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Pourquoi le réchauffement États-Unis-Iran inquiète Israël

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L’administration Biden veut faire de « l’apaisement » avec les Iraniens, redoutables manoeuvriers qui ont depuis longtemps décidé qu’ils auraient leur arsenal nucléaire. Avec Hitler aussi, on a voulu pratiquer l’apaisement. Ce serait drôle si ce n’était tragique. Artofus.

ANALYSE. La volonté américaine de négocier avec Téhéran un retour mutuel dans l’accord sur le nucléaire iranien n’est pas pour rassurer l’État hébreu.

Dans un communique, le Premier ministre israelien Benyamin Netanyahou a rappele son opposition a un retour pur et simple des Etats-Unis et de l'Iran a l'accord sur le nucleaire iranien (JCPOA).
Dans un communiqué, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a rappelé son opposition à un retour pur et simple des États-Unis et de l’Iran à l’accord sur le nucléaire iranien (JCPOA).© EMIL SALMAN / POOL / AFP

Par Armin Arefi Publié le 22/02/2021 LE POINT.

Dans le concert d’applaudissements qui ont suivi l’annonce américaine selon laquelle les États-Unis étaient prêts à s’asseoir autour d’une table avec l’Iranpour discuter de son programme nucléaire, il est une voix dissonante, inquiète à la perspective de négociations directes entre les deux pays ennemis. Et elle l’a fait savoir publiquement. « Israël reste engagé pour empêcher l’Iran de se doter d’armes nucléaires, et sa position sur l’accord sur le nucléaire n’a pas changé », a déclaré le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, dans un communiqué diffusé vendredi. « Israël estime qu’un retour à l’ancien accord ouvrira la voie à l’Iran vers un arsenal nucléaire », ajoute le texte, qui assure que l’État hébreu « reste en contact rapproché avec les États-Unis sur ce sujet ».

Israël a toujours été l’un des plus ardents pourfendeurs de l’accord sur le nucléaire iranien (JCPOA), qui prévoyait de limiter drastiquement les activités nucléaires de la République islamique, grâce à des contrôles poussés de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) en échange d’une levée des sanctions internationales contre Téhéran. À la grande satisfaction de l’État hébreu, Donald Trump s’en est unilatéralement retiré en mai 2018, alors que l’Iran respectait ses engagements selon les multiples rapports publiés par l’AIEA. Déterminé à détricoter l’héritage politique de Barack Obama et jugeant que le JCPOA ne répondait pas à l’ensemble des problèmes posés par l’Iran dans la région (activités déstabilisatrices, programme balistique…), l’ancien président américain a pris, dans la foulée, plusieurs salves de sanctions drastiques contre la République islamique pour la contraindre à renégocier un accord élargi à ses conditions.

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Violations iraniennes

« Ce n’est pas que pour faire plaisir à Israël que Donald Trump a quitté l’accord », souligne une source diplomatique israélienne. « Une des raisons fondamentales était la faiblesse du JCPOA. Washington a acquis la certitude qu’il ne s’agissait pas d’un bon accord : il n’était pas assez solide pour empêcher les violations et la reprise de l’enrichissement d’uranium, et ne traitait ni du programme balistique ni des activités déstabilisatrices de l’Iran dans la région ». Après un an de temporisation, attendant en vain que l’Europe fasse contrepoids aux mesures punitives américaines, la République islamique a repris, pas à pas, ses activités atomiques les plus sensibles en violation de l’accord.

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L’Iran a redémarré début janvier son enrichissement d’uranium à 20 %, un seuil bien supérieur à celui fixé par le JCPOA (3,65 %). En parallèle, Téhéran a poursuivi ses activités illicites de recherche et de développement en mettant au point des centrifugeuses avancées. En outre, la République islamique a entamé en février la production d’uranium métal, officiellement pour alimenter son réacteur de recherche à Téhéran, mais qui peut être utilisé dans la confection d’une arme atomique. « Nous sommes extrêmement inquiets quant aux nouvelles infractions iraniennes, qui montrent la surenchère iranienne compte tenu du changement d’administration aux États-Unis », souligne la source diplomatique israélienne. « Il n’y a jamais eu autant de violations de la part de l’Iran : ce pays n’a jamais été aussi proche de la bombe. »

Préparation d’une attaque

La République islamique assure que ces mesures sont réversibles et seront renversées dès que les États-Unis regagneront l’accord. Mais à Washington et à Tel-Aviv, on estime que ces violations répétées réduisent le « breakout time », soit le temps qu’il faudrait à l’Iran pour se doter de la bombe atomique s’il le décidait. Le nouveau secrétaire d’État américain, Antony Blinken, le définit à « trois ou quatre mois », alors que le renseignement militaire israélien, dans son rapport prévisionnel annuel, l’établit à deux ans. Lors d’une rare prise de parole publique en janvier dernier, le lieutenant-colonel Aviv Kochavi, chef d’état-major de l’armée israélienne, a indiqué qu’un retour à l’accord sur le nucléaire iranien ne devrait « pas être autorisé », car il « n’inclurait pas de restrictions [suffisantes] pour empêcher l’Iran de progresser vers la bombe ».

