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L’impossible et illusoire « islam de France » (partie 1) Front Populaire.

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17 février 2021.

OPINION. Ceux qui se pâment devant la signature de la charte des principes pour l’islam de France n’ont peut-être pas analysé en détail son contenu. C’est ce qu’a fait Philippe Franceschi pour nous en proposer une approche détaillée. Première partie d’une analyse brûlante.

L'impossible et illusoire "islam de France" (partie 1)

Auteur

Philippe FRANCESCHI. Consultant FRONT POPULAIRE

La charte des principes pour l’islam de France demandée par Emmanuel Macron au Conseil français du culte musulman (CFCM) a été présentée au Président de la République ce 18 janvier 2021. Plusieurs versions circulaient et le recteur de la grande mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz, s’était retiré du travail en cours en décembre 2020, accusant la composante islamiste de procéder à des remises en cause presque systématiques des passages les plus importants. Le projet n’a pas été signé par trois fédérations (les deux fédérations d’origine turque et l’association Foi et Pratique, le Tabligh, d’inspiration indo-pakistanaise).

Si la version présentée est plus exigeante sur le plan républicain, des non-dits peuvent laisser perplexe et rien n’est gagné en ce qui concerne son application car elle doit encore faire l’objet de consultations locales pour sa mise en œuvre et son acceptation par les imams de terrain. Cette charte n’est-elle pas plutôt un texte rédigé par une instance dont on sait qu’elle est peu représentative de l’avis de la majorité des musulmans en France, afin d’accéder à la demande présidentielle ? Déjà en 2015, Bernard Cazeneuve avait créé une « nouvelle instance de dialogue avec l’islam de France » qui avait aussi pour mission de régler les questions sensibles de la formation des imams et du financement des mosquées ! C’était déjà un aveu des ratés du CFCM. Qui s’en souvient ? Et que penser de la création de l’association musulmane pour l’islam de France (AMIF) en 2019, sous l’égide d’Hakim El Karaoui, sherpa d’Emmanuel Macron pour l’islam, chargée elle aussi des mêmes missions…Quel désordre ou plutôt quelle incertitude au sein du pouvoir !

Soyons réalistes devant ces échecs répétés. Ne l’oublions pas le mot « islam » signifie la « soumission » et la sujétion aux ordres de Dieu. Après tout, cette charte n’évoque que des principes et leur application par l’ensemble des musulmans sera une autre affaire. Le réalisme voudrait que l’on ne reproduise pas un espoir néo-munichois d’Islam DE France alors que l’Islam est un tout indissociable, religieux et politique et que son idéologie est celle d’une conquête mondiale. Emmanuel Macron souhaite aussi faciliter le financement de l’islam et donc son développement. Fixons plutôt un cadre rigoureux à l’islam et luttons sans réserve contre le séparatisme islamiste et le terrorisme et ceux qui ne se reconnaissent pas dans les valeurs de la France n’ont pas leur place sur notre territoire. D’autres mesures alternatives sont possibles.

Les non-dits de la « charte des principes »

Certains principes comme la laïcité, l’égalité homme/femme, le refus de l’ingérence étrangère et le rejet de l’islam politique (Wahhabisme, Tabligh, frères musulmans) sont affirmés dans cette charte et c’est une avancée certaine dans les mots dont il faut se féliciter. Par contre, la rédaction de plusieurs articles pose question. Ainsi l’article 2 énonce que « Le principe d’égalité devant la loi nous oblige à nous conformer aux règles communes »…on fait mieux comme adhésion spontanée aux lois de la République. L’art 5 appelle au dialogue inter musulmans sans hiérarchiser les courants et interprétations, ce qui rouvre la porte aux fondamentalistes de tout bord par ailleurs rejetés par la charte ! L’art 7 appelle à « distinguer dans les sources scripturaires ce qui est applicable dans le contexte de la société française » et évoque « une adaptation harmonieuse de ces sources universalistes (écoles doctrinales de l’islam) aux réalités de notre pays ».

