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«Islamo-gauchisme: à l’université comme au CNRS, nous devons réagir vite»

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ENTRETIEN – Le professeur de philosophie à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne, Jean-François Braunstein, salue la décision de Frédérique Vidal de demander une enquête, mais s’interroge sur l’opportunité de la confier au CNRS.Par JFPublié hier à 20:19, mis à jour hier à 20:19

Jean-François Braunstein. Clairefond

LE FIGARO.- Frédérique Vidal veut demander au CNRS une enquête sur l’islamo-gauchisme. Est-ce une réponse adaptée?

Jean-François BRAUNSTEIN.- Réaliser une enquête sur ces questions est une très bonne idée. On ne doit plus confondre prises de parti militantes et vérités scientifiques: il ne faut pas revenir à l’époque stalinienne opposant «science prolétarienne» et «science bourgeoise». Je ne suis cependant pas sûr que le CNRS soit le mieux à même de faire cette étude. D’abord parce que l’université et le CNRS sont deux institutions tout à fait distinctes, qui n’ont pas vocation à enquêter l’une sur l’autre. Mais surtout parce que le CNRS est devenu, depuis quelques années, un pôle avancé de ces idéologies. Son président, Antoine Petit, a récemment donné un avant-propos au livre collectif de tenants de ces théories, Sexualités, identités & corps colonisés (Éd. du CNRS, 2019).

Antoine Petit écrit: «La “race” devient la nouvelle grille de lecture du monde sur laquelle s’intègre la grille du genre, et qui s’articule à la hiérarchie homme/femme: aux colonies, le plus petit des “Blancs”, sur l’échelle sociale, sera toujours plus grand que n’importe quel colonisé, surtout s’il s’agit d’une femme.» Voilà qui est clair. De façon générale, les travaux sur le genre, et désormais la race, sont très encouragés par le CNRS, qui pratique d’ailleurs l’écriture inclusive de manière encore plus systématique que les universités. Ce n’est pas bon signe!

Selon la ministre, l’islamo-gauchisme «gangrène la société dans son ensemble», et donc l’université. Est-ce une prise de conscience salutaire?

Ce constat, beaucoup d’universitaires l’ont fait depuis longtemps. Au lendemain de l’assassinat de Samuel Paty, cent universitaires ont signé un «appel des 100» qui critiquait le déni de l’islamisme dans nos universités et constatait la montée des idéologies indigéniste, racialiste et décoloniale.

Pareilles idéologies conduisent ces élèves à adopter une posture victimaire, qui leur sera dommageable, et aggravera les tensions dans collèges et lycéesJean-François Braunstein

Nous devons réagir avant qu’il ne soit trop tard. L’université n’est pas seulement «gangrenée» comme le reste de la société par ces courants. C’est pire encore, car elle leur donne une légitimité prétendument scientifique, utilisée pour miner la société: en enseignant aux futurs professeurs du secondaire, et donc plus tard à leurs élèves, que les jeunes de banlieue sont «systématiquement» discriminés et toujours«colonisés», pareilles idéologies conduisent ces élèves à adopter une posture victimaire, qui leur sera dommageable, et aggravera les tensions dans collèges et lycées.

La prise de conscience tardive de la ministre s’explique par l’écho que reçoivent les travaux d’universitaires, comme ceux de l’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires. Aujourd’hui, seule la Conférence des présidents d’université persiste dans le déni.

Comment définiriez-vous le concept d«islamo-gauchisme»?

Le terme a été forgé au début des années 2000 par Pierre-André Taguieff: il s’agissait de désigner une alliance de fait nouée en Europe, au moment de la deuxième Intifada, entre certains courants de la gauche de la gauche et des mouvements proches des islamistes. Ces courants gauchistes voulaient voir dans l’immigré musulman le substitut de l’ancienne figure du prolétaire exploité et dans l’islam la religion des pauvres et des opprimés. Ce courant n’a depuis lors fait que se renforcer et on a vu La France insoumise participer, en 2019, à la manifestation «contre l’islamophobie» organisée par le CCIF, aujourd’hui dissous.

Comment cet islamo-gauchisme se manifeste-t-il dans les universités françaises?

La situation s’est aggravée dans les années récentes. Certaines universités, comme Sorbonne Paris Nord, sont particulièrement touchées par le prosélytisme islamiste. Les théories de chercheurs islamistes comme le Pakistano-Américain Talal Asad sont utilisées pour«décoloniser la laïcité» (sic). La théoricienne du genre américaine Joan Scott offre des arguments pour critiquer la «religion de la laïcité»française.

Mais ce qui s’accélère surtout est l’arrivée rapide en France des théories qui sont en train de détruire les universités américaines. Il existerait, en France comme aux États-Unis, un «racisme systémique», qui affecterait tous les Blancs, et un «privilège blanc» , sorte de péché originel dont les Blancs ne pourront jamais se défaire complètement. Le racialisme devient une sorte de racisme à l’envers, les Blancs étant tous coupables, quoi qu’ils fassent ou disent.

Les théories indigénistes et décoloniales soutiennent pour leur part que les immigrés ou les enfants d’immigrés en France sont aujourd’hui encore traités comme des indigènes: le système colonial perdurerait dans les banlieues françaises. Le Parti des indigènes de la République, ouvertement raciste, connaît un vrai succès. L’on voit certains universitaires, blancs ou juifs, venir demander l’absolution de leurs péchés devant le porte-parole de ce parti.

Ce nouveau type d’études trouve de plus en plus de place dans les universités, dans leurs programmes, dans les colloques, les sujets de thèse, les profils de posteJean-François Braunstein

Les études de genre visent à effacer la dimension biologique de la différence des sexes. La biologie est disqualifiée comme une science patriarcale et viriliste. Les genres ne seraient que des identités librement choisies. Le «trans» ou le «queer», au genre «fluide», sont les nouveaux héros alors que la masculinité est toujours «toxique». Pour en finir avec la prétendue domination patriarcale, l’écriture inclusive tend à se généraliser dans les universités: il s’agit de changer la langue pour changer les esprits.

On crée de nouvelles spécialités universitaires, sur le modèle des«studies» anglo-saxonnes: études sur la race, études décoloniales, études sur le genre mais aussi études sur l’animal, le handicap (disability studies), le poids (fat studies), ou la pornographie (porn studies). Ce n’est plus l’objet qui compte mais l’adhésion à certains présupposés: ne pourront parler de ces sujets que ceux qui sont en accord avec l’approche militante et victimaire de ces «studies».

Des études «intersectionnelles» s’attachent à déterminer comment les identités discriminées ne font pas que s’ajouter mais se «potentialisent». La femme, noire et lesbienne sera, selon ces théories, beaucoup plus discriminée que la femme blanche. Avec naturellement une tendance à la concurrence victimaire, par exemple entre trans et féministes, Noirs et Arabes. Le coupable est quant à lui aisé à trouver: le mâle blanc occidental hétérosexuel. Ce nouveau type d’études trouve de plus en plus de place dans les universités, dans leurs programmes, dans les colloques, les sujets de thèse, les profils de poste.

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