MEMORABILIA

«Rapport Stora sur la mémoire de la guerre d’Algérie: certaines propositions seraient inadmissibles»

FIGAROVOX/TRIBUNE – L’historien Benjamin Stora a présenté ses préconisations sur la mémoire de la guerre d’Algérie. Pour le général Longuet, président de l’Union nationale des combattants, le rapport manque de considération pour les soldats français qui se sont battus dans ce conflit.

Par Figaro Vox le 24 février 2021.

L’Union nationale des combattants (UNC) est une des principales associations d’anciens combattants, également ouverte aux soldats français en activité. Le général (2s) Hervé Longuet, ancien pilote de l’armée de l’air, ancien commandant de la Force aérienne de combat, préside l’UNC depuis 2019.


L’Union nationale des combattants (UNC), créée après la Première Guerre mondiale, compte parmi ses adhérents de nombreux anciens combattants d’Afrique du Nord ou leurs veuves et orphelins. Comme elle l’a fait pour leurs aînés, Poilus de 1914 ou combattants de 1939-1945, comme elle le fait pour nos soldats déployés sur les théâtres extérieurs, elle perpétue le souvenir de ces combattants Morts pour la France et reste très vigilante vis-à-vis de toute démarche qui porterait atteinte à leur honneur.

Aujourd’hui, la France et l’Algérie sont confrontées à une possible réconciliation. De part et d’autre, la barque de la mémoire est lourdement chargée. Pour l’Algérie, les 130 ans de la présence française, malgré des réalisations incontestables dans la mise en valeur du pays, se sont accompagnées d’injustices sociales et de plus 150 000 tués au terme d’une âpre guerre de huit ans.

Pour la France, la guerre d’Algérie a été un drame, laissant un goût amer né d’un mélange d’incompréhension, de frustration, d’amertume, de haines multiples. Au fil des années, on pouvait espérer que viendrait le temps de l’apaisement. Il n’en a rien été. Aujourd’hui encore, la France traîne l’affaire algérienne comme un boulet.

Peut-on effacer ces multiples ressentiments? Non. Mais la France et l’Algérie doivent-elles établir définitivement leurs rapports sur une mémoire douloureuse? Certainement pas! Ni l’une, ni l’autre n’y a intérêt.

Le monde combattant l’a bien compris et est prêt à établir des relations apaisées avec ceux qui ont été des adversaires mais qui ne sont pas des ennemis. L’histoire des peuples n’est pas avare de conflits suivis de réconciliation qui ne sont jamais que le fruit de choix politiques.La préservation des cimetières chrétiens et juifs d’Alger, d’Oran et de Constantine, aujourd’hui à l’abandon à l’exception du cimetière Saint-Eugène à Alger, serait un symbole fort.

La mission confiée à Benjamin Stora par le président de la République pouvait aller dans ce sens et l’UNC a donc pris connaissance avec beaucoup d’attention du contenu de ce rapport sur la colonisation et la guerre d’Algérie. L’UNC constate qu’il n’y est pas question d’excuses ou de repentance et elle s’en félicite.

Ce rapport comporte des propositions susceptibles de «réparer le passé». Ainsi, les harkis et leur famille sont, en effet, encore aujourd’hui des proscrits. Un simple devoir d’humanité exige de leur reconnaître le droit de revenir sur la terre de leurs ancêtres.

Par ailleurs, comme le préconise le rapport, la préservation des cimetières chrétiens et juifs d’Alger, d’Oran et de Constantine, aujourd’hui à l’abandon à l’exception du cimetière Saint-Eugène à Alger, serait un symbole fort. De son côté, la France a le devoir d’entretenir les tombes des FSNA («Français de souche nord-africaine») morts sous l’uniforme entre 1954 et 1962. De plus, il est vrai que rien ne justifie aujourd’hui le secret entourant les tombes des condamnés à mort.