Et si la réalité de notre pays est l’islamisation grandissante, ne risque-t-on pas plutôt de comprendre qu’il s’agit d’une nécessaire soumission de la société française à cette réalité. En tout cas, il y a deux lectures possibles de cet article. Le fait que la fédération des « musulmans de France », ex UOIF des Frères musulmans, ait signé cette charte qui rejette les frères musulmans n’est pas rassurant. Un coin est également enfoncé sur la reconnaissance de la laïcité, dans la mesure où l’art 8 précise que « les usagers des services publics ne sont pas soumis à la neutralité religieuse mais sont tenus dans leur expression religieuse à respecter l’ordre public établi par la loi ». Le CFCM se prend donc pour un législateur et inscrit dans son marbre sa vision de la laïcité. Ce n’est pas surprenant car c’est là que le bât blesse principalement. L’art 9 évoque « la lutte contre la haine antimusulmane… et les symboles de leur foi qui sont trop souvent la cible d’actes hostiles ». Il n’englobe pas les actes hostiles vis-à-vis de symboles de la foi chrétienne ou juive, faisant ainsi preuve d’un égocentrisme victimaire choquant. 

Par ailleurs, les pratiques de l’excision et des mariages forcés ne sont plus évoqués et ne font donc pas l’objet d’un refus explicite et la référence aux « certificats de virginité » a également disparu de la version définitive du texte. Enfin, l’art 10 prévoit comme sanction en cas de non-respect de la charte, l’exclusion du contrevenant de toutes les instances représentatives de l’Islam de France, ce qui n’empêchera nullement un imam de continuer à œuvrer en dehors de cette charte. Et qu’adviendra-t-il des fédérations qui ne souhaitent pas la signer car il n’y a pas de clergé et de hiérarchie en islam ?

Que recherche Emmanuel Macron ?

Les contours de la structuration de l’islam en France voulue par Emmanuel Macron sont connus. Appliquant une verticalité qu’il assume, notre président a décidé de structurer l’islam en imposant une transparence dans le financement des mosquées et en élargissant leurs sources de revenu. Pour cela il a choisi de réformer la loi de 1905 de séparation des églises et de l’État en proposant un statut cultuel « rénové » aux associations musulmanes 1901 permettant d’élargir leurs sources de revenus. Mais chercher à structurer un islam que l’on veut « de France » tout en continuant à autoriser le financement provenant de l’étranger est un paradoxe et une contradiction desquels ne sort pas ce projet de réforme. Vouloir rendre davantage soluble l’islam dans la République se heurtera à l’opposition des structures représentatives des musulmans eux-mêmes, plus que jamais divisées et concurrentes, représentatives d’intérêts étrangers, réfractaires à toute forme de contrôle de l’État dans lequel elles perçoivent un relent colonialiste.

Cette vision macronnienne se caractérise par contre par une absence de mesures fermes de l’État afin de s’attaquer au véritable problème, celui de la progression de l’islam fondamentaliste et du séparatisme dans notre pays. Même si en apparence il nous promet une plus grande répression contre les prédications contraires à l’ordre public et un contrôle de la formation des imams, objectifs déjà recherchés mais toujours en échec, il est à craindre que l’islam radical en ressorte finalement renforcé.

L’islam adaptable à la loi de 1905 ?

Le christianisme homogène de 1905 n’a eu aucun mal à se fondre dans la République, ce qui n’est pas le cas de l’islam aujourd’hui qui est pluriel et divisé. Le législateur de l’époque, dans sa grande sagesse, avait refusé d’intégrer l’islam dans la loi. Des dérogations avaient d’ailleurs été adoptées pour les départements algériens et son inapplication reconnue pour les territoires de l’Empire colonial à forte majorité musulmane (1). Les réticences reposaient aussi sur les fondements mêmes de l’islam, religion théocratique ne séparant pas le politique du religieux et prônant l’application de la Charia. Or, « la Charia réglemente la vie religieuse, politique et sociale, dicte le statut personnel, édicte le droit pénal, le droit public et le droit international, pose les principes du droit conventionnel. La conséquence naturelle de cette conception totalitaire est aussi le mélange du spirituel et du temporel » et « la pensée démocratique que la volonté du nombre peut faire la loi, en s’exprimant par les différents modes de suffrage, est une idée qui n’a jamais pénétré l’islam » (2). Tout le contraire du principe de laïcité sur lequel est fondé notre République depuis 1905.

