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Fac de Nanterre: le labo de l’extrême gauche

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ENQUÊTE – L’université des Hauts-de-Seine partage avec Tolbiac le triste record des blocages en Île-de-France, parfois assortis de violences. Profitant des longs mois d’indifférence des pouvoirs publics, des syndicats étudiants de gauche tentent d’utiliser la crise sanitaire pour se refaire une santé.

Par Judith Waintraub LE FIGARO, 12 février 2021

Les étudiants n’ont plus cours en «présentiel», mais des AG se tiennent toujours dans ce haut lieu du gauchisme estudiantin. Cyril Bitton / Divergence pour Le Figaro Magazine

Pendant la crise, la marmite sociale continue de bouillir à Nanterre. Le 28 janvier, alors que les cours à distance sont encore la règle pour les quelque 34.000 étudiants inscrits à la fac, les syndicats convoquent une assemblée générale (AG) pour revenir sur la journée nationale de manifestation qui a eu lieu deux jours auparavant. Le mot d’ordre en était simple: «Rouvrez les universités!» La Commission de la formation et de la vie universitaire (CFVU), qui rassemble notamment autour du président de l’université, Philippe Gervais-Lambony, des représentants élus des enseignants et des étudiants, avait accordé une «dispense d’assiduité» à ceux qui voulaient participer au défilé et/ou se rendre à l’AG.

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Une AG en amphi alors que seuls le resto U et la bibliothèque sont ouverts, avec moult contraintes? L’administration ne s’y est pas opposée, pas plus qu’à un rassemblement sur la pelouse de Nanterre, «dont les organisateurs avaient obtenu une autorisation préfectorale et qui ne posait pas de difficulté sanitaire», précise Philippe Gervais-Lambony. À la tribune, pas un mot pour regretter les violences dans la manif parisienne. Une vingtaine de jeunes de la Cocarde étudiante, mouvement de jeunesse concurrent de l’UNI, le syndicat historique de la droite universitaire, avaient été attaqués par une trentaine d’individus encagoulés aux cris de «Dehors les fachos!». La Cocarde milite au sein des facs contre le «gauchisme culturel» et à l’extérieur pour «l’union des droites». Luc Lahalle, son président actuel, est assistant parlementaire du député Rassemblement national Jordan Bardella au Parlement européen.

«On n’est pas un fight club!»

«On était venus avec une pancarte neutre – “Rouvrez les facs, étudiants en détresse” -, raconte Baptiste Mourier, 19 ans, en première année d’histoire à la Sorbonne. Au tournant de la rue d’Assas, ces types qui portaient la tenue classique des “antifas” nous sont tombés dessus avec des cadenas de vélo et des barres à mine.» Quelques étudiants ont tenté de s’interposer avant de battre en retraite sous les jets de bouteilles. Baptiste Mourier, frappé au visage, a subi une déchirure de la conjonctive. Il n’a pas porté plainte, «parce que ça ne sert à rien». Deux de ses camarades ont dû se faire poser des points de suture sur le crâne.

La Cocarde étudiante s’est implantée à Nanterre en 2019. Leurs représentants ont été violemment agressés par des «antifas». Cyril Bitton / Divergence pour Le Figaro Magazine

Stanislas d’Elloy, 22 ans, en master de droit à Nanterre depuis quatre ans, a échappé aux coups lors de la manif parisienne du 26 janvier, mais a vécu récemment des épisodes similaires dans sa fac, où il est responsable adjoint de la Cocarde. En octobre 2019 et en janvier 2020, les élections universitaires ont servi de prétexte à plusieurs offensives de militants d’extrême gauche. «En octobre, on a été agressés alors qu’on distribuait des tracts sur le parvis, raconte-t-il. On n’avait pas d’armes, on n’est pas un fight club! Des militants de l’Unef et du NPA (Nouveau parti anticapitaliste, NDLR) s’en sont pris à nous avec des matraques télescopiques et des bombes lacrymogènes. Ils devaient être une petite centaine grâce au renfort d’individus extérieurs à la fac. On a identifié au moins un membre du service d’ordre de la CGT, dont on avait déjà vu le visage sur des vidéos.» La police est intervenue.

