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Mosquées, écoles, associations… Les Franco-Turcs sous l’influence d’Ankara.

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DÉCRYPTAGE – La Turquie multiplie ses efforts en direction de la jeunesse et de la communauté franco-turque. Une situation qui préoccupe Paris.

Par Jean Chichizola LE FIGARO 16 février 2021

Des supporters assistent à un meeting électoral de soutien au président turc Recep Teyyip Erdogan à Metz, le 12 mars 2017. Vincent Kessler/REUTERS

«Dans sa stratégie d’ingérence, note un haut fonctionnaire parisien, Ankara ne néglige aucun secteur de la communauté franco-turque, et notamment pas la jeunesse.» Avec un triple objectif: diffuser les valeurs islamistes, verrouiller le lien avec la «mère patrie» en suivant le principe «intégration mais pas assimilation» (un «crime contre l’humanité», pour le président turc) et entretenir une base électorale dans une communauté réputée plus conservatrice.

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La guerre médiatique déclenchée ces dernières années vise ainsi notamment des jeunes Franco-Turcs, très friands, comme tous les autres, d’internet et de réseaux sociaux. «On observe le développement de sites ou de chaînes internet, comme Medyaturk, souligne-t-on à Paris, de réseaux, comme La Renaissance turque, Nous les Turcs ou encore Red’Action, qui agissent de facto comme des relais d’Ankara et du président turc. Or ils sont loin d’être confidentiels.»

Cet impact sur la jeunesse est d’autant plus préoccupant pour les autorités françaises que les messages sont très relayés par les réseaux des Frères musulmans implantés en France de longue date. Au-delà de ces médias alternatifs, les organes étatiques traditionnels, comme l’agence de presse Anadolu ou la Radio-télévision de Turquie (TRT), ont aussi une influence, certes moins forte que chez les anciens, sur de jeunes générations qui maîtrisent encore le turc.Dans l’est de la France, où vit une forte communauté, les services de renseignement soupçonnent des dérives au sein de structures de soutien scolaire et extrascolaire

La religion et l’éducation constituent deux autres secteurs clés. Notamment avec des pratiques dont les autorités françaises ont décrété la disparition: les imams détachés, 50 % d’entre eux étant turcs, et l’enseignement en langues et cultures d’origine. Les imams turcs sont sous le contrôle de l’Union des affaires religieuses turco-islamiques (Ditib), «filiale» de la Diyanet, bureaucratie religieuse étatique placée sous la houlette d’Erdogan. Témoignant devant une commission d’enquête parlementaire en 2019, le responsable d’un service de renseignement français parlait de religieux expliquant aux enfants que «leur président n’est pas M. Macron mais M. Erdogan». Un autre évoque «des prêches très pro-Erdogan», mais aussi «une désinformation, par exemple sur la teneur exacte du discours prononcé par le président de la République aux Mureaux le 2 octobre 2020». Paris se veut au demeurant tout aussi vigilant sur le mouvement de jeunesse et l’ensemble des activités de l’autre grande organisation religieuse turque, le Milli Görüs (Vision nationale ou de la communauté des croyants). Fondée par l’ancien mentor d’Erdogan, elle est accusée d’être proche des Frères musulmans, ce dont elle se défend, tout en se définissant comme «conservatrice et traditionaliste».

Côté éducation, l’enseignement en langues et cultures d’origine était professé par des enseignants détachés par l’État turc sans que Paris ait le choix des programmes ou du lieu d’enseignement. «Et, note un expert, avec souvent là encore des dérapages très pro-turc, anti-arménien et antikurde.» Dans l’est de la France, où vit une forte communauté, les services de renseignement soupçonnent des dérives similaires au sein de structures de soutien scolaire et extrascolaire. Et, dans un autre registre, un bras de fer feutré et très diplomatique se poursuit à Strasbourg. Un lycée «imam hatip» (lycée religieux, type d’établissement fréquenté dans sa jeunesse stambouliote par un certain Erdogan) a été créé, mais l’État français a mis son veto à la naissance d’une faculté islamique.L’effort d’Ankara en direction de la jeunesse et de la communauté franco-turque est impressionnant et préoccupe Paris

Un large réseau associatif, rassemblant des centaines de structures, établit aussi un véritable maillage dans des domaines très divers, tels que le sport, la culture, mais aussi l’industrie, avec les «jeunes industriels». Avec parfois une dimension plus politique, comme l’affiche le mouvement de jeunesse de l’Union internationale des démocrates, lobby paneuropéen proche de l’AKP.

Sur le plan de l’action directe, une source officielle note que les Loups gris, attirant de jeunes ultras, se font plus discrets. Sans toutefois avoir disparu. Tout en soulignant qu’«on parle d’une stratégie globale d’ingérence et non terroriste», cette même source s’inquiète «du climat de haine entretenu contre une France “islamophobe”».

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Médias, mosquées, écoles, associations… L’effort d’Ankara en direction de la jeunesse et de la communauté franco-turque est impressionnant et préoccupe Paris. Est-il efficace? Une récente étude menée en France, en Allemagne, en Autriche et aux Pays-Bas, notamment par la Fondation Jean-Jaurès, livre un constat intéressant. Les plus jeunes se sentent encore très concernés par le rapport à l’islam, à la Turquie, aux valeurs «nationales». Mais, chose somme toute logique, toujours dans une moindre proportion que les plus âgés. Un phénomène que rêve probablement de contrer le président turc. Le combat pour la jeunesse ne fait que commencer.

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