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Confiner Paris pour trois semaines : coup de com’ ou stratégie gagnante ?

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Le premier adjoint à la mairie de Paris, Emmanuel Grégoire, a soulevé l’hypothèse d’un confinement de trois semaines de la capitale, avant de l’élargir à la « zone dense » francilienne. La proposition, qui n’a pas tardé à déclencher une polémique, est-elle néanmoins une bonne idée ?

Durée : 11 min Article réservé aux abonnésLa mairie de Paris a soumis l'hypothèse d'un confinement de trois semaines à Paris. (Photo by JOEL SAGET / AFP)

La mairie de Paris a soumis l’hypothèse d’un confinement de trois semaines à Paris. (Photo by JOEL SAGET / AFP)

AFPPar Yohan Blavignat. publié le 26/02/2021 L’EXPRESS.

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La mairie de Paris s’est trouvé un nouvel ennemi dans sa guerre contre le coronavirus : les « demi-mesures » mises en place par le gouvernement. Et pour les vaincre, le premier adjoint d’Anne Hidalgo, Emmanuel Grégoire, a un plan : confiner la capitale et, plus largement, la « zone dense » francilienne pendant trois semaines afin « d’avoir la perspective de tout rouvrir » à son issue, y compris bars, restaurants et lieux culturels. Une stratégie en opposition avec un confinement le week-end comme à Nice ou Dunkerque, autres villes touchées par une nouvelle flambée de l’épidémie, décrété depuis quelques jours par l’exécutif à la demande des élus locaux. Une mesure jugée « très contraignante sur le plan de l’impact sociétal et assez peu efficace sur le plan sanitaire ».  

Ce plan de bataille n’est encore qu’une « hypothèse », a relativisé Emmanuel Grégoire ce vendredi matin après avoir été nettement moins hésitant jeudi soir, quelques heures seulement après la conférence de presse de Jean Castex. « Ce n’est pas une demande de notre part, mais simplement une hypothèse que nous souhaitons mettre sur la table » dans un contexte d’augmentation du taux d’incidence du Covid-19 en Ile-de-France, a-t-il affirmé.  LIRE AUSSI >> Pourquoi la mairie de Paris plaide (à demi-mot) pour un confinement de trois semaines

En d’autres termes, la mairie de Paris, qui salue la territorialisation des décisions, entend prendre à bras-le-corps la lutte contre le Covid-19 en adoptant une stratégie proche de celle dénommée « zéro Covid », et prônée par de nombreux scientifiques. Une tactique mise en place avec succès en Asie, en Australie mais également en Angleterre. L’objectif est clair : abaisser au maximum les nouvelles contaminations en décrétant des mesures très contraignantes mais de courte durée. Une fois ce seuil atteint, il est plus facile de tester massivement et de remonter les chaînes de transmission pour éviter une nouvelle flambée épidémique, tout en reprenant un semblant de vie normale. Mais est-ce une stratégie viable et adaptée à la situation parisienne, francilienne et française ? 

Une frontière autour de Paris ?

Si, dans un premier temps, Emmanuel Grégoire a émis l’idée d’un confinement de trois semaines de la capitale, il a été plus flou ce vendredi matin. Face aux micros et caméras, le premier adjoint d’Anne Hidalgo n’a pas évoqué de durée précise. « Selon moi, c’est trop court, note auprès de L’Express Antoine Flahault, professeur de santé publique à l’université de Genève et directeur de l’Institut de santé globale. Je pencherai davantage pour un confinement de cinq semaines pour arriver à un seuil de 10 cas pour 100 000 habitants sur sept jours afin d’éviter un retour quasi-immédiat du virus ». « Les premiers effets du confinement commencent à se voir au bout de deux semaines. On observe alors seulement une baisse de l’augmentation des contaminations. Donc trois semaines, c’est trop court et cela ne fait que réduire la progression du virus sans l’éradiquer totalement », note auprès de L’Express Philippe Amouyel, épidémiologiste et professeur de santé publique au CHU de Lille. Mais l’idée même d’un confinement ne fait pas consensus. « Un confinement territorial ne fonctionne que dans le cas d’une stratégie ‘zéro Covid’ coordonnée. Or, la France a choisi une autre voie, celle de vivre avec le virus, donc il n’y a pas de place pour des confinements locaux qui ne permettent pas d’étouffer le feu et n’ont aucun impact au niveau national. Ça n’aurait pas de sens parce que c’est toute une stratégie que nous devons repenser », estime pour L’Express Djillali Annane, chef du service réanimation de l’hôpital Poincaré à Garches. LIRE AUSSI >> Covid-19 : vers un reconfinement local en Ile-de-France ?

