MEMORABILIA

ANTIFAS : LE CAUCHEMAR AMÉRICAIN

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Le livre d’Andy Ngo, « Unmasked : Inside Antifa’s Radical Plan to Destroy Democracy » (« Les Antifas démasqués – comment ils comptent détruire la démocratie ») n’était pas encore sorti que les militants antifas battaient le pavé pour l’interdire. Leur campagne diffamatoire aura convaincu des dizaines de milliers de lecteurs de se procurer l’objet sulfureux. En sorte que cet essai, fruit d’une enquête de quatre ans, s’est immédiatement propulsé en tête du classement des bestsellers du New York Times et du Wall Street Journal. Un livre passionnant sur les skinheads de gauche. La montée en puissance des antifas en dit long sur la politique intérieure américaine.

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Sous la pression des antifas, la chaîne de librairies indépendantes Powell’s a retiré votre livre de la vente. Malgré ça, Unmasked est un best-seller. Y a-t-il une prise de conscience du public sur le sujet ?

Les antifas ont manifesté jour après jour devant la plus grande boutique Powell’s de Portland. La direction a partiellement cédé : ils ont retiré mon livre des rayons mais continuent de le vendre en ligne. Le public a jugé déplaisante cette forme d’intimidation. Et puis les mois de violence politique qu’ont connu (et que continuent de vivre) des dizaines de villes américaines ont marqué les esprits. Mon livre analyse ces troubles et répond peut-être à certaines questions que les gens se posent.

Quel est le bilan de ces manifestations qui secouent les États-Unis depuis la mort de George Floyd fin mai dernier ?

Ces manifestations, extrêmement violentes, ont infligé des milliards de dollars de dégâts à une économie américaine déjà fragilisée par le coronavirus. Les émeutes ont fait plus d’une vingtaine de morts, y compris une fillette de huit ans, à Atlanta, le 4 juillet. Secoreia Turner était en voiture avec sa mère quand des manifestants ont tiré en direction du véhicule. À Portland, c’était pire que tout. C’était toutes les nuits, pendant 120 jours. Terrifiant ! Cinq bâtiments fédéraux ont été vandalisés. Pendant ce temps-là, les Démocrates et la presse bon ton évoquaient « les manifestations pacifiques contre le racisme ».

Les antifas ont pris possession de plusieurs quartiers. Qu’appelle-t-on les zones autonomes ?

À Seattle, dans l’État de Washington, sur la côte Nord-Ouest pacifique, du fait des attaques répétées des antifas contre les forces de l’ordre et de la complaisance du maire de la ville envers les « apôtres de la justice sociale », la police a dû évacuer le commissariat d’un quartier qui est alors passé sous contrôle des antifas et de Black Lives Matter (BLM). Le quartier a été baptisé CHAZ (« Capitol Hill Autonomous Zone »). 

Les antifas ont installé des pancartes « derrière cette limite, vous quittez les États-Unis », il y avait des checkpoints, une milice armée. La mairie a laissé faire pendant 24 jours

Les antifas ont installé des pancartes « derrière cette limite, vous quittez les États-Unis », il y avait des checkpoints, une milice armée. La mairie a laissé faire pendant 24 jours. Dans cette zone de non-droit il y a eu une tentative de viol, plusieurs fusillades et deux homicides. On a pu voir la gouvernance antifa à l’œuvre.

L’administration Biden sera-t-elle en mesure de calmer les antifas ?

Les élus démocrates, comme Ted Wheeler, le maire de Portland, ou Jenny Durkan, le maire de Seattle, ont fermé les yeux sur les exactions antifas et laissé se développer une organisation qui était, il y a quatre ans encore, rudimentaire. Trump, qui considérait les antifas comme des terroristes, n’a pas pu les neutraliser. Aujourd’hui les antifas sont plus puissants et Biden nie leur violence. Je crois au contraire que leurs actions vont s’intensifier. Ils profiteront de la moindre étincelle pour déclencher de nouvelles émeutes. Les antifas ne sont pas si nombreux, plusieurs milliers de militants tout au plus. Mais c’est un mouvement opaque, atomisé en un réseau d’une douzaine de cellules distinctes très organisées. Leur fonctionnement est comparable à celui des islamistes. Ils sont radicaux dans leur rejet des démocraties libérales et, bien qu’athées, sujets à une forme de fondamentalisme, selon la maxime « celui qui n’est pas avec nous est contre nous ».

Les antifas promettent de renverser la démocratie américaine. Pourtant, ils ont le soutien de certaines personnalités politiques.