La Cocarde est une association habituée aux ­bagarres de rue dont les membres nous ont attaqués avec des gants ­coqués et des ceintures. On s’est ­défendusVictor Mendez, figure du NPA à Nanterre

Des témoins ont corroboré ce récit des événements, contesté en revanche par des militants d’extrême gauche présents. Parmi eux, Victor Mendez, figure du NPA à Nanterre, condamné à quatre mois de prison avec sursis pour avoir mordu un policier lors des manifestations étudiantes d’avril 2018 – une condamnation dont il a fait appel. «On était rassemblés pour protester face à la venue de la Cocarde étudiante, qui soutient Le Pen et tient un discours discriminant vis-à-vis des immigrés, a-t-il affirmé au FigaroLa Cocarde est une association habituée aux bagarres de rue dont les membres nous ont attaqués avec des gants coqués et des ceintures. On s’est défendus.» Une version démentie par les vidéos des événements. Quant aux matraques et aux bombes lacrymogènes, Victor Mendez assume leur usage: «Si certains d’entre nous avaient ce type d’outils de défense, ils avaient raison, parce que la Cocarde est une association nauséabonde et nous luttons contre le racisme et la xénophobie.» Il a ajouté que des enseignants avaient arrêté leur cours pour leur venir en aide.

Extension du domaine de la lutte

Depuis, les plaintes déposées par des adhérents de la Cocarde blessés ont été classées sans suite. L’université, elle, n’a pas porté plainte. Un agent de sécurité a été légèrement blessé. Élu en juillet dernier, Philippe Gervais-Lambony n’a pas eu à gérer ces violences, dont il précise qu’elles se sont déroulées «en dehors du périmètre de l’université, sur le parvis du RER». Moins de 200 mètres séparent la gare de la fac.

Le président de Paris Nanterre reconnaît que le campus a vécu jusqu’à la crise sanitaire «trois ans avec beaucoup de tensions», qu’il «travaille à faire baisser». Il ne nie pas que la sécurité soit «un vrai sujet» mais poser la question aujourd’hui, alors qu’il est «accaparé par l’espoir de faire revenir les étudiants», lui paraît «un peu surréaliste».

Le principe de l’université, ce n’est pas d’ériger des barrières. Au contraire, c’est un vrai enjeu d’avoir un campus ouvert sur la ville, à condition bien sûr que la sécurité soit assuréePhilippe Gervais-Lambony, président de l’université Paris-Nanterre.

Mais cette rentrée, les syndicats d’extrême gauche l’attendent eux aussi de pied ferme. «Ils veulent que les facs soient rouvertes pour pouvoir les bloquer», ironise Jacques Smith, ex-responsable de l’UNI Nanterre, où il a obtenu son master 2 l’an dernier. Tout au long de ses études, il a vu le même processus se répéter: «D’abord on identifie une cause, avec un rapport plus ou moins lointain avec les problématiques universitaires.»Cette phase préliminaire est actuellement achevée pour les organisations telles que l’Unef ou la petite Fédération syndicale étudiante (FSE), qui ont notamment inscrit à leur agenda des mobilisations «contre les discriminations LGBT» à l’occasion du prochain retour du projet de loi bioéthique à l’Assemblée nationale et des participations aux «marches des libertés contre la loi sécurité globale».

Manifestation pour la réouverture de la fac, en écriture inclusive bien sûr. Come SITTLER/REA

«Ensuite, poursuit Jacques Smith, ils organisent des AG, avec ou sans autorisation, éventuellement avec des éléments extérieurs, comme à Nanterre des postiers en grève.» Des «éléments extérieurs» à la tribune des amphis? Il en faudrait davantage pour émouvoir Philippe Gervais-Lambony. Selon lui, «le principe de l’université, ce n’est pas d’ériger des barrières. Au contraire, c’est un vrai enjeu d’avoir un campus ouvert sur la ville, à condition bien sûr que la sécurité soit assurée.» Troisième et dernière étape, l’extension du domaine de la lutte. «Comme en temps normal il y a rarement plus d’une cinquantaine de personnes dans les AG,explique Jacques Smith, le meilleur moyen d’y amener du monde, c’est de bloquer les amphis où se déroulent les partiels. L’AG devient alors le lieu où se décide la poursuite ou non du blocage, par des votes qui n’ont de démocratique que le nom.» En 2018, en pleine contestation contre la réforme de l’accès à l’université, l’UNI a obtenu de la justice administrative qu’elle ordonne la levée de certains blocages, mais pas à Nanterre.

