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Ces syndicats étudiants qui pactisent avec les mouvements islamistes

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ENQUÊTE – L’Unef, notamment, se rapproche depuis plusieurs années d’un mouvement désigné par certains comme «une antenne satellite des Frères musulmans français».

Par Wally Bordas. LE FIGARO. 11 février 2021

Manifestation contre l’islamophobie, le 10 novembre 2019, à Paris. Au centre, Maryam Pougetoux, la présidente de l’Unef Paris Sorbonne. 
Alain GUILHOT/Alain Guilhot

«Dans les universités françaises, l’islamo-gauchisme est immanent.»Gilles Denis, maître de conférences à la fac de Lille et membre du collectif Vigilance universités, dont le but est de lutter contre le racisme et l’antisémitisme à l’université, dresse un constat sans appel. «Le nombre d’événements qui attestent d’une montée de l’islamisme à l’université a augmenté ces dernières années, et la sympathie de certains mouvements de gauche pour cette cause n’y est pas étrangère», estime-t-il.

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Il est vrai que les polémiques sur ces sujets sont légion ces dernières années dans les universités françaises. C’est par exemple le cas en janvier 2018, lorsque le syndicat Solidaires étudiants demande l’annulation d’une représentation théâtrale d’un texte de Charb intitulé «Lettre aux accrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes». Même constat en 2019, lorsque la présidence de l’université Paris I Panthéon Sorbonne annule sa formation de «prévention de la radicalisation»,après avoir été accusée de stigmatiser les musulmans. Ou encore, la même année, lorsque la pièce de théâtre Les Suppliantes, d’Eschyle, est annulée à Sorbonne Université, après que les comédiens ont été empêchés de rentrer dans l’amphithéâtre par des activistes et des étudiants reprochant au metteur en scène de grimer ses comédiens en noir et l’accusant de «propagande coloniale».

Thèses intersectionnelles

Selon Olivier Vial, président du syndicat étudiant UNI, tout a commencé en 2003, lors des manifestations mondiales contre la guerre en Irak. «C’est à cette période que des organisations de gauche et d’extrême gauche ont commencé à se rapprocher des mouvements communautaires islamistes, y compris dans le monde étudiant», explique-t-il. Dans les années qui suivent, les cadres de l’UNI constatent une «très forte montée revendicatrice sur les campus» avec l’essor de quelques mouvements communautaires, comme les Étudiants musulmans de France (EMF). À cette époque, la Fédération des associations générales étudiantes (Fage), deuxième syndicat étudiant, s’allie avec l’EMF, dans certaines villes, pour les élections des représentants d’étudiants au conseil d’administration du Centre national des œuvres universitaires et scolaires (Cnous). «À ce moment-là, l’Unef, très à cheval sur la laïcité, a condamné ces listes communautaires. Désormais, ce sont eux qui leur font la courte échelle», atteste le président de l’UNI.

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Ces dernières années, l’Unef a perdu sa suprématie dans l’enseignement supérieur français au profit de la Fage. Le célèbre syndicat étudiant de gauche a donc été obligé de nouer des alliances pour continuer de peser. Et son discours s’est souvent radicalisé. Paul Melun, ancien président de l’Unef à Sciences Po Bordeaux, a observé l’évolution idéologique de son syndicat. «En quelques années, il y a eu un effondrement de la pensée critique. Notre organisation a arrêté de défendre les étudiants et s’est mise à épouser des thèses intersectionnelles en voulant porter secours à d’hypothétiques minorités. Quand je voulais débattre de méritocratie, d’égalité des chances, de culture, on me disait: “Parlons plutôt d’un vrai sujet: le voile”. On me mettait la pression pour que j’organise des réunions non mixtes», décrit le jeune homme qui a finalement décidé de quitter le mouvement.

« On me ramenait à mon origine, en me disant que, comme j’étais Juif, j’étais pour Israël »Raphaël, ancien militant du syndicat Unef

Raphaël, ancien militant du syndicat, a lui aussi vu la ligne de son organisation changer au cours des dernières années. Il détaille: «À longueur de journée, j’entendais des discours sur l’islamophobie et sur le racisme. Dès que je ne suivais pas la ligne de l’Unef, peu importe le sujet, on me ramenait à mon origine, en me disant que, comme j’étais Juif, j’étais pour Israël, et donc pour Netanyahou. Mes camarades tenaient un discours pro-Tariq Ramadan, pro-Dieudonné. Lors d’élections locales, je me rappelle même avoir vu certains de mes collègues aller parler en arabe à certains étudiants d’origine maghrébine pour les pousser à aller voter.»

