MEMORABILIA

CHRONIQUE CIVILISATIONNELLE : LE PIÈGE DU PROGRESSISME

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La France se tiers-mondise ! Effondrement du niveau de développement : hôpitaux, écoles, universités, transports, nucléaire, recherche, administrations publiques, à quoi l’on ajoute : atonie de la croissance, explosion de la dette, affaissement du pouvoir d’achat, fragilité des investissements, etc. Le constat est indiscutable mais… de quoi cette tiers-mondisation est-elle le nom ?

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© Les Temps modernes de Charlie Chaplin

Le concept de tiers-monde apparaît sous la plume d’Alfred Sauvy dans les années 50, et caractérise les pays dits « sous-développés » – de cette forme même de « sous-développement » qui commence à poindre dans la France contemporaine. Au-delà du constat bien connu, la véritable question porte sur le remède : qu’est-ce qui a permis à l’Occident d’acquérir ce niveau de développement dès le XIXe siècle, et plus particulièrement dans l’immédiat après-guerre ? Ce remède est tout aussi bien connu : un modèle de développement fondé sur les théories de la croissance et l’internationalisation des échanges. En un mot, l’économie de marché, qui est l’alliance du progressisme technologique et du néo-libéralisme économique.

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L’excellent Jean Fourastié, dans son ouvrage consacré à la période des Trente Glorieuses, questionne : « Des changements fantastiques sont survenus en trente années, dans la condition d’une humanité millénairement stagnante. Pourquoi ces changements ? Comment ont-ils pu être réalisés ? » Il répond que la cause indéniable tient en réalité en un mot : productivité ! Or, note-t-il ensuite, cette productivité ne s’élève pas par un plus grand effort du travailleur, mais par l’effet de procédures techniques plus efficaces déduites des « inventions » et « découvertes » des sciences expérimentales : emploi de machines et d’installations, emploi d’énergie mécanique, etc. En résumé : le progrès technique ! Sans révolution technologique, pas de révolution industrielle. Sans progrès technique constant, pas de capitalisme. Le progressisme, le libéralisme et le capitalisme sont donc, aujourd’hui comme hier, le remède à la tiers-mondisation de la France !

Qu’en disent, dès lors, les conservateurs inquiets de cette tiers-mondisation ? N’adhèrent-ils pas implicitement au seul modèle existant qui soit véritablement source de richesse et de développement : le libéralisme ? Évidemment si ! Et ils tombent ainsi dans le piège du progressisme. C’est d’ailleurs pour cette raison que de conservateurs en bonne et due forme, nous n’en trouvons qu’assez rarement, l’essentiel des troupes se précipitant habituellement sur l’étiquette « libéral-conservateur », afin de combler, par un ralliement opportun au libéralisme, la principale lacune du conservatisme : l’économie. D’où l’allure fortement néo-libérale des conservateurs britanniques façon Thatcher, ou américains façon Reagan. La France ne fait pas exception… Car n’est pas illibéral qui veut.

La clef du problème, nous semble-t-il, réside dans les termes « développement » et « sous-développement » qui sont déjà caractéristiques de la pensée libérale

Interrogeons-nous : un monde qui n’aurait pas été formaté par les révolutions politiques du XVIIIe siècle, dites « de la Liberté », et ensuite par la révolution industrielle qui a mis l’étincelle au baril de poudre capitaliste, aurait-il posé la même étiquette : « sous-développées », sur des civilisations étrangères, certes précapitalistes mais ancestrales et durables ? Aurait-il jugé aussi négativement sa propre civilisation, et aurait-il engagé de tels bouleversements pour la « moderniser » ? La clef du problème, nous semble-t-il, réside dans les termes « développement » et « sous-développement » qui sont déjà caractéristiques de la pensée libérale. Or, que vise le développement, si ce n’est, sans l’avouer pourtant, la puissance, et à travers elle, la grandeur ?

Aux conservateurs, nous demandons alors : n’y aurait-il donc aucune autre voie d’accès à la grandeur nationale, européenne, occidentale, que celle de l’innovation technique et de l’accumulation de capital ? Pour le dire autrement : certaines poutres aujourd’hui consumées de Notre-Dame de Paris, que nous avons abondamment pleurées le jour de l’incendie, dataient du XIIe siècle… Pleurerons-nous autant l’absence d’une nouvelle génération de téléphones portables et d’extension de la 5G à l’ensemble du territoire ? La tiers-mondisation de la France marque avant tout l’échec de l’alliance progressiste du libéralisme et du socialisme. La solution conservatrice devra donc être à la fois post-socialiste et post-libérale. En un mot, post-capitaliste, et donc résolument civilisationnelle.

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