MEMORABILIA

“Les Français doivent pouvoir choisir l’immigration plutôt que la subir”…

Par  Alexandre Bertolini Publié le 25/02/2021 VALEURS ACTUELLES

“Le Millénaire”, un groupe de réflexion spécialisé dans les questions de politiques publiques et travaillant à la refondation de la droite, vient de publier un rapport sur l’immigration. William Thay, président du think tank, et Pierre Fontaine, secrétaire général adjoint, livrent ses recommandations. Entretien.

Valeurs actuelles. Pourquoi produire un rapport sur l’immigration pour “reprendre le contrôle” ? Est-ce un sujet majeur à traiter d’urgence ?
William Thay et Pierre Fontaine.
 Dans une démocratie, les citoyens doivent être souverains et donc décider de la politique migratoire de leur pays. Or, aujourd’hui, nous avons perdu le contrôle de notre politique migratoire et la possibilité de décider qui nous voulons accueillir et dans quel but. Quand environ huit obligations de quitter le territoire sur dix ne sont pas exécutées, l’État ne choisit pas les étrangers présents sur son sol. Les citoyens sont également dépossédés de ce choix et ne peuvent donc pas être souverains dans leur pays : 63% des Français considèrent qu’il y a trop d’étrangers en France. Il nous paraît donc urgent, dans un contexte économique difficile, de doter le pouvoir politique des moyens pour reprendre le contrôle de notre politique migratoire. Les Français doivent pouvoir choisir l’immigration plutôt que la subir, et décider qui rentrent en France ou non. Cette urgence ne fait que renforcer la crise démocratique. Le pouvoir politique semble n’avoir aucune emprise sur la maîtrise du destin du pays. Avec le cadre législatif actuel, un ministre de l’Intérieur aurait de grandes difficultés à réduire significativement le solde migratoire.

Débattre d’une politique migratoire, c’est d’abord choisir qui l’on accueille et dans quel objectif.

Une des mesures phares que vous proposez est l’instauration de quotas en fonction des pays de provenance, couplé à un débat annuel à l’Assemblée nationale sur ce thème. En quoi les quotas vous apparaissent comme une des meilleures solutions concernant l’immigration ?
Débattre d’une politique migratoire, c’est d’abord choisir qui l’on accueille et dans quel objectif. Dans ce choix, la question du pays de provenance est un paramètre de contrôle important. Alors que dans notre pays, il est particulièrement difficile d’avoir des chiffres détaillés sur l’immigration, cela forcerait le ministère de l’Intérieur à un décompte très minutieux des immigrés de chaque pays. C’est ensuite une possibilité laissée aux parlementaires de débattre de l’apport culturel de l’immigration pour davantage maîtriser leur assimilation. En effet, on sait que l’arrivée importante d’immigrés venus de pays à la culture différente de la nôtre n’est pas sans poser de problèmes. Enfin, c’est un outil diplomatique car l’une des principales difficultés de la France dans l’expulsion des étrangers réside dans l’absence de coopération de certains pays. Nous pourrons utiliser ces quotas comme éléments de négociations avec les pays qui refusent de récupérer leurs ressortissants clandestins. Beaucoup de pays étrangers appliquent des quotas sur l’immigration économique afin d’adapter la venue d’immigrés à leur besoin. La mesure la plus proche concernant la totalité de l’immigration est probablement celle mise en place par Donald Trump en 2017 et visant des pays à majorité musulmane. 

Vous voulez conditionner les aides sociales à “une appartenance effective” à la communauté nationale. Qu’entendez-vous par là exactement ? Et en quoi cela peut-il réduire l’immigration ?
Les aides sociales sont l’expression de la solidarité de la nation envers nos concitoyens en difficulté. Elles sont donc dans leurs fondements très liées à l’appartenance à la communauté nationale. Il est légitime que des étrangers, bénéficiant de titres longues durées et qui participent à l’effort national en cotisant en France, bénéficient de ces aides. Néanmoins, les aides sociales sont dévoyées de leur objectif initial pour devenir une attraction pour une immigration potentielle. En d’autres termes, on ne peut accepter que le niveau des aides sociales en France puisse être un motif de choix pour des immigrés potentiels. C’est pourquoi nous proposons un délai de carence sur la durée de résidence en France avant de pouvoir bénéficier de ces aides. Ainsi, il sera un mauvais calcul de faire le voyage en France pour bénéficier des aides, mais les étrangers insérés dans la société française pourront continuer à en bénéficier. De plus, cela conduira les immigrés à faire davantage d’effort pour s’intégrer à la communauté nationale.

