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Éric Zemmour: «Quand le libéralisme européen est pris à revers»

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CHRONIQUE – Les pays européens se sont rendu compte que le libre-échange avait un gros inconvénient en temps de crise.Par Eric ZemmourPublié il y a 8 heures

Éric Zemmour Jean-Christophe MARMARA

C’est une vague qu’on sentait venir depuis longtemps. Les critiques de la mondialisation faisaient rage, mais semblaient buter sur une réalité économique inébranlable: les fameuses chaînes de valeur étaient plus fortes que tout. Même la victoire de Donald Trump, protectionniste assumé, à la tête de la première puissance mondiale, ne changeait rien, sinon à la marge. Et puis un petit virus de rien du tout a tout bouleversé. En tout cas dans les esprits. Les pays européens se sont rendu compte que le libre-échange avait bien des vertus, mais un gros inconvénient en temps de crise: la dépendance. Qu’ils ne fabriquaient plus de masques ni de respirateurs ; que les semi-conducteurs qui alimentaient leurs automobiles restaient bloqués en Chine. Pendant trente ans, on avait vanté l’importance des flux ; on découvrait, mais un peu tard, la supériorité des stocks.

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Pendant la même période, les États avaient été brocardés, vilipendés, marginalisés. Angela Merkel avait confié à Nicolas Sarkozy: «Les gens n’ont plus confiance en nous les politiques. Il faut laisser faire d’autres.»Les autres, c’étaient les entreprises privées, mais aussi les organismes indépendants comme les Banques centrales. «L’État n’était pas la solution mais le problème» avait clamé Ronald Reagan. Face au Covid, l’État est redevenu la solution. Pour soigner, protéger, mais aussi s’endetter, indemniser, payer les salaires des travailleurs confinés.

En France, ce retour de l’État sonne comme celui du refoulé. La France est cette nation particulière qui a été forgée par l’État au cours d’une histoire millénaire. Toutes les valeurs de la mondialisation libérale étaient pour les Français une souffrance au quotidien. Ils devaient aimer ce qu’ils avaient détesté et détester ce qu’ils avaient aimé. Emmanuel Macron avait été élu avec l’intention d’en finir avec la résistance des «Gaulois réfractaires». Le paradoxe ironique est que l’État sonne la charge de cavalerie sous son mandat. C’est lui, et non plus les Français, qui est pris à revers. C’est lui qui doit arroser le pays «d’un pognon de dingue». C’est lui qui doit, après un an de tergiversations, fermer les frontières. C’est le ministre des Finances qui interdit le rachat de Carrefour par le canadien Couche-Tard, alors qu’Emmanuel Macron, lorsqu’il était conseiller de François Hollande, avait favorisé celui d’Alstom, pourtant bien plus stratégique pour l’indépendance nationale, par General Electric. Il se murmure même que la France ferait tout pour récupérer auprès des Américains les technologies les plus sensibles d’Alstom…

Enhardi, notre ministre des Finances essaie de bloquer la fusion entre Veolia et Suez. À gauche, on réclame l’abolition de la dette Covid. Chez LR, on envisage la création d’un revenu universel. La relocalisation des industries est réclamée sur tout l’échiquier politique. Le protectionnisme revient à la mode. Même le prix des fameux containers – base technique de la mondialisation – devient prohibitif. Reste à convaincre les consommateurs qu’ils devront payer plus cher leurs produits courants. Pas la tâche la plus facile.

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