Si elle ne reconnaît pas les membres de son organisation dans de tels propos, la présidente de l’Unef, Mélanie Luce, admet que son organisation «a approfondi ses réflexions sur la question du racisme».Selon elle, la question des discriminations est «de plus en plus importante» pour les jeunes et, notamment, pour la communauté maghrébine. «Ce qui ne nous empêche pas de continuer notre combat contre la précarité étudiante», rappelle-t-elle.

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Il n’empêche que, ces dernières années, dans plusieurs universités, l’Unef s’est rapprochée des Étudiants musulmans de France. C’est par exemple le cas à Lyon 3 ou dans d’autres établissements, où les deux organisations ont fait liste commune pour les élections étudiantes. C’est également le cas à Orléans, où des adhérents de l’EMF, interdits de locaux et de subventions par leur établissement car ne respectant pas le principe de laïcité, ont été accueillis pendant plusieurs mois au sein des locaux de l’Unef. Une université dans laquelle les Étudiants musulmans de France ont même réussi à obtenir un siège au conseil d’administration de leur établissement en 2018. «Ils se sont présentés sous une autre étiquette et nous n’avons pas pu nous y opposer», se remémore Ary Bruand, qui était le président de l’université d’Orléans. À deux reprises, il leur avait refusé le statut d’association étudiante.

Cette organisation, créée en 1989, est implantée dans 26 établissements d’enseignement supérieur, chacun dans une ville universitaire. Officiellement, elle propose des actions culturelles, sociales et syndicales, comme nombre d’associations étudiantes. «Nous organisons des distributions de colis alimentaires ou des actions culturelles comme des conférences, des projections de films, des voyages», détaille la présidente, Hania Chalal. En réalité, cette association aurait un tout autre but: réislamiser les jeunes musulmans de France. «L’EMF est une antenne satellite des Frères musulmans français. Cette organisation a été créée par les islamistes politiques pour occuper le terrain estudiantin. Ils veulent investir tous les champs de la société, et la jeunesse est le nerf de la guerre», affirme le militant universaliste et laïque Naëm Bestandji, qui a enquêté sur le sujet.

Des liens avec les Frères musulmans

Une accusation que confirme Mohamed Louizi, ancien cadre de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF). L’essayiste, qui a fait partie des Frères musulmans pendant plusieurs années, a également été un cadre de l’EMF. «Cette association étudiante, qui peut ressembler à bien des égards à de nombreuses organisations, est en réalité le bras des Frères musulmans à l’université. Ces établissements sont des laboratoires d’idées: tous les débats que l’on voit aujourd’hui au sujet de la laïcité, du voile, toutes les revendications communautaristes prônées par les Frères musulmans ont déjà été abordés dans des congrès étudiants dans les années 1991-1992», explique Mohamed Louizi.

Lorsqu’il en était membre, l’association organisait régulièrement des conférences-débats avec diverses personnalités de l’islam politique comme Tariq Ramadan. Des événements ouverts à tous, qui permettent d’attirer de nouvelles recrues. «Grâce à cela, ils arrivent à trouver des jeunes motivés qui peuvent ensuite eux aussi faire du prosélytisme dans les facs», explique-t-il.

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Des liens avec les Frères musulmans que l’actuelle présidente de l’EMF ne nie qu’à moitié. «C’est un peu réducteur de nous étiqueter aussi facilement sous prétexte que nous sommes d’inspiration musulmane», répond-elle.

Gilles Denis, de Vigilance universités, a vu des mouvements de ce genre se multiplier ces dernières années dans les établissements d’enseignement supérieur. «Les racialistes ou partisans de la tendance décoloniale par exemple, de plus en plus nombreux dans les universités, sont aussi aveugles ou sympathisants à l’islamisme. Et les présidents d’universités, qui devraient réagir fermement, font preuve d’une cécité ou d’une crainte d’être taxé de raciste ou d’antimusulman», lance-t-il.

Une crainte que confirme ce chef d’établissement. «Nous sommes souvent obligés de céder sous la pression de ces groupes, qui ont l’opinion publique avec eux», concède-t-il. Et de conclure: «Il y a de plus en plus de sujets explosifs, qui divisent notre communauté. Souvent, je préfère ne rien dire, laisser passer, car je ne veux pas avoir de problèmes.»

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