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Strauch-Bonart – CNews est de droite, et alors ?

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ÉDITO. Quoi qu’on pense de CNews, la chaîne a sa place dans le paysage médiatique, au même titre que ses consœurs de gauche.

Les Francais ne s'interessent pas a ces questions parce que CNews les a inventees, mais CNews s'y interesse parce que certains Francais attendent qu'on leur en parle.
Les Français ne s’intéressent pas à ces questions parce que CNews les a inventées, mais CNews s’y intéresse parce que certains Français attendent qu’on leur en parle. © Capture d’écran, Face à l’info du 16/09/2020

Par Laetitia Strauch-Bonart. Publié le 22/09/2020 (REPRISE ) LE POINT.

Lorsqu’Eugénie Bastié, journaliste au Figaro, a quitté BFM TV pour CNews en cette rentrée, L’Obs a été prompt à dénoncer tout en nuances le transfert de cette journaliste « ultraconservatrice », « catho revendiquée » et « fan du Puy du Fou de Philippe de Villiers ». Ce n’est là qu’un des nombreux exemples de la chronique médiatique que nous inflige régulièrement la presse vigilante. Que reproche-t-on à la chaîne de Vincent Bolloré, qui s’est imposée progressivement comme une référence du débat télévisuel ? D’être « de droite ». Non pas qu’elle le revendique, mais de fait, elle compte des figures qui en font partie, comme Éric Zemmour, Gilles-William Goldnadel ou encore Charlotte d’Ornellas, et s’intéresse à des sujets considérés comme tels.

Voilà un cas typique de poutre et de paille, car les médias de gauche ne manquent pas à notre paysageDans la presse, si tous les bords sont représentés, notre « journal de référence » est « progressiste ». Du côté de la télévision et de la radio, les chaînes privées tendent, certes, vers la droite, mais les publiques penchent à gauche. On s’en rend compte par exemple à l’écoute de France Culture, dont la ligne éditoriale tient plus de Keynes et de Mitterrand que de Hayek et de Thatcher. Son nouveau directeur de la rédaction, Arnaud Bousquet, était d’ailleurs en position éligible sur la liste de Martine Aubry lors des dernières municipales à Lille. Que quelques libéraux ou conservateurs soient présents de temps en temps sur cette radio tient davantage de l’alibi façon discrimination positive qu’à l’expression d’une véritable diversité. Ce qui est problématique, puisque les médias publics sont financés par nos impôts.

Lire aussi Laetitia Strauch-Bonart – Les pièges de la « diversité »

La gauche pense qu’il n’est de parole publique légitime qu’issue de ses rangs

Peu portés à cette autocritique, les anti-CNews ont pris l’habitude d’éreinter la forme de ses émissions. La chaîne serait la « télé du clash permanent » et privilégierait le show partial sur l’argumentation. Mais parler de « Fox News à la française » revient à disqualifier CNews en la rapprochant d’une télévision aux tendances conspirationnistes, sans fournir aucun argument. On notera ensuite qu’un « clash », quand il advient, est souvent stérile, mais qu’il atteste aussi de l’existence de points de vue contradictoires. Que tout le monde soit d’accord évite les affrontements, certes, mais signale aussi l’uniformité. N’est-ce pas le cas de certains médias classés à gauche ? Il est d’ailleurs étrange que les mêmes qui déplorent la « parole décomplexée » de droite se réjouissent, dans d’autres domaines, de la « libération de la parole ».

Mais le plus frappant reste cette association systématique, opérée par ces progressistes, entre l’évocation de l’insécurité et de l’immigration et l’appartenance à la droite. Ce faisant, une certaine gauche reconnaît qu’elle a enterré ces sujets pour de bon. Certes, CNews les traite parfois de façon racoleuse, mais ces progressistes ne peuvent lui reprocher d’en parler puisqu’ils lui ont ouvert un boulevard. Les Français ne s’intéressent pas à ces questions parce que CNews les a inventées, mais CNews s’y intéresse parce que certains Français attendent qu’on leur en parle.

C’est d’ailleurs une bien étrange vision des médias que de les considérer comme de simples pourvoyeurs d’une offre et non les récepteurs d’une demande. Mais la gauche vigilante entretient cette conception, car elle pense qu’il n’est de parole publique légitime qu’issue de ses rangs. Dans un texte de 1955, « La pensée de droite, aujourd’hui », Simone de Beauvoir définissait l’intellectuel de droite comme ne produisant pas de pensée. Cette vision condescendante a la vie dure. Elle explique pourquoi cette gauche s’estime fondée à vouloir faire taire la droite : de son point de vue, freiner la diffusion des opinions auxquelles elle n’accorde pas le statut de pensée ne peut pas être un acte de censure, c’est une mission d’intérêt général. Le paradoxe voulant que tant qu’elle entretiendra ce préjugé, les CNews de ce monde continueront de croître et se multiplier.

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