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Ivan Rioufol: «Pourquoi l’État est devenu le problème»

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CHRONIQUE – Que voit-on sous nos yeux? Une France qui n’est plus dirigée. Elle est tenue par une caste uniquement préoccupée de son sort.

Par Ivan Rioufol 11/02/2021 LE FIGARO

Ivan Rioufol. François BOUCHON/Le Figaro

L’État est le problème. Faut-il faire un dessin? Dans sa «guerre» contre le Covid, il brasse du vent en proportion de son inefficacité à distribuer des vaccins. Il avait montré une même lourdeur bavarde pour grappiller des masques, des tests et pour justifier son idéologie sans-frontières. Il tarde, cette fois, à s’émanciper de la secte apocalyptique qui, au nom de la science, lui souffle ses mots qui effraient. Pour autant, le gouvernement n’a toujours pas fourni les hôpitaux en lits de réanimation supplémentaires, en dépit des milliards d’euros distribués. Sa seule cohérence consiste, depuis neuf mois, à alimenter la peur. En revanche, face à l’offensive islamiste, voici ce même Léviathan qui regarde ailleurs, minimise les faits. Cela fait plus de trente ans que des vigies hurlent en vain. Le dernier en date est professeur de philosophie à Trappes (Yvelines): Didier Lemaire observe, de son lycée, où il enseigne depuis vingt ans, les prémices d’une possible guerre civile.

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Que voit-on sous nos yeux? Une France qui n’est plus dirigée. Elle est tenue par une caste uniquement préoccupée de son sort. Elle s’autoprotège jusque dans ses turpitudes. Le chef de l’État, obsédé par son image et son destin, symbolise ce monde clos et égoïste. Le percutant diagnostic d’un «État vermoulu» est dressé par Jean-Pierre Jouyet (1), lui-même haut fonctionnaire, secrétaire général de l’Élysée sous François Hollande. Jouyet fut de ceux qui propulsèrent Emmanuel Macron avant d’être répudié, le but atteint. Il décrit le président comme «dénué de tout affect» et prêt à «valoriser son propre ego». Surtout, Jouyet compare le «nouveau régime de Paris», à un «Versailles du XXIesiècle»: «Les énarques s’apparentent aux intendants du royaume, le Siècle (cercle des élites parisiennes, NDLR) incarne le tiers état bourgeois éclairé de 1789, alors qu’autour du président de la République, grands présidents de société ou artistes célèbres forment la noblesse de CourIl y a du Louis XVI dans Macron, ce Rastignac déconnecté de la province d’où il s’est vite enfui. La première irruption populaire des « gilets jaunes » n’a pas éteint le sentiment d’abandon et de déclassement d’une classe moyenne maltraitée. Il serait faux de croire la colère éteinte.

Nul besoin d’être prophète pour prédire la fin de ce système épuisé, sans prise sur le socle de la société. Une démocratie ne peut supporter indéfiniment de se voir confisquée au profit de personnalités et d’experts décidant seuls de l’avenir du pays. Il y a du Louis XVI dans Macron, ce Rastignac déconnecté de la province d’où il s’est vite enfui. La première irruption populaire des «gilets jaunes» n’a pas éteint le sentiment d’abandon et de déclassement d’une classe moyenne maltraitée. Il serait faux de croire la colère éteinte. Le pays vit sur un volcan, en dépit des aides que reçoivent certains pour leurs licenciements ou leur manque à gagner par le couvre-feu. Il n’est pas dit que les contribuables essorés acceptent longtemps de financer une contre-société islamisée qui entend rompre avec la nation tout en exigeant son aide.

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Depuis que Didier Lemaire sonne le tocsin sur l’islamisation de Trappes, les dénégationnistes cherchent à délégitimer le perturbateur. Le maire franco-marocain de la ville, Ali Rabeh, proche de l’ex-socialiste Benoît Hamon, a dit vouloir porter plainte contre lui. Le préfet des Yvelines, Jean-Jacques Brot, dénonce les «outrances» de l’enseignant. Ce qu’il affirme mérite au contraire d’être entendu (voir mon blog)«Mes élèves ne se sentent plus Français du tout (…). On n’est plus en état de paix. On a affaire à des ennemis». Et aussi: «Les intégristes sont en train de réussir leur processus de purification (…). Il nous faut des lois d’exception qui visent l’ennemi et ne s’appliquent qu’à l’ennemi.» À dire vrai, d’autres avant Lemaire, qui se réclame de la gauche, avaient prévenu du désastre. En octobre 1985, Le Figaro Magazine suscitait le scandale en titrant, en une, avec une Marianne voilée: «Serons-nous encore Français dans trente ans?» À Trappes, assure le professeur, «c’est terminé: les islamistes ont gagné».

Contagieuse lâcheté

L’État est prisonnier de son confinement mental. Il lui interdit d’évaluer les dangers. L’enfermement rend les dirigeants insensibles aux conquêtes de l’islam politique, devant qui les indigènes cèdent la place. L’État reste semblablement sourd aux détresses humaines causées par sa politique sanitaire, disproportionnée eu égard à la faible létalité du virus. L’officielle hystérie hygiéniste est un artifice qui permet à l’Élysée de préserver une apparence d’autorité et de renoncer à son engagement, intenable dès le départ, d’un retour à l’équilibre budgétaire pour 2022. Mais s’il y a une guerre de survie à mener, c’est contre l’islam totalitaire: il ne rencontre pas d’obstacles sinon quelques jets de mots sans effets. Quand le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, mêle le danger du «séparatisme islamiste» à ceux des «survivalistes», des «suprémacistes blancs» et de l’ultragauche, il craint de nommer exclusivement l’ennemi intérieur. Parce que l’État redoute la guerre civile, il parle de «concorde». Mais le déshonneur est déjà une défaite.

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La résistance solitaire du professeur de philo de Trappes rappelle que le plus grave danger qui affaiblit la France est la lâcheté de ses dirigeants. Les médias progressistes ont également choisi le camp de la collaboration avec l’occupant islamiste, grimé en damné de la terre. Ceux-là se font volontiers l’écho de la militante Assa Traoré quand elle déclare: «Les Noirs et les Arabes ne sont pas en sécurité en France.» En revanche, ils n’entendent pas les désespérances de ceux qui depuis vingt ans fuient la colonisation. L’histoire retiendra que les Juifs auront été les premiers à quitter Trappes. Le remplacement de population en certains lieux est un fait qui persiste à être nié. Ce déni s’accompagne d’une complaisance pour les revendications identitaires les plus provocatrices. C’est ainsi que le Défenseur des droits a récemment pris la défense du port du burkini, sans vouloir s’attarder sur le symbole de cet uniforme. Rien d’étonnant, dans ce contexte de soumission, d’apprendre l’autre jour que des enseignants et parents d’élèves du collège d’Ollioules (Var) se sont opposés à voir leur établissement baptisé du nom de Samuel Paty, ce professeur décapité en octobre par un islamiste. La lâcheté est contagieuse.

Victoire du politique

La faiblesse de l’État est telle que le gouvernement se flatte, cette semaine, d’avoir su tenir tête au pouvoir scientifique qui ne cesse de réclamer un troisième confinement. De fait, l’AP-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris) a donné le sentiment d’être devenue un État dans l’État, imposant ses décisions et excluant les médecins insoumis. Mais cet apparent retour du politique n’est pourtant que la moindre des choses.

(1) «L’Envers du décor», Albin Michel.

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