Fin du regroupement familial, suppression du droit du sol : vous attaquez des totems auxquels une partie de la population est attachée. L’opinion est-elle prête à accepter ces réformes ?
Les Français se sentent dépossédés de la maîtrise de leur destin, ils ont davantage l’impression de subir que de choisir leur avenir. La démocratie libérale, et son corollaire l’État de droit, a été dévoyée de sa conception imaginée par les Lumières et les révolutionnaires. Avec les différents engagements internationaux et le développement d’une jurisprudence extensive des droits par les juges nationaux et européens, la France lie son destin en rognant sa souveraineté. À ce titre, le sondage Fractures françaises de 2020, menée par l’Ipsos, est révélateur puisque 65% des Français estiment « qu’il faut renforcer les pouvoirs de décision de notre pays même si cela nous conduire à limiter ceux de l’Europe ». 

Un sondage mené par l’Ifop en janvier 2020, révèle que 59% des sondés se disaient favorable à la suppression du droit du sol, et 55% au regroupement familial.

Il faut ensuite distinguer l’opinion médiatique de l’opinion publique. Il est certain que la fin du regroupement familial et la suppression du droit du sol entraîneraient une opposition médiatique importante. Mais l’opinion publique est davantage favorable à ces mesures puisqu’un sondage, mené par l’Ifop en janvier 2020, révèle que 59% des sondés se disaient favorables à la suppression du droit du sol, et 55% au regroupement familial. Il existe ainsi une véritable fracture entre les Français d’un côté et de l’autre des activistes très mobilisés et organisés qui réduisent le débat à une opposition entre solidarité et xénophobie. Nos propositions visent à supprimer un droit et non sa possibilité. Il ne s’agit pas de supprimer la possibilité de devenir Français après être né sur le territoire, il s’agit de faire en sorte que l’acquisition de la nationalité ne soit plus automatique et fasse l’objet d’un examen sur les motivations et l’intégration à la culture française.

Selon vous, il faut aussi remettre en cause nos accords bilatéraux avec des pays à l’origine de l’immigration et adapter nos aides au développement en fonction de la maîtrise qu’ont ces pays de leurs ressortissants. La France est donc aussi dépendante de la bonne volonté de ces pays de départ pour maîtriser l’immigration ?
La France doit adapter sa politique étrangère à une conjoncture mondiale marquée par les conflits entre les nations et structurée autour du conflit entre la Chine et les États-Unis pour le leadership mondial. Dans cette nouvelle ère plus conflictuelle, l’idéologie « pas de conflit, pas de vague » est anachronique. L’origine de l’immigration en France provient par nature de pays disposant de moins d’atouts que le nôtre, par conséquent il nous est aisé d’engager un rapport de force pour adopter des accords favorables qui servent notre intérêt national. 

Quand la France décide d’expulser un étranger présent sur son sol, elle doit déterminer le pays vers lequel l’expulser. Certains pays ne respectent pas les règles du jeu et refusent de reconnaître leurs ressortissants. Il est alors difficile de les expulser vers leurs pays d’origine. Dans ce cas de figure, il est légitime que nous utilisions les moyens à notre disposition pour les contraindre à respecter les règles. Cela peut passer notamment par une remise en cause des accords bilatéraux et une adaptation des aides au développement. Nous devons changer de paradigme pour penser davantage à nos intérêts nationaux et utiliser tous les moyens à notre disposition pour les faire respecter. 

Vous parlez d’un renforcement de la coopération entre les pays de l’Union européenne sur la question migratoire. À quoi pensez-vous précisément ?
La création d’un espace économique européen doit conduire à davantage de coopération et de solidarité entre les États membres. Il crée, en effet, une interdépendance des pays européens dans la conduite de certaines politiques publiques notamment en matière de lutte contre l’immigration clandestine. La coopération entre pays européens a déjà commencé depuis une vingtaine d’années pour aboutir à deux outils majeurs. Le premier est Frontex, une agence européenne de garde-frontière. Le second est le dispositif dit « Dublin III » qui permet une meilleure coordination des demandes d’asile au sein de l’Union et de quelques autres pays européens. Ces deux outils deviennent pertinents que s’ils sont renforcés pour assurer une véritable protection. Nous voulons renforcer la capacité opérationnelle de Frontex et sa manière d’opérer, en renvoyant notamment directement les ressortissants dans leurs pays d’origine après les sauvetages. Ensuite nous voulons aller plus loin que les accords actuels de Dublin, qui coordonnent les demandes d’asile, en renforçant la coopération quant à l’expulsion des déboutés de ces demandes. L’Union européenne n’a de sens que si la mutualisation de nos moyens permet aux États membres d’être plus puissants notamment face aux menaces extérieures pour peser davantage sur le cours des événements.

