MEMORABILIA

Écriture inclusive: «Offense à la langue»

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L’éditorial du Figaro, par Étienne de Montety.

23 février 2021

Étienne de Montety. Le Figaro

Une proposition de loi soutenue par soixante députés demande l’interdiction de l’écriture inclusive dans les documents administratifs. Il y a trois ans déjà, le premier ministre Édouard Philippe publiait une circulaire proscrivant cette pratique. Au même moment, l’Académie française la qualifiait de «confusion qui confine à l’illisibilité». Rien n’y a fait. Ici une université, là une institution publique commencent invariablement leurs courriers par cher.e.s étudiant.e.s ou cher.e.s collaborateur.e.s.

D’où le cri d’alarme d’élus qui en appellent à l’ordonnance de Villers-Cotterêts: en 1539, le roi avait imposé le français dans les textes relatifs à la vie publique. Son but: renforcer l’unité d’un pays.

L’écriture inclusive est une étrange technique qu’on dirait sortie de l’esprit enfumé d’un étudiant en codage informatique tombé amoureux d’une grammaire: graphie 2.0… Elle n’est ni gracieuse ni pratique et offense la musicalité de la langue de Ronsard et Musset. Mais elle semble avoir hypnotisé nombre des élites, qui y recourent complaisamment.

Cette méthode se prévaut des meilleures intentions du monde: la défense et illustration de la femme. Celle-ci serait mal-aimée de la grammaire. Qu’on en juge: faute de genre neutre, c’est le masculin qui en tient lieu. L’air du temps qui sexualise tout croit qu’une diplomate est bafouée si on l’appelle Madame l’ambassadeur ; il ne se pose pas la question pour son collègue qu’on nomme Excellence.

Une loi sera-t-elle suffisante pour enrayer ce qui ressemble à une mode chic portée par l’idéologie? Cette écriture ressemblerait à un canular de Boris Vian et de ses pataphysiciens si elle n’était redoutable: on imagine ses effets dans l’enseignement de l’orthographe, déjà rendu ardu par des siècles d’histoire et d’exceptions. Et que dire de la littérature, de la poésie de demain, encombrées de points médians et autres «iel(s)»…

À ces procédés militants, préférons l’usage, «le maître suprême», disait Revel. Lui fait évoluer la langue française avec douceur, il l’adapte, l’ajuste sans cesser de respecter cette belle vieille dame à qui nous devons tant.

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