À Portland, quand les émeutiers ont essayé de mettre le feu à un commissariat alors que la police était à l’intérieur du bâtiment, Trump a envoyé les troupes fédérales en renfort. La réponse du personnel politique, conseillers municipaux, maire, gouverneur, a été unanime : ils ont qualifié les troupes fédérales de Gestapo et accusé la « police secrète de Trump » de « faire disparaître des manifestants pacifiques ». Rien de tout ça n’était vrai mais cela a échauffé les esprits. Des militants ont convergé vers Portland pour venir « combattre les fascistes qui torturaient leurs camarades ». Les centaines de manifestants de mai-juin étaient devenus des milliers en juillet-août.

Le parti DSA (Democratic Socialists of America) soutien-t-il les antifas ?

Le DSA était marginal jusqu’à ce qu’il soutienne le candidat démocrate Bernie Sanders en 2016. Le nombre d’adhérents a alors décuplé. C’est un parti marxiste. Alexandria Ocasio-Cortez (AOC) est la première élue du DSA au Congrès.

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Les antifas rejettent en principe les représentants de l’État mais considèrent le DSA comme un allié qui du reste se joint souvent à leurs défilés. Le DSA avait un stand dans la zone autonome de Seattle. Sur les réseaux sociaux, AOC a appelé à plusieurs reprises ses followers à faire des dons aux organisations de soutien aux antifas.

L’idéologie anarchiste antifa s’est-elle banalisée ?

La haine de la police et le rejet de l’État caractérisaient l’extrême gauche marginale américaine. À partir de 2016 l’establishment de gauche, les médias, le milieu universitaire se sont mis à parler du péril fasciste sous la présidence Trump. Cela a légitimé le discours antifa. L’organisation s’est étoffée et Portland est devenu l’épicentre de cet activisme. Le mouvement a pris le contrôle d’associations locales. Cela fait trois ans que Portland subit des émeutes. Chaque fois que la police s’interpose, elle est critiquée par la presse. La chef de la police a démissionné fin 2019. Celle qui l’a remplacée a démissionné en juin, le mois le plus terrible à Portland, la mort de George Floyd servant de prétexte pour agresser la police. En l’espace de six mois, Portland a épuisé trois chefs de police.

Quel est ce fascisme américain que combattent les antifas ?

Les antifas ne se réfèrent pas au fascisme tel que l’entend la théorie politique. Ils considèrent les États-Unis comme un État fasciste et impérialiste, parce que pour eux, le droit de propriété, la liberté d’expression, l’État de droit sont des outils d’oppression fascistes. Les antifas plongent leurs racines dans l’anarchisme et le communisme européen et ont intégré les idées contemporaines de justice sociale et d’intersectionnalité. Leur révolution ne sera pas l’œuvre des travailleurs mais « des trans, des Noirs et des Indigènes ».

Vous avez couvert des manifestations d’extrême gauche et d’extrême droite. Leur menace sur les institutions est-elle comparable ?

Les deux extrêmes sont comparables dans la mesure où ils contribuent à crisper le climat politique. La violence antifa s’est banalisée, ils voient en chaque supporter de Trump un fasciste. Quelqu’un qui porte un drapeau américain, ils lui tombent dessus et le tabassent. Leur impunité, et le fait qu’il n’y ait pas de condamnation publique de cette violence, a sapé la confiance de l’extrême droite en l’État et l’a poussée à organiser ses propres milices. Ainsi, quand par exemple les Proud Boys étaient dans la rue, les antifas rappliquaient, et les bagarres étaient sanglantes. Les Antifas bénéficient de la complaisance de la presse qui n’informe pas le public sur la nature du mouvement, en partie par ignorance, en partie par sympathie.

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Tandis que la droite s’attache à se désolidariser de l’extrême droite, la gauche américaine non seulement embrasse les mouvements d’extrême gauche mais réhabilite leurs héros. Je pense à Assata Shakur, membre de la Black Liberation Army dans les années 1970. Incarcérée pour avoir tué un policier dans le New Jersey, elle s’est évadée en 1979, et a obtenu l’asile à Cuba où elle vit toujours. Shakur est vénérée par BLM. Je pense à Angela Davis, très respectée, y compris au sein du Parti démocrate.

Quelle est votre analyse des événements du 6 janvier au Capitole ?

Les mêmes qui condamnent les événements du 6 janvier étaient silencieux quand les antifas et BLM tentaient de mettre le feu aux bâtiments fédéraux de Portland. Cette hypocrisie est insupportable. La violence était bien pire à Portland, et ce pendant des mois. Ils avaient des armes et des engins explosifs. Je ne veux pas minimiser ce qui s’est passé le 6 janvier mais si on considère qu’il s’agit d’une attaque contre la démocratie, pourquoi ne pas tirer les mêmes conclusions quand une foule tente de mettre le feu à la Cour de Justice de Portland, l’une des plus grandes villes de la côte Nord-Ouest des États-Unis ?