L’écrivain et journaliste algérien Kamel Daoud analyse très bien cette dichotomie entre Islam et laïcité (3). Par ailleurs, dans le Coran l’Islam est située au-dessus des autres religions et a vocation à conquérir le monde (4). C’est pourquoi dans la tradition musulmane, le monde est initialement divisé en seulement deux parties : le Dar al-islam ou « domaine de la soumission à Dieu » et le Dar al-harb, le « domaine de la guerre de conquête ». Disons-le tout net, la France n’a pas vocation à entrer dans le Dar al-islam et devenir une société confessionnelle, ni même multiculturelle, ce serait faire insulte à notre histoire. Aucun coup de pouce, y compris financier n’a donc à être donné dans ce sens, au nom de la liberté religieuse. Allez-donc voir comment vous serez reçus si vous essayez de construire une église ou de faire du prosélytisme chrétien en terre d’islam ! Il est vrai que certains pays musulmans ont su adapter leurs lois au contexte d’aujourd’hui comme par exemple la Tunisie avec son code du statut personnel, non sans de fortes critiques de la part du monde arabe dans son ensemble, mais intrinsèquement l’organisation de la famille islamique demeure globalement patriarcale. Le mariage, la filiation, la protection du mineur et les successions illustrent le particularisme de ce corpus juris marqué par l’absence d’égalité entre l’homme et la femme.

Enfin, le Coran prévoit bien qu’un musulman soit tenu de respecter les lois en vigueur dans son pays de résidence mais le problème survient quand ces lois sont contraires à l’islam. Un sondage Ifop-JDD de septembre 2016 indiquait que 29% des musulmans en France mettaient la Charia au-dessus des lois et ont adopté un système de valeurs clairement opposé aux valeurs de la République, s’affirmant « en marge de la société ». Un autre sondage d’octobre 2020, toujours de l’IFOP, révélait que 74 % des Français musulmans de moins de 25 ans affirment mettre l’islam avant la République et se disent plus radicaux que leurs aînés. Il ne s’agit nullement de stigmatiser les musulmans dans leur ensemble mais de mettre en évidence la difficulté pour un nombre important d’entre-eux d’assumer tout à la fois leur religion et la laïcité.

Cela explique aussi, à mon avis, la difficulté pour les représentants de l’islam en France de tenir un discours clair sur les questions d’adaptation aux lois de la République et opposé à celui de l’islam radical, préférant continuer à revendiquer plus de lieux de culte. En cela « ils portent sans doute une lourde responsabilité historique dans la montée du péril islamiste dans notre pays et la défiance des Français envers l’islam » (5). Nous voyons donc bien que toute ambiguïté n’a pas encore été levée et l’adaptation de la loi de 1905 à l’islam n’apportera pas la solution à ce problème.

Un contrôle par l’État du financement de l’islam en France qui risque au contraire de favoriser les mouvances intégristes

Aujourd’hui, les musulmans en France s’organisent généralement autour de la loi de 1901 qui donne la liberté d’association par déclaration en préfecture. Le statut associatif encadre les finances des associations et la loi sur l’économie sociale et solidaire de 2014 qui leur ouvre la possibilité de posséder des « biens de rapport » exclut les associations cultuelles. La réforme envisagée vise essentiellement à permettre aux associations cultuelles d’élargir leurs sources de revenus (loyers immobiliers) en contrepartie d’un contrôle de leurs autres ressources financières (dons de particuliers et étrangers au-dessus de 10000 euros) en proposant aux associations musulmanes 1901 ayant trait au culte, d’adopter le statut cultuel rénové prévu par la loi de 1905.

