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Pourquoi l’Iran rejette la main tendue par Joe Biden…

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Quand on veut pratiquer « l’apaisement » avec des loups…on ne tarde pas à s’en (faire) mordre les doigts !!! Artofus.

Téhéran accentue la pression sur Washington, Riyad et Tel-Aviv pour négocier à ses conditions. Pendant ce temps, son programme nucléaire continue d’avancer.

Le guide supreme iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, a declare qu'il souhaitait que les Etats-Unis levent toutes leurs sanctions avant que l'Iran reviennne a ses engagements sur le nucleaire.
Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a déclaré qu’il souhaitait que les États-Unis lèvent toutes leurs sanctions avant que l’Iran reviennne à ses engagements sur le nucléaire.© – / KHAMENEI.IR / AFP

Par Armin Arefi. Publié le 01/03/2021 LE POINT.

La tentative de rapprochement initiée par Joe Biden avec l’Iran vient de connaître un sérieux coup de froid. La République islamique a rejeté ce dimanche la proposition européenne d’une réunion informelle impliquant pour la première fois Iraniens et Américains afin que les deux parties reviennent au respect de l’accord sur le nucléaire iranien (JCPOA), jugeant que le moment n’était pas « approprié ». « Il n’y a toujours pas eu de changement dans les positions et le comportement des États-Unis » vis-à-vis de l’Iran, a expliqué dans un communiqué le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Saeed Khatibzadeh. La Maison-Blanche a pris acte de la décision iranienne tout en se disant « prête à renouer avec une diplomatie significative pour parvenir à un retour mutuel au respect des engagements » inclus dans le JCPOA.

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Ce nouveau rebondissement, dans ce dossier épineux qui n’en manque pas, suggère que les négociations pour un retour commun de l’Iran et des États-Unis au sein de l’accord sur le nucléaire, priorité annoncée de l’administration Biden dans la région, seront longues et périlleuses. « Pourquoi l’Iran négocierait avec les États-Unis pour qu’ils reviennent à l’accord sur le nucléaire alors que ce sont eux qui s’en sont unilatéralement retirés ? », questionne Hamzeh Safavi, professeur de sciences politiques et membre du conseil scientifique de l’université de Téhéran, interrogé par Le Point. « Si Téhéran voulait négocier sur les conditions d’un retour de Washington au JCPOA, alors il l’aurait fait sous Donald Trump qui proposait à l’Iran bien plus. »

100 milliards de dollars

L’ancien président américain s’est retiré en mai 2018 de l’accord sur le nucléaire iranien, qui limitait drastiquement les activités nucléaires de l’Iran et que respectait pourtant Téhéran, arguant que l’accord ne répondait pas à toutes les problématiques posées par la République islamique dans la région (activités « déstabilisatrices », programme de missiles balistiques). Dès lors, Donald Trump a imposé à l’Iran une « pression maximale » sous la forme de plusieurs salves de sanctions empêchant Téhéran d’exporter son pétrole et l’isolant entièrement du système financier international. « Le retrait américain du JCPOA a coûté plus de 100 milliards de dollars à l’Iran, alors que les États-Unis n’ont strictement rien perdu », pointe Hamzeh Safavi. « Et ce sont maintenant les Américains qui posent des conditions à leur retour ? »

À LIRE AUSSIPourquoi le réchauffement États-Unis-Iran inquiète IsraëlSauf que la République islamique s’est à son tour affranchie de ses engagements à partir de mai 2019 en reprenant, pas à pas, ses activités nucléaires les plus sensibles. Elle a accumulé à ce jour un stock d’uranium enrichi de 2 967,8 kilos, dépassant de quatorze fois la limite autorisée par le JCPOA (202,8 kilos), et a redémarré au mois de janvier son enrichissement d’uranium à 20 %, un seuil bien supérieur à celui fixé par l’accord (3,65 %). En février, l’Iran a même été jusqu’à produire de l’uranium métal, officiellement pour alimenter son réacteur de recherche à Téhéran, mais qui peut être utilisé dans la confection d’une arme atomique. La République islamique jure qu’elle ne cherche pas la bombe nucléaire et explique qu’elle reviendra à l’intégralité de ses engagements dès lors que les États-Unis, seul pays à avoir officiellement quitté l’accord, réintégreront le texte et lèveront la totalité de leurs sanctions.

