arraché. À l’époque, la chef d’entreprise, qui a toujours vécu une vie sans histoires, ne pouvait imaginer que ses agresseurs lui adressaient là un premier et ultime avertissement.

C’est une affaire terrifiante où se croisent des militaires qui ont oublié le mot scrupule et le sens du devoir, des opportunistes à l’affût du moindre billet de 50 euros, des barbouzes qui naviguent dans les eaux troubles de la sécurité privée et un homme d’affaires véreux qui utilise la maçonnerie pour régler ses comptes professionnels.Me Cohen-Sabban

Dans une série de notes imprudemment rédigées et retrouvées par la police, les diaboliques à la petite semaine avaient échafaudé des stratagèmes pour la faire disparaître par le poison, lors d’un meurtre maquillé en suicide ou encore lors d’un tragique «accident» de voiture. D’un trait, Me Cohen-Sabban résume ainsi l’histoire: «C’est une affaire terrifiante où se croisent des militaires qui ont oublié le mot scrupule et le sens du devoir, des opportunistes à l’affût du moindre billet de 50 euros, des barbouzes qui naviguent dans les eaux troubles de la sécurité privée et un homme d’affaires véreux qui utilise la maçonnerie pour régler ses comptes professionnels

Le tableau, déjà bien scabreux, pourrait se noircir davantage avec la découverte, en perquisition, d’un projet d’assassinat visant un pilote de rallye, disparu en novembre 2018 et depuis lors jamais réapparu vivant. Et celui d’un syndicaliste de l’est de la France, qui n’a pas été mis à exécution.

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