MEMORABILIA

«Les départs de la police vont se compter par centaines»

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Entretien avec Alexandre Langlois

par Erwan Seznec – 24 février 2021. CAUSEUR

Alexandre Langlois. Photo: capture d’écran Youtube / Thinkerview.

Alexandre Langlois, policier dans les Yvelines, secrétaire général du syndicat Vigi, auteur de L’Ennemi de l’intérieur: dérives et dysfonctionnements de la police nationale, Talma Studios, 2019.


Causeur. Vous avez annoncé votre départ de la police le 27 novembre, après quatorze ans de service, découragé par l’évolution de la maison. Où en êtes-vous ?

Je suis toujours policier. J’ai demandé une rupture conventionnelle, possibilité ouverte aux fonctionnaires depuis le 1er janvier 2020, mais l’instruction des dossiers a pris un retard invraisemblable. Le ministère de l’Intérieur a affecté une seule personne au traitement des demandes. Cela procède d’une volonté délibérée d’obstruction, dans la mesure où les demandes se comptent par centaines, en attendant la deuxième vague. La Covid a freiné certains projets de reconversion, mais c’est seulement partie remise.

A lire aussi: Police: la position du démissionnaire

Pourquoi quitter la police ? 

Parce que l’institution s’effondre. Des policiers partis en disponibilité il y a quatre ou cinq ans et qui reviennent maintenant sont frappés par l’accélération du processus : nous ne sommes pas utilisés comme nous devrions l’être. On nous envoie réprimer des manifestations au lieu de protéger les manifestants contre les casseurs. On nous use à contrôler des attestations de sortie et à verbaliser des automobilistes qui roulent à 51 km/h en zone 50, avec consigne de ne pas trop regarder les cités livrées au trafic de drogue, au nom de la paix sociale. Quand j’entends que la police a collé des amendes de 135 euros à des dealers, à Marseille, je me demande ce qu’est devenu mon métier. Un dealer, on l’amène au poste. Je suis entré dans la police pour protéger les honnêtes gens, pas pour les enquiquiner. Gérald Darmanin se félicite que 60 % des Français ont une bonne image de la police(1). Moi, je trouve le chiffre désastreux. On devrait être à 95 % de confiance.

Est-ce propre à la police, ou la gendarmerie est-elle également concernée ?

Les gendarmes sont des militaires non syndiqués, ce qui permet de planquer la poussière sous le tapis, mais la situation est plus grave côté police.

A lire aussi, Yves Mamou: «Tuez-les ; Tuez-les!»… La guerre contre la police

Pourquoi ?

Nous sommes moins bien encadrés. La gendarmerie est dirigée par des gendarmes qui ont commencé lieutenant, alors que la police est dirigée par des gens qui ne connaissent pas le métier. Éric Morvan, directeur général de la police nationale d’août 2017 à février 2020, n’a jamais été policier. Zéro jour de terrain ! Il a coché une case dans un parcours préfectoral. Cette méconnaissance a des conséquences terribles. Notre hiérarchie n’a pas notion des sacrifices consentis par rapport à notre vie privée, elle sursollicite la police et lui demande des gestes qui ne passent pas. J’ai une collègue qui a été contrainte de tirer au LDB sur des pompiers, lors d’une manifestation de janvier 2020. Elle a démissionné ensuite.

*Auteur de L’Ennemi de l’intérieur : dérives et dysfonctionnements de la police nationale, Talma Studios, 2019.

[1]. Sondage IFOP pour CNews et Sud Radio de juin 2020 : la police inspirait de l’inquiétude (22 %) ou de l’hostilité (7 %) à près d’un sondé sur trois.

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