« Trois à quatre mois de la bombe » (Blinken)

Or, à Washington, on rappelle que l’état d’avancement du programme nucléaire iranien est aujourd’hui beaucoup plus inquiétant qu’il ne l’était en mai 2018. D’après le secrétaire d’État Antony Blinken, Téhéran ne se trouverait plus qu’à « trois ou quatre mois de la bombe » s’il décidait de se lancer dans sa fabrication [le renseignement militaire israélien évalue pour sa part cette durée à deux ans, NDLR]. « Sur l’Iran, l’idée avec nos alliés est d’agir avant l’élection présidentielle en Iran », confiait le mois dernier un diplomate au sujet du scrutin de juin prochain, que l’on dit à ce stade promis à un conservateur iranien, plus intransigeant sur le nucléaire que l’actuel gouvernement « modéré » de Hassan Rohani. « On se dit qu’il vaut mieux soutenir des gens engagés avec nous pour des espoirs de progrès que des politiciens qui sont contre nous. »

À LIRE AUSSIRobert Malley : « Vers un retour de la diplomatie entre l’Iran et les États-Unis »Après avoir tout d’abord exigé de l’Iran qu’il mette en premier lieu fin à ses violations, avant que les États-Unis n’acceptent de rejoindre l’accord et de lever leurs sanctions, Washington se dit désormais prêt à réaliser des gestes simultanés avec Téhéran. « La possibilité serait de réaliser, en collaboration avec nos alliés, des mesures intérimaires, des petits pas qui puissent rétablir la confiance », ajoutait le diplomate précité, avant de souligner l’objectif final recherché par les États-Unis : un accord global englobant toutes les problématiques liées à la République islamique. « Le JCPOA n’a jamais été la réponse au mauvais comportement de l’Iran dans la région », résumait le diplomate. Mais cette perspective est catégoriquement rejetée à Téhéran. « Ces questions sont des lignes rouges que les Iraniens ne franchiront pas », juge le chercheur Hamzeh Safavi, très connecté aux milieux sécuritaires du pays. « L’Iran n’a plus aucune confiance dans les États-Unis et même l’Europe. La seule chose qui lui a permis de survivre est son influence régionale et ses missiles, d’autant que Téhéran a le sentiment que Joe Biden poursuit la même politique que Donald Trump à son encontre. »

Frappes américaines

La fin de non-recevoir opposée pour l’heure par Téhéran à Washington intervient dans un contexte régional explosif. Pour la première fois depuis son investiture, Joe Biden a demandé à l’armée américaine de frapper des positions de milices irakiennes pro-iraniennes en Syrie, ce qui était jusqu’ici l’apanage d’Israël. Deux bombardiers F15 ont largué vendredi à l’aube sept bombes à guidage de précision sur un complexe utilisé par les factions irakiennes Kataëb Hezbollah et Kataëb Sayyed al-Chouhada, à l’œuvre en Irak et en Syrie, faisant au moins 22 morts. Ces groupuscules chiites, membres de la puissante coalition d’organisations paramilitaires du Hachd al-Chaabi, désormais intégrée à l’État irakien, sont soupçonnés d’être derrière les récentes attaques à la roquette qui ont visé coup sur coup le mois dernier une base de la coalition internationale anti-Daech à Erbil, au Kurdistan irakien, l’ambassade des États-Unis à Bagdad et la base irakienne de Balad, plus au nord, faisant au total deux morts dont un entrepreneur civil étranger.

À LIRE AUSSILa France joue les gendarmes face à l’IranEn décidant de riposter militairement contre ces milices chiites, le président américain « envoie un message sans ambiguïté selon lequel il va agir pour protéger les Américains […] au moment et de la façon de son choix », a expliqué vendredi la porte-parole de la Maison-Blanche, Jen Psaki. Soucieux néanmoins de ne pas provoquer d’escalade avec ces alliés de l’Iran, Joe Biden s’est gardé de cibler ces factions sur le territoire irakien. Mais bien au-delà de l’Irak, les groupes armés inféodés à Téhéran font actuellement feu de tout bois contre les alliés des États-Unis dans la région, pour rehausser la position de l’Iran dans l’optique de futures négociations.

Attaques liées à l’Iran

Premier d’entre eux, l’Arabie saoudite, cible d’attaques répétées en provenance du Yémen voisin, où elle est engagée dans une guerre dévastatrice depuis 2015, ou de l’Irak. Ce week-end, les forces de défense aériennes saoudiennes ont ainsi déjoué un tir de missile contre Riyad et intercepté des drones lancés en direction du sud du pays. Des appareils électroniques téléguidés, munis d’explosifs, ont même pénétré dans l’enceinte du palais royal d’al-Yamama, dans la capitale saoudienne, le 23 janvier dernier, selon le quotidien américain Wall Street Journal. Si les houthis, opposés à Riyad au Yémen, ont revendiqué les attaques, les experts n’ont que peu de doutes quant à l’implication de l’Iran, qui arme les rebelles yéménites. Enfin, la République islamique est accusée ce lundi par le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou d’être derrière l’explosion qui a frappé la semaine dernière au large d’Oman le MV Helios Ray, un navire israélien qui transportait des véhicules, ce que s’est empressé de démentir dans la foulée Téhéran. Pourtant, le quotidien ultraconservateur iranien Keyhan a bel et bien écrit ce dimanche que les attaques contre l’Arabie saoudite et Israël faisaient partie de la réponse iranienne aux agressions dont ses forces sont victimes dans la région.

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