À LIRE AUSSILa France joue les gendarmes face à l’IranConsidéré comme un « faucon » sur l’Iran, le chef des militaires israéliens a précisé avoir « demandé à Tsahal de préparer un certain nombre de plans opérationnels en plus des plans existants » afin d’élaborer une attaque des sites nucléaires iraniens. L’État hébreu est déjà soupçonné d’être derrière l’assassinat fin novembre du scientifique iranien Mohsen Fakhrizadeh, considéré comme le père des activités nucléaires secrètes de l’Iran. En avril 2018, le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahouavait dévoilé des documents secrets dérobés par le Mossad à Téhéran, prouvant, selon lui, que l’Iran avait « continué à développer son savoir-faire nucléaire militaire pour un usage ultérieur » en dépit de la signature de l’accord sur le nucléaire en juillet 2015. Toutefois, une attaque israélienne des installations nucléaires iraniennes, si elle n’a pas eu lieu durant le mandat de Donald Trump, un président américain aligné sur les positions d’Israël au Moyen-Orient, paraît difficilement envisageable alors que Joe Biden a fait de la résolution diplomatique du dossier du nucléaire iranien une priorité.

Accord plus large

Souhaitant éviter le scénario catastrophe d’un bombardement israélien de l’Iran, la nouvelle administration américaine semble déterminée à négocier avec la République islamique un retour mutuel des États-Unis et de l’Iran dans l’accord sur le nucléaire avant d’élargir les discussions aux autres problématiques régionales. « Notre priorité est de trouver une solution valable en étroite concertation avec nos alliés », souligne un diplomate. « Il est vrai que le JCPOA ne traite que du nucléaire et pas des missiles iraniens, de son mauvais comportement régional, de son soutien au Hezbollah au Liban ou des groupes terroristes en Irak. » À en croire les premières indiscrétions autour des futurs pourparlers, dont la date est toujours inconnue, l’idée des États-Unis serait de réaliser avec l’Iran de premières concessions mutuelles et directement vérifiables pour « rebâtir la confiance » : Téhéran pourrait accepter de revenir à ses engagements en échange d’un allègement d’une partie – mais pas de la totalité – des sanctions américaines, permettant notamment de faciliter l’accès de l’Iran à l’aide humanitaire, alors que le pays est frappé de plein fouet par l’épidémie de Covid-19.

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Une première indication du degré d’ouverture iranien a été apportée ce week-end à l’issue de la visite à Téhéran du directeur général de l’AIEA. La République islamique, qui avait annoncé son intention de réduire l’accès à ses sites militaires aux inspecteurs de l’agence à partir du 23 février à la suite d’une loi votée par le Parlement iranien, a conclu avec Rafael Grossi un « accord temporaire » de trois mois permettant de maintenir sur place le même nombre d’agents de l’AIEA, qui pourront toujours réaliser des visites « inopinées » – mais en moins grand nombre – sur des installations sensibles le temps que les négociations politiques avec l’Iran aboutissent. Une percée qui n’est pas pour rassurer l’État d’Israël.

Signe de faiblesse

« Jérusalem est évidemment inquiet que l’administration Joe Biden revienne dans le JCPOA et discute avec l’Iran, surtout avec la possibilité de suppression de certaines ou de toutes les sanctions », estime Raz Zimmt, chercheur spécialiste de l’Iran à l’Institute for National Security Studies (INSS) à Tel-Aviv. Officiellement, Israël réclame un accord élargi aux trois sujets de préoccupation principaux avec l’Iran (nucléaire, balistique et activités régionales) et estime qu’une levée, même partielle, des sanctions américaines serait interprétée à Téhéran comme un signe de faiblesse et enlèverait aux États-Unis un levier de pression indéniable sur la République islamique.

À LIRE AUSSIEntre Israël et l’Iran, la guerre secrète est déclarée« Maintenant, poursuit l’expert israélien, il semble peu probable qu’Israël puisse faire beaucoup pour changer la position américaine. Il peut à nouveau pointer ses inquiétudes et faire des suggestions sur la manière d’améliorer l’accord, mais il ne paraît pas possible de rapprocher les positions israéliennes, notamment celle de Benyamin Netanyahou qui souhaite poursuivre la pression sur l’Iran et celle de Joe Biden qui veut rejoindre le JCPOA et l’utiliser comme une base pour de nouvelles négociations avec la République islamique. » Le Premier ministre israélien n’en a pas fini avec les communiqués désapprobateurs de son bureau.

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