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En général, «il est extrêmement difficile de briser le trio infernal blocage-occupation-dégradation», déplore Jacques Smith. La direction de l’université, seule habilitée à faire appel aux forces de l’ordre, a beau affirmer qu’elle le fait «chaque fois que c’est nécessaire», elle ne s’y résout que rarement, quand la situation a vraiment dégénéré. Les services de sécurité de la fac, eux, sont impuissants. Le personnel est peu nombreux: avec ses 12 salariés, auxquels il faut ajouter une trentaine d’agents extérieurs, pour plus de 30.000 étudiants, 2000 enseignants-chercheurs et 700 agents administratifs, l’Unité de sécurité générale (USG) de Nanterre est pourtant l’une des mieux dotées parmi les établissements universitaires. On comprend pourquoi le service d’ordre joue la prudence face à des perturbateurs parfois violents.

Islamo-gauchisme offensif

D’autant que le climat dans les facs ne prête pas à la répression, en particulier à Nanterre, terreau fertile pour les idéologies qui ravagent l’enseignement supérieur français. Spécialisée dans les sciences humaines et sociales, la psychologie et les sciences politiques et économiques, elle constitue un terrain de jeu idéal pour les enseignants adeptes de ce qu’Emmanuel Macron a dénoncé comme une «ethnicisation de la question sociale».

Et malheur aux profs qui s’écartent de la doxa! Charlie Hebdo a raconté comment Laurence Croix, maître de conférences en psychologie et sciences de l’éducation, avait été convoquée par la direction de Nanterre après avoir dit en cours à propos de l’attentat contre l’hebdomadaire: «Soit on défend la liberté d’expression, soit on défend la censure, mais l’entre-deux n’est qu’hypocrisie, complicité ou lâcheté.» La phrase, qui figurait dans le compte rendu du cours, lui a valu une lettre de plainte à la présidence de l’université signée par 19 étudiants. «Elle n’a pas été convoquée mais invitée à échanger avec la vice-présidence»,corrige Philippe Gervais-Lambony. Il ne perçoit pas de signe d’une montée de l’islamo-gauchisme sur son campus(lire aussi ci-dessous). La preuve, selon lui: «La minute de silence en hommage à Samuel Paty n’a posé aucun problème.»

Cet islamo-gauchisme offensif, la généralisation des «études de genre» à toutes les filières et l’extension de l’écriture inclusive ne font pourtant pas consensus parmi les étudiants puisqu’en 2019, la Cocarde a obtenu deux sièges lors des élections à la communauté d’universités et établissements de l’université Paris Lumières, groupement de Paris Nanterre et d’un autre fief historique de l’extrême gauche, la fac de Saint-Denis.


Une piscine halal en plein campus

Circulez, y’a rien à voir. C’est, en résumé, la réaction du président de l’université de Nanterre après que Le Journal du dimanche a révélé que pendant trois ans, une association avait loué tous les dimanches matin l’un des bassins de la superbe piscine olympique de la fac pour que des femmes musulmanes puissent s’y baigner en burkini et à l’abri des regards masculins. «Il s’agissait d’une convention légale, signée avec une association légale», nous a affirmé Philippe Gervais-Lambony, qui «ne comprend pas très bien en quoi c’est un sujet aujourd’hui puisque la dernière présence sur site de cette association remonte à février 2020 et que la convention n’a pas été renouvelée depuis (sa) prise de fonction». D’après des membres du service de sécurité de la fac, la piscine accueillait chaque dimanche «une vingtaine de femmes de tous âges, se baignant en combinaison intégrale et entièrement voilées».

L’association en question s’appelle Entraide 92. Elle fait dans le social et a longtemps affiché sa proximité avec Tariq Ramadan. En 2012, le prédicateur était l’invité vedette d’un colloque qu’Entraide 92 avait organisé à l’université de Nanterre, déjà, sur le thème «Les musulmans de France et l’élection présidentielle». Plus récemment, l’association s’est lancée dans des activités matrimoniales. Sous l’intitulé Entraide Mariage 92, elle se présente sur son site comme un «facilitateur de rencontres licites» entre hommes et femmes.

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L’UNI veut profiter de la prochaine réunion du conseil d’administration de la fac, qui devrait se tenir autour du 15 février, pour demander une enquête administrative sur la signature de cette convention, qu’elle considère comme «un acte très grave de séparatisme et de complicité avec l’islamisme». Hasard du calendrier, le vote du projet de loi «confortant le respect des principes de la République», qui vise entre autres à combattre l’entrisme islamiste dans les associations, est prévu au même moment à l’Assemblée nationale.

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