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Masques chinois : une ardoise à 5 milliards pour la France

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10 février 2021. FRONT POPULAIRE

ARTICLE. En 2020, l’Etat a importé pour 10,3 milliards d’euros de produits liés à la crise sanitaire en 2020, dont environ 5 milliards pour les masques. Une énième somme d’argent dilapidée par le gouvernement qui n’a pas cru bon de veiller à la tenue des stocks de masques et qui a volontairement voulu déléguer cette production à la Chine.

Masques chinois : une ardoise à 5 milliards pour la France

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La rédaction Publié le 10 février 2021

La crise du Covid aura au moins fait des heureux parmi les pays exportateurs. Mais comme la France a depuis longtemps perdu cette compétition et présente, depuis 2003, une balance commerciale déficitaire, il ne fallait pas s’attendre à des merveilles la concernant. Alors, elle a importé pour 10,3 milliards d’euros de produits liés à la crise sanitaire en 2020. Plus spécifiquement, 5,9 milliards d’euros ont été consacrés aux seuls achats de masques de protection, dont 84% d’origine chinoise.

Ces chiffres sont issus du rapport du Commerce extérieur de la France 2021, présenté vendredi 5 février par Franck Riester. Le document s’attarde sur les effets de la crise du Covid sur les importations et exportations françaises. Pour le Ministre délégué auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargé du Commerce extérieur et de l’Attractivité, la crise du Covid a “révélé les fragilités de nos chaînes de valeur et de notre approvisionnement en produits stratégiques.” Il sera vain d’attendre une esquisse d’autocritique de la part du ministre, qui se borne à imputer cette fragilité aux failles de la “stratégie de politique commerciale de l’Union européenne”.

Au-delà de cette chère Union Européenne (toujours désireuse de plus de réformes, lesquelles ont, entre autres, poussé nos gouvernements successifs à saccager l’hôpital français depuis 30 ans), la gestion catastrophique des masques impose un petit rappel. Dès 2005, des rapports parlementaires ou sénatoriaux mettaient en avant la nécessité de disposer d’un stock afin de faire face à d’éventuelles pandémies. La loi du 5 mars 2007 relative à la préparation du système de santé à des menaces sanitaires de grandes ampleurs, est alors venue doter la France d’un stock stratégique. Lequel n’a pas été renouvelé, ce qui a créé la confusion lors de cette découverte mise en avant en mai par le quotidien Le Monde,

Pourquoi une telle apathie de la part du ministère de la Santé ? Elle est tout sauf involontaire. Le 19 mars, le ministre de la Santé donnait cette explication édifiante : “Il avait été décidé, suite aux crises sanitaires précédentes – je remonte pour cela à 2011 et 2013 – qu’il n’y avait plus lieu de conserver des stocks massifs de masques dans le territoire considérant que les usines de production étaient capables d’être actives très rapidement, notamment en Chine.” Aucun des décideurs en poste n’avait manifestement pu imaginer une seconde qu’une pandémie mondiale puisse éventuellement venir perturber le cercle vertueux des chaînes de production mondialisées ?

Pourtant le Sénat avait alerté et ce, dès 2015, dans le rapport intitulé « L’Établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires », expliquant les ”difficultés liées aux priorités propres des laboratoires pharmaceutiques et à l’évaluation de leur capacité de production dans des délais très courts, dans un contexte où les ruptures d’approvisionnement en matières premières sont de plus en plus fréquentes”. C’est cette inconséquence qui a sans doute poussé l’Etat à ne pas défendre la principale usine nationale de fabrication de masque, à Plaintel. Malgré un appel à l’aide directement adressé à l’Élysée, les derniers salariés de l’entreprise ont été licenciés en juillet 2018. Une entreprise qui se targuait de pouvoir fabriquer quatre millions de masques FFP2 par semaine, en cas de crise. Elle nous aurait été bien utile.

De toutes ces impréparations, de cette politique de la prudence (sous la houlette de de la sacro-sainte exigence d’économie requise par Bruxelles), résulte la dépense somptuaire de presque six milliards d’euros d’achat de masques. Le temps que la France puisse enfin se doter d’un outil de production digne de ce nom (en décembre, ces importations ne représentent plus que 102 millions). Six milliards d’euros qui correspondent peu ou prou aux six milliards d’euros proposés dans le cadre du Segur de la Santé.

La santé, parlons-en. Entre 2010 et 2020, ce ne sont pas moins de 12 milliards d’euros d’économies qui ont été réalisées sur les budgets des hôpitaux. Le nombre de lits de réanimation a fondu de 40 % en 30 ans. Depuis quelques mois, il pleut de “l’argent magique” pour, tout d’un coup, augmenter les personnels soignants (les même qui se faisaient molester par les forces de l’ordre quand ils manifestaient l’année précédente), investir dans les Ephad, la santé ou l’achat de matériel médical. De l’argent magique qui n’aurait pas été nécessaire, si l’Etat n’avait pas voué un culte à la mondialisation heureuse et aux exigences de réformes et d’économie de la Commission européenne.

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