« Une stratégie ‘zéro Covid’ ne se limite pas à confiner une ville, une région ou un pays, poursuit Djillali Annane. Elle nécessite d’abord de revenir à un niveau de circulation du virus en dessous de 5000 nouveaux cas par jour au niveau national. Une fois ce seuil atteint, on peut commencer à établir des ‘zones vertes’ où la vie reprend son cours, et des zones qu’on peut confiner de manière très courte ». Selon lui, vouloir appliquer « une sorte d’hybridation » entre ces deux stratégies n’a « pas de sens ». Or, il sera difficile d’atteindre ce seuil, que la France n’a pas atteint même au sortir du deuxième confinement où l’on recensait en moyenne 8000 nouvelles contaminations quotidiennes. « Avec ‘zéro Covid’, l’idée est de payer un ticket d’entrée très cher pour bénéficier d’un répit, voire d’un non-retour du virus. C’est quand même l’objectif de la stratégie que de tout rouvrir le plus rapidement possible. On a malheureusement perdu un mois en France, depuis que le Conseil scientifique l’a préconisé. On serait alors à un niveau de contaminations assez bas », regrette également Antoine Flahault. 

L’autre problème de « l’hypothèse » posée sur la table par la mairie de Paris est que la capitale, mais aussi la région francilienne, ne vivent pas en vase clos. « Ni Paris ni l’Ile-de-France ne sont des îles, lance Antoine Flahault. Si une telle décision était prise dans la capitale, que se passerait-il au bout du chemin ? On fermerait les accès à la ville ? À l’Ile-de-France ? Comment fera-t-on à la fin du confinement pour éviter un retour en force du virus ? L’après se décide avant, mais on ne peut pas imaginer une décision unilatérale ». Dans les faits, cette décision reviendrait à murer, même symboliquement, la région francilienne du reste du pays. « Comment peut-on imaginer maîtriser un confinement total dans une ville comme Paris ? C’est impensable ! Et puis après on fera quoi ? On rouvrira les bars et restaurants quand ils resteront fermés ailleurs sur le territoire sachant que ce sont les premiers lieux de contamination ? Sans parler des habitants franciliens ou de régions proches qui se rueront vers ces établissements… Il y a trop d’incertitudes », affirme Philippe Amouyel.  

« Obstination dans l’échec »

Reste que la situation sanitaire en Île-de-France inquiète particulièrement au sein du gouvernement. Paris et sa région font partie des 20 départements placés sous « surveillance renforcée » par l’exécutif. L’adjointe parisienne à la Santé Anne Souyris (EELV) avait dit jeudi craindre une « explosion des chiffres » du Covid-19 dans la capitale avec la rentrée scolaire lundi 1er mars et la progression du variant britannique. Aurélien Rousseau, président de l’ARS d’Ile-de-France, a évoqué vendredi sur BFMTV une « tension » dans les hôpitaux franciliens, indiquant que 72% des lits en réanimation étaient occupés par des patients atteints du Covid-19. Le taux d’incidence y est par ailleurs le troisième le plus élevé en métropole, derrière les régions Provence-Alpes-Côte d’Azur et Hauts-de-France, avec plus de 301 nouveaux cas de contamination pour 100 000 habitants, contre une moyenne nationale de 214.  LIRE AUSSI >> Est-il trop tard pour appliquer la stratégie zéro Covid en France ?

« Le variant britannique représente près de 60% des contaminations dans la région francilienne, précise Djillali Annane. On s’attend à un taux d’incidence à 600 pour 100 000 habitants dans les prochaines semaines ». Dans les faits, une personne contaminée sur 100 nécessite d’être admise en réanimation, et une sur trois décède en réanimation. « On se dirige vers une explosion des hospitalisations et des admissions en réanimation. Je ne comprends pas pourquoi l’exécutif reste dans une stratégie de vivre avec le virus. C’est une obstination dans l’échec. On nous répète qu’on évite un nouveau confinement, mais on n’a pas vraiment gagné en liberté depuis le deuxième confinement. Cela fait 140 jours qu’on vit sous couvre-feu, et on n’a aucune perspective d’amélioration », s’alarme-t-il.  

Face à la crise, les soignants, en Île-de-France comme ailleurs, sont en première ligne. « Cela fait dix jours que les réanimateurs sont en grève, tout en pratiquant les soins nécessaires, dans l’indifférence générale. Il y a une exaspération du personnel hospitalier », poursuit Djillali Annane. Dans tous les départements d’Ile-de-France, on se tient prêt à basculer à très court terme, y compris dans ceux où la vague arrive en général un peu plus tard. « Le raz-de-marée arrive, et nous ne pourrons plus l’éviter », lance Djillali Annane.  

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