MEMORABILIA

Décolonialisme, culpabilisation de l’homme blanc et haine de soi : la repentance excessive des médias

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L’entretien accordé par Emmanuel Macron à Brut a renforcé l’audience et la crédibilité du jeune média. Phot © Bertrand Guay/AFP

Par  Jules Torres et Victor-Isaac Anne. Publié le 07/02/2021 VALEURS ACTUELLES

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Autrefois l’apanage de la presse traditionnelle, le mythe de la culpabilité retrouve une certaine ardeur au contact de nouveaux sites d’information. Avec cette crainte que la jeunesse, qui en est friande, ne tombe dans les rets de ce progressisme débridé.

Bienvenue dans un “nouveau monde” médiatique, jeune, séduisant et à fort potentiel d’émotion. Ils s’appellent Brut., Konbini, AJ+ ou Loopsider, et s’adressent principalement aux “digital natives”, c’est-à-dire à la génération née avec le boom du numérique. En quelques années, ces médias sociaux sont devenus une terre d’élection pour le progressisme moraliste et vindicatif. La recette de leur succès ? Des formats courts, qui interdisent toute forme de nuance, où la bienveillance le dispute aux lamentos.

Il s’agit de rassembler une communauté de jeunes internautes autour de “grands enjeux sociétaux” – l’autre nom du progressisme – et d’en faire des combattants de la justice sociale. Racisme “systémique”, oppression des LGBT, maltraitance animale, violences policières, les sujets sont calibrés pour la génération “snowflake” (“flocon de neige”), label anglais décerné à une partie de la jeunesse en référence à sa fragilité émotionnelle et sa propension à hystériser le débat. Pour séduire cet auditoire, ces médias proposent un récit médiatique résolument militant, au risque de tordre la réalité.

À titre d’aperçu évocateur, l’émoi suscité par la violente agression de Michel Zecler, dont les images, diffusées par Loopsider et visionnées des millions de fois, ont été brandies comme une illustration criante du phénomène des “violences policières”. Qu’importe si cette manière de traiter l’information étouffe l’ensemble d’une profession sous l’opprobre…

Avec des audiences dépassant la centaine de millions de vues par mois pour certains d’entre eux, ces médias participent à la fabrique de l’opinion. On mesure encore mal les effets à long terme de la formation intellectuelle des plus jeunes. Mais les exemples de manipulation et d’omission de ces nouveaux mastodontes de l’information nous en donnent d’ores et déjà une idée.

La déconstruction comme vertu

Ainsi, quand Brut. évoque le racisme anti-Blancs, il confie à l’entrepreneuse identitaire Rokhaya Diallo, bien connue pour sa mesure, le soin de récuser l’existence de ce phénomène. Lorsque le média AJ+, émanation du groupe Al Jazeera Media Network, devise avec le prédicateur islamiste Tariq Ramadan, il passe opportunément sous silence les accusations de viols dont celui-ci est l’objet. Dans le même temps, une de leur journaliste peut affirmer sans vergogne qu’en France, les femmes noires sont moins payées que les femmes blanches. Sans preuve à l’appui. De même, Konbini peut interviewer une mère qui a “offert la mort à son enfant handicapé”, en laissant accroire qu’il ne s’agissait que d’un geste d’amour. Entre les produits de beauté blanchissants, symbole d’une perpétuation inconsciente de l’héritage esclavagiste pour Loopsider, et l’émotion suscitée chez Konbini par le doublage d’un personnage noir par un comédien blanc, le mythe de l’oppression systémique gagne chaque jour un peu plus de terrain.

D’autant que ces médias progressistes ont désormais l’oreille de personnalités de premier plan. Soucieuses de ne pas s’aliéner le jeune public, les politiques n’hésitent plus à communiquer sur ces nouveaux supports. Le président de la République Emmanuel Macron ne s’y est pas trompé, qui a accordé un entretien à Brut. en décembre, devant près de 7 millions de Français entre 15 et 34 ans. Un échange où le chef de l’État n’a eu de cesse de donner des gages à l’utopie diversitaire.

En réalité, ces nouveaux canaux de diffusion ne font que marcher dans les pas de plus illustres devanciers. S’il demeure quelques îlots de résistance, à l’instar de votre hebdomadaire, la doctrine du progrès bénéficie d’ores et déjà d’une solide assise dans l’espace médiatique. On ne compte plus ces débitants de valeurs qui chaque jour exhibent la bonne conscience de leurs certitudes.