Ted Wheeler est maire de Portland depuis sept ans. Il a été réélu en 2020. À croire que les habitants ont bien supporté ces années d’émeutes antifas…

En novembre, Ted Wheeler a battu de peu sa principale opposante, une candidate ouvertement antifa qui avait exprimé son soutien aux émeutiers. Elle a perdu, parce qu’il y avait un troisième candidat, plus à gauche qu’elle, qui faisait campagne pour la suppression de la police et a obtenu 13 % des votes. Wheeler aurait perdu si l’extrême gauche s’était unie. Portland, comme Seattle ou San Francisco, se caractérise par cette monoculture politique de gauche. Une masse critique de l’électorat supporte les émeutes, convaincue que la police est intrinsèquement raciste et qu’elle doit être abolie. Ils légitiment les atteintes à la propriété privée, répétant à l’envi une phrase de Martin Luther King : « L’émeute est le cri des laissés-pour-compte ». Un livre a été publié l’an dernier, dont la presse s’est fait l’écho, intitulé In defense of looting (« L’Apologie du pillage »).

Vous enquêtez sur les antifas depuis 2016. La situation s’est-elle dégradée ?

En novembre 2016, les antifas ont manifesté pendant trois jours car ils refusaient le résultat de l’élection de Trump. C’est la première fois que je voyais ces militants en uniforme, masqués, armés de battes de baseball, de marteaux, qui cassaient les vitrines, saccageaient les commerces, bloquaient les rues. Ce n’était qu’un avant-goût de ce que nous allions connaître les années suivantes, notamment en 2020. Le procureur de Portland s’est fait élire sur un programme de justice réparatrice. Lorsque des antifas sont arrêtés, les charges, dans 91 % des cas, sont abandonnées.https://platform.twitter.com/embed/Tweet.html?creatorScreenName=MagLincorrect&dnt=true&embedId=twitter-widget-0&frame=false&hideCard=false&hideThread=false&id=1352037060421402629&lang=fr&origin=https%3A%2F%2Flincorrect.org%2Fantifas-le-cauchemar-americain-lincorrect%2F&siteScreenName=MagLincorrect&theme=light&widgetsVersion=889aa01%3A1612811843556&width=500px

C’est un système de porte-tambour : les émeutiers sont arrêtés une nuit, relâchés le lendemain matin et on les retrouve dans les bagarres de rue le soir même. Étant menacé de mort, j’ai dû quitter Portland. J’ai prévenu la police maintes et maintes fois, déposé une vingtaine de plaintes. Même quand je produis les noms de ceux qui me terrorisent, rien n’est fait.

Qui sont ces militants antifas ?

Ce sont de jeunes adultes, entre 18 et 30 ans, blancs pour la plupart. Leur profil socio-économique est divers : les critiques des antifas ont tendance à les caricaturer comme des privilégiés de la classe moyenne. Ce n’est que partiellement vrai. Parmi les antifas arrêtés à Portland, il y avait des universitaires, des journalistes, des infirmières, des avocats, donc pas mal de cols blancs, mais aussi des vagabonds et des gens mentalement instables. Les antifas les utilisent pour gonfler leurs cortèges. Dans la zone autonome, les antifas offraient nourriture gratuite et vêtements, mettaient des logements à disposition. Il y a aussi beaucoup de transgenres parmi les militants. C’est un phénomène récent aux États-Unis : l’idéologie transgenre, extrêmement politisée, a fusionné avec l’extrême gauche.

Quelle est la relation entre antifas et BLM ?

Elle est symbiotique. Antifas et BLM ont développé un partenariat. BLM s’appuie sur une tradition marxiste révolutionnaire. Tandis que les antifas sont anarchistes. Mais actuellement, ils s’entendent dans leur haine des institutions et leur volonté de réduire à néant les idéaux qui fondent notre pays.

Même maintenant que les Démocrates sont aux commandes ?

Particulièrement maintenant ! Le 20 janvier, jour de l’inauguration de l’administration Biden, ils ont mis à sac le QG démocrate de Portland (ci-dessus, ndlr). Ils portaient une immense banderole sur laquelle, à côté d’un dessin de kalachnikov, on pouvait lire : « Nous ne voulons pas Biden. Nous voulons la revanche. Contre les meurtres de la police. Les guerres impérialistes. Les massacres fascistes ». La haine de Donald Trump n’a jamais été qu’un prétexte pour justifier l’extrémisme. En réalité, cela n’a rien à voir avec Trump, c’est une haine profonde des États-Unis et des valeurs américaines.

Unmasked : inside antifa’s radical plan to destroy democracy de Andy Ngo
Center Street, 320 p., 30 €

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