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Pourquoi les Etats-Unis ont-ils frappé des intérêts iraniens en Syrie ?

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Joe Biden a ordonné jeudi de premières frappes contre des milices pro-Iran en Syrie, en réponse aux récentes attaques des intérêts américains en Irak. Décryptage en quatre points.

Article réservé aux abonnésDes frappes américaines conduites le 25 février 2021 ont tué au moins 22 miliciens pro-Iran dans l'Est de la Syrie (image d'illustration)

Des frappes américaines conduites le 25 février 2021 ont tué au moins 22 miliciens pro-Iran dans l’Est de la Syrie (image d’illustration)

Par Paul Véronique. L’EXPRESS. publié le 26/02/2021

Ce sont les premières frappes du mandat de Joe Biden. Les bombardements conduits jeudi dans l’est de la Syrie ont tué au moins 22 miliciens pro-Iran, selon un bilan dressé par l’Observatoire syrien des droits de l’homme. D’après l’ONG, trois camions de munitions arrivant d’Irak ont été détruits au niveau d’un poste-frontière situé au sud de la ville syrienne de Boukamal. Washington a indiqué dans la foulée que ce raid visait le Kataeb Hezbollah et le Kataeb Sayyid al-Shuhada, deux factions l’organisation Hachd al-Chaabi, une coalition paramilitaire armée et financée par l’Iran. Décryptage de l’affaire en quatre points. 

Pourquoi ces frappes ?

Selon un responsable américain interrogé par CNN, le site visé était utilisé dans le cadre d’une opération de contrebande d’armes par les milices pro-Iran. L’opération visait donc à affaiblir la capacité de ces groupes à projeter des actions dans la région. D’après le porte-parole du Pentagone, John Kirby, la décision d’agir a été prise après une consultation des membres de la coalition internationale anti-djihadiste en Irak et en Syrie. 

Cette séquence intervient après trois attaques ces derniers jours contre des intérêts américains en Irak, toutes attribuées à des milices pro-Iran. Le 15 février, des roquettes se sont abattues sur une base militaire accueillant des troupes de la coalition internationale à l’aéroport d’Erbil, faisant deux morts dont un employé civil étranger. Ce lundi, de nouvelles roquettes sont aussi tombées à proximité de l’ambassade américaine à Bagdad, sans faire de victimes. Deux jours plus tôt, des tirs avaient également visé une base irakienne à Balad, abritant des forces américaines. Un employé irakien chargé de la maintenance des avions de combat F-16 stockés sur place, avait été blessé.  LIRE AUSSI >> Iran-États-Unis : quatre ans de tensions sous Donald Trump

Aucune revendication n’avait été émise, mais le département d’État américain avait prévenu tenir « l’Iran pour responsable des actions de ses affidés ». « Nous sommes certains que notre cible était liée à la milice qui a mené les attaques », a déclaré jeudi le secrétaire à la Défense Lloyd Austin en conférence de presse.  

Quel est le message adressé par Biden ?

Ces bombardements, qui constituent donc la première action connue de l’armée américaine sous l’administration Biden, font directement suite aux tirs de roquettes essuyés par les États-Unis, selon Washington. « L’opération envoie un message sans ambiguïté : le président Biden protégera les forces américaines et celles de la coalition », a ainsi souligné le porte-parole du Pentagone  LIRE AUSSI >> États-Unis : Joe Biden face au casse-tête iranien

« C’est un avertissement adressé à Téhéran visant à rappeler que les États-Unis ne laisseront pas passer ces provocations, même si cela implique de recourir à l’option militaire », estime pour sa part Jeff Hawkins, ancien ambassadeur américain, et spécialiste de la politique étrangère des États-Unis. La précédente administration avait déjà lancé une action contre cinq bases appartenant à des milices pro-Iran fin 2019, après la mort d’un soldat américain dans une attaque à la roquette.  

Pour l’ex-diplomate, cette riposte reste toutefois suffisamment mesurée pour éviter une escalade avec l’Iran. « Ces frappes n’ont pas eu lieu sur le sol iranien, et elles ne visaient que des miliciens favorables au régime. Cela devrait limiter le risque de surenchère », analyse-t-il.  

Quel impact sur le dossier du nucléaire iranien ?

Cette action pose toutefois question dans un contexte où les États-Unis et l’Iran tentent de trouver un terrain d’entente autour d’un possible retour à l’accord sur le nucléaire de 2015, dont Donald Trump s’était retiré en 2018. « Les États-Unis ont voulu montrer qu’ils n’étaient pas prêts à tout accepter, mais leur stratégie d’ensemble reste tout de même de revenir dans l’accord de Vienne », décrypte Thierry Coville, chercheur associé à l’IRIS, et spécialiste de l’Iran.  LIRE AUSSI >> Nucléaire iranien : « Les exigences des États-Unis et de l’Iran semblent assez insolubles »

La semaine dernière, l’administration Biden avait ainsi consenti à un triple geste à l’égard de la République islamique : tout d’abord en acceptant l’invitation à des pourparlers proposés par l’Union européenne, en annulant une proclamation de Donald Trump sur un retour des sanctions internationales, et en allégeant les restrictions de déplacement visant les diplomates iraniens aux abords du siège de l’ONU à New York.  

L’Iran n’a toutefois pas répondu depuis aux sollicitations américaines. À l’inverse la République islamique a mis sa menace à exécution mardi dernier, en commençant à restreindre les inspections de son programme nucléaire par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Téhéran exige la levée des sanctions économiques américaines comme condition préalable au respect de ses engagements pris en 2015.  

« Si Téhéran veut que les discussions autour du nucléaire aboutissent, il n’est pas dans son intérêt de continuer à faire monter la pression dans la région », reprend Thierry Coville. « Joe Biden a passé son message, maintenant la balle est dans le camp des Iraniens », conclut Jeff Hawkins.  

Quelles sont les réactions ?

Pour le moment, seules la Syrie et son alliée la Russie ont réagi aux frappes, fustigeant l’administration Biden. « Cette agression constitue un signe de mauvais augure concernant les politiques de la nouvelle administration américaine, censée adhérer à la légitimité internationale, et non à la loi de la jungle suivie par la précédente administration », a estimé le ministère des Affaires étrangères syrien.  

De son côté, Moscou a dénoncé une violation « scandaleuse » de l’intégrité territoriale de son allié. « Nous condamnons fermement ces actions et appelons au respect inconditionnel de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la Syrie », a déclaré à la presse la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova.  Sur le même sujet

Dans une autre déclaration, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a aussi regretté que Moscou n’ait été prévenu par Washington que « quatre ou cinq minutes » avant les frappes. « Ce genre d’avertissement ne sert à rien quand les frappes sont déjà en cours », a-t-il souligné. Depuis 2015, le président syrien Bachar Al-Assad bénéficie du soutien militaire massif de la Russie. Une aide cruciale qui lui a notamment permis de se maintenir en place.  

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