MEMORABILIA

Transformée en dépotoir par les habitants du quartier, une école catholique privée ferme

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(Encore un territoire perdu pour la République, mon sous-titre, Artofus).

RÉCIT –À Amiens, la cour d’un établissement privé est devenue la poubelle à ciel ouvert des barres d’immeubles environnantes.

Par Stéphane Kovacs. LE FIGARO , 19 février 2021

Des déchets jonchent un toit-terrasse en bas d’un immeuble du quartier Étouvie, à Amiens, à proximité de la cour de l’école maternelle privée Monseigneur Cuminal. Claudia Calmel/Radio France/Maxppp

Des bouteilles, des poubelles éventrées, des mégots pas éteints… et même, à l’occasion, une machine à laver ou un frigo. Parce que sa cour de récréation est devenue un dépotoir, que les habitants de l’immeuble qui la surplombe ont pris l’habitude de jeter leurs déchets par les fenêtres, une école primaire va fermer. L’établissement catholique privé Monseigneur Cuminal, situé au bas d’une tour du quartier Étouvie à Amiens, a annoncé jeudi qu’étant « devenu impossible d’assurer la sécurité des élèves et personnels », il quitterait définitivement les lieux à la fin de l’année scolaire.

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«Depuis plusieurs années, la sécurité de l’école ne cesse de se dégrader, avec une accélération depuis la rentrée de septembre 2020, écrit Sylvie Seillier, directrice diocésaine de l’enseignement catholique de la Somme, dans un communiqué. Cette annexe de quatre classes de l’école Saint-Jean, ouverte en 1997, subit quotidiennement les jets d’objets et de déchets en tout genre lancés depuis les étages au pied des classes. Des agressions du voisinage, différents trafics à proximité, des intrusions et occupations sauvages de la cour, des rodéos près de l’école participent à l’insécurité et empêchent l’école de fonctionner normalement.»

«Un crève-cœur»

À la SIP, le bailleur social propriétaire du bloc d’immeubles les Coursives, qui «a investi 11 millions d’euros depuis 2012 pour la rénovation des logements et des parties communes», on confirme que «les équipes de proximité passent beaucoup de temps à nettoyer les abords»«Un jour, j’ai failli me prendre un micro-ondes sur la tête», a raconté un employé de l’entreprise de nettoyage à la journaliste de France Bleu Picardie, qui elle-même manquera, lors de son reportage, d’être «assommée» par une boîte de conserve…

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«De nombreux aménagements, des travaux de sécurisation, ont été effectués, précise Sylvie Seillier. Toutes les hypothèses ont été étudiées pour que les 82 enfants de notre école puissent continuer à être scolarisés dans le quartier… Le soutien de la mairie d’Amiens, des polices nationale et municipale, n’a pas non plus permis de mettre fin à ces difficultés devenues très dangereuses. Je ne peux pas imaginer prendre le risque qu’un objet comme un téléviseur tombe sur un enfant! C’est un crève-cœur, mais on doit quitter ce quartier défavorisé où l’on était bien intégré depuis près de 25 ans.»

On en vient à se demander, s’il ne faudrait pas, quand il y a mise en danger de la vie d’autrui, autoriser la collectivité à filmer les bâtiments, de loin, sans que l’on puisse reconnaître les gensLaurent Dal, représentant de la SIP

À la mairie, «on regrette profondément que l’école quitte le secteur»«Il y a trois quartiers d’Amiens sur lesquels la maire a demandé une attention toute particulière de la préfecture, et Étouvie en fait partie, indique Hubert de Jenlis, premier adjoint à la sécurité. Le trafic de drogue dégrade fortement le climat. L’incivilité de certains locataires nuit au vivre-ensemble. La police municipale et la brigade verte font leur boulot. Mais la mairie ne peut intervenir ni dans l’immeuble, ni dans la cour, car ce sont des propriétés privées. Nos caméras ne peuvent filmer que le domaine public. Il nous est interdit de filmer les fenêtres, donc impossible de verbaliser les contrevenants. » Même consternation du côté du bailleur social: «Sur le quartier, on a recruté 24 gardiens, installé 1700 caméras qui filment les parties communes, on fait régulièrement des campagnes de prévention, énumère Laurent Dal, représentant de la SIP. On en vient à se demander, s’il ne faudrait pas, quand il y a mise en danger de la vie d’autrui, autoriser la collectivité à filmer les bâtiments, de loin, sans que l’on puisse reconnaître les gens»

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Pour régler ce problème, «la ville peut être chef d’orchestre, mais a besoin de l’État», observe le premier adjoint. Qui souhaite «que se tienne une table ronde avec l’État, le procureur de la République, les polices nationale et municipale et le bailleur». En attendant, le représentant de la SIP fait part de son amertume: «Dans ce quartier, il y a aussi des habitants qui respectent les lieux, souligne-t-il. La supérette a fermé, demain, c’est l’école, et après-demain, le poste de police municipale, qui a déjà réduit ses horaires? Finalement, on donne raison à ceux qui commettent des incivilités. Et c’est toute la société qui y perd.»

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