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Parmi les propositions intéressantes figurent également le travail de mémoire sur les disparus de la guerre d’Algérie, notamment les Européens victimes des massacres d’Oran le 5 juillet 1962, ou encore la mise en place d’un système de travail commun entre les chercheurs des deux côtés de la Méditerranée. La facilitation d’accès aux archives va dans le sens de l’apaisement. Enfin, accorder dans les programmes scolaires plus de place à l’histoire de la France en Algerie est une bonne idée… sous réserve évidemment de l’objectivité des programmes proposés!La diffusion d’un guide des Français disparus en Algérie a déjà été menée à bien par le service interministériel des archives françaises en 2020.

Mais ce rapport comporte également des propositions déjà mises en place. Ainsi, la diffusion d’un guide des Français disparus en Algérie a été menée à bien par le service interministériel des archives françaises en mars 2020. Ce travail peut être finalisé dans le cadre d’une recherche bilatérale et universitaire, et sous condition de l’ouverture par les autorités algériennes de toutes leurs archives!

De la même manière, mieux honorer les harkis est une proposition qui est mise en œuvre le 25 septembre… depuis 2003!

Le rapport Stora préconise des actions qui semblent délicates à mettre en œuvre. Ainsi, la dépollution des sites nucléaires et le déminage, entrepris depuis plusieurs décennies en liaison avec la France, en sont arrivés au point où il faut donner du temps au temps. Pour ce qui concerne les mines, celles qui subsistent ont été entraînées par l’érosion et les pluies. Il y a là un risque à assumer, comme l’est celui des bombes non explosées de la Seconde Guerre mondiale.La France ne saurait commémorer l’entrée en vigueur des accords d’Évian, le 19 mars 1962, car celle-ci ne signifie pas la fin des violences et des morts.

Quant à restituer le sabre d’Abd El Kader et le canon de Baba Merzoug, cela est simplement interdit par la loi française! Enfin, si constituer une commission Alliance et vérité, chargée d’impulser des initiatives communes entre la France et l’Algérie sur les questions de mémoire n’est pas sans intérêt, sa crédibilité dépendra de sa composition.

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Mais l’UNC note aussi que certaines mesures vont totalement à l’encontre d’une démarche de réconciliation.

Il s’agit de la commémoration de l’entrée en vigueur de accords d’Évian, le 19 mars 1962, qui ne signifie pas, on le sait, la fin des violences et des morts.

Ou encore de la panthéonisation de personnes qui ont indirectement contribué à la mort de soldats français ou se sont faites les complices des poseurs de bombe.L’interprétation, par le rapport, du 17 octobre 1961 et de sa répression est sujette à caution.

L’interprétation du 17 octobre 1961 et de sa répression est également sujette à caution: la manifestation du 17 octobre 1961 à Paris est d’abord et avant tout une journée révolutionnaire organisée par le FLN pour montrer sa puissance en métropole.

De la même manière, reconnaître l’assassinat d’Ali Boumendjel, dirigeant politique du nationalisme algérien pendant la bataille d’Alger, pourrait donner lieu à d’autres revendications concernant des terroristes tués pendant cette bataille.

Enfin, organiser un colloque international dédié au refus de la guerre d’Algérie par certaines grandes personnalités conduit à s’interroger. Pourquoi ne pas organiser un colloque dédié à ceux qui ont soutenu le combat que menaient les fils de France en Algérie?Ce rapport ne contribuera ni à réconcilier les Français, ni à réconcilier la France et l’Algérie. Pour cela, il eût fallu rejeter les outrances, mettre en lumière tous les faits des deux côtés.

Pour l’UNC, la mission assignée à l’auteur du rapport par le président de la République n’est pas remplie. Ce rapport donne l’occasion à Benjamin Stora, historien dont la compétence n’est pas discutable, mais historien engagé, d’exposer ses réflexions personnelles. Ce rapport ne contribuera ni à réconcilier les Français, ni à réconcilier la France et l’Algérie. Pour cela, il eût fallu relater honnêtement le cours de la guerre, renoncer aux anathèmes, rejeter les outrances, mettre en lumière tous les faits y compris les plus condamnables des deux côtés.

Mais en choisissant de confier cette mission à Benjamin Stora, pouvait-il en être autrement?

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