Pourquoi refuser de sortir de l’espace Schengen, qui garantit la libre circulation des personnes entre les pays membres de l’Union européenne ? En sortir ne serait-il pas le meilleur moyen de reprendre le contrôle de nos frontières et d’empêcher les clandestins d’entrer en France ?
Il n’y a pas d’intérêt à sortir de l’espace Schengen à moins d’estimer qu’il existe un problème avec des flux migratoires provenant des autres États membres de l’Union européenne. Néanmoins, cette logique n’a de sens que si les frontières extérieures de l’UE ne deviennent pas des passoires pour des politiques migratoires en contradiction avec nos intérêts nationaux et européens. Les pays, qui possèdent une frontière extérieure à l’Union européenne, sont plutôt alignés sur la question migratoire. Il est ainsi nécessaire de protéger les frontières européennes à travers un renforcement de Frontex et de créer une zone de coopération renforcée permettant d’accélérer la protection des frontières avec des pays comme l’Italie ou la Grèce.

Si une décision unilatérale d’un pays en matière de politique migratoire rentre en contradiction avec nos intérêts nationaux, nous devons sortir de Schengen.

De plus, la participation à l’espace Schengen est une arme diplomatique pour la France lors des Conseils européens. Si une décision unilatérale d’un pays en matière de politique migratoire rentre en contradiction avec nos intérêts nationaux, nous devons sortir de Schengen. Par exemple, si l’Allemagne sous l’impulsion de Merkel décidait de nouveau d’accueillir un million de réfugiés, la France pourrait suspendre sa participation aux accords de Schengen en pratiquant la politique de la chaise vide. La France, en lien avec une partie des pays partageant notre vision, utiliserait alors sa position diplomatique pour influencer toute la politique migratoire de l’Union européenne.

Concernant les régularisations, quelles nouvelles conditions voulez-vous mettre en place pour les étrangers ?
Il est important pour un étranger qui souhaite séjourner sur le territoire national qu’il respecte deux conditions cumulatives : respecter les règles de notre pays (dont celle de s’intégrer et s’assimiler) et être utile à nos intérêts nationaux. Il faut donc changer la manière dont nous opérons en établissant deux principes. Le premier est que les étrangers qui n’ont pas fait les démarches lors de leur arrivée sur le territoire pour y demeurer légalement ne pourront faire l’objet d’une régularisation. Le second est que les étrangers voulant bénéficier d’une régularisation devront établir un dossier justifiant de services rendus à la France, dossier qui sera étudié comme une demande traditionnelle de séjour.

La préservation de l’art de vie à la française est l’un des objectifs majeurs de notre combat.

Enfin, vous parlez de “préservation de notre mode de vie” pour justifier votre rapport, vous adhérez donc à l’idée qu’il existe une insécurité culturelle en France due à une immigration massive ? 
La préservation de l’art de vie à la française est l’un des objectifs majeurs de notre combat. Nos valeurs, comme la démocratie, la liberté d’expression, la laïcité et l’égalité entre les hommes et les femmes ainsi que notre mode de vie subissent une menace existentielle. Le totalitarisme islamique est le défi du siècle aussi bien pour la civilisation française qu’européenne. L’attentat de Vienne en Autriche, qui n’est pas un pays colonisateur, a permis de couper court aux théories mortifères de la gauche soumise, qui excusent cette radicalité en raison du passé colonial de la France. 

Le fait que l’immigration participe à un bousculement de notre mode de vie en raison de son importance quantitative est indiscutable. D’autant que nous pouvons constater l’incapacité de la machine d’intégration et d’assimilation à fonctionner efficacement. De plus, l’immigration pose également un problème de communautarisme et de renouvellement des populations dans les banlieues. En effet, les familles qui arrivent par leurs efforts à une certaine aisance financière quittent les banlieues pour des zones plus sûres, et elles y sont remplacées par des populations souvent fraîchement arrivées en France. Or, ce phénomène empêche l’intégration de ces banlieues à notre tissu culturel et économique, et participe à la création de poches sur le territoire, qui menacent de faire sécession. La situation à Trappes devrait tous nous alerter.  

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