MEMORABILIA

L’éditorial du Figaro: Sarkozy condamné, «malaise dans la démocratie»

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Par Vincent Trémolet de Villers, directeur adjoint de la rédaction.

Publié le 1er mars 20231.

N’empruntons pas le pont aux ânes qui assure qu’on ne commente pas les décisions de justice. Il faudrait dans ce cas vider l’intégralité des bibliothèques des facultés de droit où les étudiants se penchent sur les commentaires d’arrêt. Celle qui concerne Nicolas Sarkozy entraîne d’autant plus le commentaire qu’elle se trouve à l’intersection du pouvoir politique et du pouvoir judiciaire, qui s’affrontent en direct permanent sur les écrans du pouvoir médiatique.

Les juristes analyseront dans le moindre détail (ils le font déjà) cette décision, mais la France entière n’est pas agrégée de droit. Quel sentiment la traverse quand elle apprend qu’un ancien président de la République est condamné à de la prison ferme? Elle se demande d’abord quel est son crime. Corruption et trafic d’influence, lit-on sur les bandeaux du système d’information, mais faisons l’effort de regarder plus avant. Nicolas Sarkozy est condamné pour une conversation téléphonique (celle d’un client avec son avocat) relative à une affaire pour laquelle il a été blanchi: il aurait envisagé une infraction qu’il n’a pas commise en vue d’obtenir l’appui d’un magistrat pour une décision qui lui a été finalement défavorable contre une promotion qui n’a pas été accordée. Corruption sans objet, influence nulle. Ces mots volés, en réalité, sont le fruit d’une campagne judiciaire menée sans relâche ni scrupule par le parquet national financier: filets dérivants, écoutes téléphoniques des avocats, mélange de paranoïa et d’obsession vengeresse.

Tout cela laisse un goût amer. Remontent à la surface ces épisodes récents où les juges furent des acteurs politiques décisifs: non-lieu de Nicolas Sarkozy dans l’affaire Bettencourt après des années de procédure, célérité invraisemblable du parquet contre François Fillon, poison paralysant du risque pénal dans le traitement de la pandémie… Les politiques se doivent sans doute d’être exemplaires, rien ne les protège des rigueurs de la loi, mais à quel titre le pouvoir judiciaire serait-il autorisé à céder à l’hubris qu’il traque impitoyablement chez les élus? Qui jugera les juges?


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