Comme l’illustre une abondante littérature, la question de la “blanchité” n’est pas chasse gardée des jeunes générations. Dans la presse mainstream aussi, il est du dernier chic d’accabler la figure diabolisée de l’homme blanc. Qu’importe sa situation personnelle, “gilet jaune” ou notabilité, le leucoderme doit rendre gorge. Ainsi de l’Obs qui relaie complaisamment les propos haineux de la chanteuse et actrice Camélia Jordana : « Les hommes blancs sont, dans l’inconscient collectif, responsables de tous les maux de la terre. » D’ordinaire si prompt à traquer toute forme d’essentialisation, cette propension à enfermer les individus dans une identité figée, étroite et immuable, le quotidien Libération ne voit lui non plus aucune difficulté à porter au pinacle Camélia Jordana : « Un parangon générationnel absolument d’aujourd’hui. »

Bien entendu, le “quotidien de référence” n’est pas en reste, qui hisse sur le pavois l’ancien footballeur Lilian Thuram : « Pour ne pas avoir conscience qu’il y a un privilège blanc, il faut être blanc et ne s’être jamais posé la question », explique “l’éminent sociologue” dans les colonnes du Monde. De même, le quotidien du soir assume clairement de marcher sur les brisées du racialisme quand l’un de ses rédacteurs en chef se demande : « Un artiste blanc peut-il encore photographier des Noirs ? »

Les compromissions du service public

Que l’on ne s’y trompe pas, ces prises de position, pour outrancières qu’elles soient, s’inscrivent dans un mouvement de restructuration idéologique de l’espace médiatique, à l’avantage exclusif du camp progressiste. Il n’est que de se remémorer les déclarations de la présidente de France Télévisions en 2015 pour comprendre le phénomène en cours : « On a une télévision d’hommes blancs de plus de 50 ans, et ça, il va falloir que cela change », déclarait alors Delphine Ernotte.

La présidente de Radio France, Sibyle Veil, ne dit pas autre chose, qui déclare que « le critère de diversité sera une préoccupation » dans les recrutements du groupe. Où l’on comprend que cette nouvelle politique sera fondée sur un critère ethnique et racial. Quid de la diversité sociale et d’opinion ? Sibyle Veil ne le dit pas. Pourtant, il y aurait beaucoup à redire sur le traitement propagandiste de certaines actualités par la radio de service public. Songeons à la lecture d’une missive de l’écrivain Virginie Despentes, en juin à l’antenne de France Inter, rédigée après la manifestation en soutien à Adama Traoré. Une lettre « adressée à [ses] amis blancs qui ne voient pas où est le problème », où la pasionaria néoféministe fustige le “privilège blanc”.

Chez la radio sœur, France culture, on peut se pencher avec passion sur les grandes causes de demain : le racisme chez les bergers allemands. Songeons encore aux doctes analyses du sociologue d’extrême gauche Éric Fassin qui, au micro de “France Culture, l’esprit d’ouverture !”, peut affirmer sans la moindre contradiction que le racisme anti-Blancs est une invention. Celui-là même qui signait en 2017 une tribune « contre la pénalisation du harcèlement de rue » afin de ne pas exposer les « jeunes hommes de classes populaires et racisés » à un risque d’interpellation. Une tribune publiée dans… Libération.

Vers une épistocratie dangereuse

Inviter des “sachants” : voilà une technique prisée du camp progressiste. Quand un discours suscite l’incompréhension voire une certaine défiance, en dehors de l’entre-soi feutré de l’intelligentsia, on le recouvre d’un vernis de scientificité. Le Monde invite ainsi un “spécialiste de l’extrême droite” pour “démontrer” que le discours de telle personne est “extrémiste”. Mediapart interroge une “spécialiste des questions de race” pour lui faire dire que tel propos est raciste ou xénophobe. Libération consulte un politologue pour dire que le racisme anti-Blancs n’existe pas. Ainsi se déploie le piège “épistocratique” (néologisme désignant le gouvernement de ceux qui ont des connaissances), qui accorde un surcroît de légitimité à ceux qui savent, à ceux à qui on n’en remontre pas.

Plus généralement, cette OPA sur le récit médiatique correspond à une volonté de déconstruire les valeurs et structures occidentales les plus profondément ancrées. Quand la Hongrie de Viktor Orbán rappelle une évidence anthropologique, « la mère est une femme, le père est un homme »le Monde fustige une « mesure anti-LGBT ». Cette banalisation du déconstructionnisme est telle que Mediapart, toute honte bue, explique désormais à ses lecteurs que « l’hétérosexualité est dangereuse ». C’est cette même haine de soi qui incite France Inter à censurer une publicité de L’Œuvre d’Orient contenant le terme “chrétien”, au motif que « les messages publicitaires ne doivent contenir aucun élément de nature à choquer les convictions religieuses, philosophiques ou politiques des auditeurs ».

Outre ce brouillage des repères traditionnels, les tenants de cette vision progressiste accordent une attention médiatique plus ou moins intense à un événement, selon qu’il corrobore ou non les incantations du moment. Ainsi, le tabassage du producteur de musique Michel Zecler culmine-t-il en une affaire d’État, cependant que le meurtre du chauffeur de bus Philippe Monguillot à Bayonne, symptôme d’une barbarie généralisée, est relégué au rang des innombrables faits divers.

C’est tout le talent de ces faiseurs d’opinion que d’avoir imposé l’idée selon laquelle leur vision correspondait au sens de l’histoire. De sorte que la divergence et la critique, lorsqu’elles se font jour malgré tout, apparaissent comme un refus du progrès. Si bien que le conflit médiatique n’est plus aucunement entre progressistes et conservateurs, mais entre gens de bien et obscurantistes.

Si grotesque soit-elle, cette opposition manichéenne entre le bien et le mal façonne puissamment l’imaginaire collectif. Une véritable mystification, à “déconstruire” de toute urgence.

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