A ce sujet, il n’y a dans la charte du CFCM qu’un engagement à réduire le financement étranger, ce qui n’engage en fait à rien. Envisager d’imposer aux musulmans eux-mêmes très divisés une réforme dont ils ne veulent pas et qu’ils chercheront à contourner, constitue une autre verticalité macronienne. En effet, l’islam de France est marocain, algérien, turc ou autre, et non français. Le lien notamment financier avec la communauté source est essentiel pour les apparatchiks du culte et un contrôle accru de l’État français signifie la perte d’immenses ressources financières semi-clandestines (pèlerinage et halal). La transparence dans le financement des mosquées n’existe pas aujourd’hui et, cette réforme risque d’en accentuer l’opacité et de nourrir les courants salafistes, fréristes, Tabligh ou encore milli gorus turk qui sont dans une logique identitaire de reconquête des esprits. Ces mouvements chercheront à profiter de ces nouvelles dispositions pour s’enrichir par tous les moyens, tout en déguisant l’origine des fonds lors des contrôles. Et puis de combien de divisions disposera le pouvoir pour contrôler en permanence la mise en œuvre des dispositions arrêtées ? On sait que l’islamisme est plus riche que l’islam et qu’il existe une porosité avec les réseaux criminels de trafiquant de drogue. La reconnaissance formelle et la capacité financière accrue pour des mosquées tenues en particulier par les frères musulmans a de quoi inquiéter (6) (7).

La lutte sans merci contre les trafics de drogue et l’interdiction de tout financement étranger sont les seules solutions efficaces. L’islam en France doit s’adapter à la loi 1905 et se financer sur fond propre comme l’église catholique (deniers, quêtes, offrandes, legs). La bonne réforme consisterait à imposer le statut cultuel actuel à toutes les associations musulmanes 1901 destinées au culte,sans avoir à modifier la loi 1905, et d’imposer là aussi un contrôle strict des ressources pour toutes les associations cultuelles.

Retrouvez demain la partie 2 de cet article.

(1) Raberh Achi, « 1905 : Quand l’islam était (déjà) la seconde religion de France », Multitudes 2015/2 (n° 59), p 52 et aussi p. 45. « En effet, la France de 1905 comptait non seulement plus de 4,5 millions de musulmans dans ses départements algériens, sans compter bien sûr ceux des colonies de l’Afrique Occidentale Française ou de l’Afrique Équatoriale Française, mais l’islam fut bel et bien évoqué au moment de l’adoption de la loi ».

(2) François-Paul Blanc, professeur agrégé des universités, « le droit musulman » chez Dalloz, 1995, p 3 et p. 7

(3) Kamel Daoud, le « monde des religions » du 27/02/2019 « le mot « laïcité » ne signifie pas séparation du culte et de l’État, mais séparation des Français et des musulmans. En Algérie, le mot a « glissé » sous la propagande islamiste, pour signifier « athée », « antimusulman ». En France, le mot fait les frais de sa surdétermination : convaincre des musulmans d’être laïques, c’est, pour eux, les convaincre de ne plus être musulmans. L’initiation à la laïcité — une urgence — reste sujet de méfiance sémantique ».

(4) Coran, sourate 61, verset 9 « C’est Lui qui a envoyé Son messager avec la guidée et la Religion de Vérité, pour la placer au-dessus de toute autre religion, en dépit de l’aversion des associateurs. »

(5) Salem Ben Ammar, docteur en science politique. Diplômé en 3e cycle en Anthropologie Sociale et en Relations Internationales. Auteur de « Introduction à l’ethnologie des communautés musulmanes marchandes en Inde »,

(6) Le journal libération du 14 avril 2017 : « Grâce aux témoignages d’anciens Frères qui ont pris leurs distances, comme le comédien Farid Abdelkrim, le sociologue Omero Marongiu ou encore l’islamologue belge Michaël Privot, on comprend peu à peu un fonctionnement semi-clandestin, aux diverses imbrications. Comme le décrit Marongiu, l’UOIF « chapeaute » en fait une organisation « informelle » de Frères musulmans en France, »

(7) Dans « Au cœur des services spéciaux » (La Découverte, Paris, 2011), Alain Chouet, ancien chef du service de renseignements de sécurité à la DGSE écrit que « en Tunisie, Ennahdha a préparé son retour aux affaires : « Avant de quitter le pouvoir, ils ont organisé une réforme fiscale qui ruine la classe moyenne laïcisée, laquelle constitue le pire ennemi des Frères musulmans. Depuis, de nombreux attentats ont ensanglanté la Tunisie visant à tuer son économie, ruiner le secteur touristique, les syndicats, les associations, de façon à revenir au pouvoir. C’est la stratégie systématique des Frères musulmans »

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