MEMORABILIA

Le sort de la dette Covid fracture la classe politique

 Réservé aux abonnés

DÉCRYPTAGE – L’«annulation» des créances détenues par la BCE gagne du terrain, même à droite, mais elle est vue comme inopérante et contraire aux traités.

Par Loris Boichot. LE FIGARO. 3 mars 2021`

**********

Que faire de la dette qui accable les pays de la zone euro? Qui va la payer? Entre partisans d’une annulation et défenseurs d’un remboursement selon différentes modalités, les responsables politiques et les économistes sont confrontés à un casse-tête, à treize mois de la présidentielle.

Politiquement vôtreNewsletter

Tous les mercredis

Un éclairage exclusif par Guillaume Tabard sur les grands faits et les petites histoires de la semaine politique.S’INSCRIRE

Face à eux, le «mur» de la dette publique, fortifié par le «quoi qu’il en coûte» en vigueur depuis le début de l’épidémie de Covid-19, se révèle colossal: 2674,3 milliards d’euros fin septembre 2020, soit quelque 116 % du produit intérieur brut (PIB) – dont environ 215 milliards d’euros issus de la crise sanitaire.

À LIRE AUSSI :Comment la France a laissé dériver sa dette

«Il faut effacer cette dette Covid», clame une partie de la gauche. «Inenvisageable», répond un pan de la droite, le Fonds monétaire international (FMI) et le gouvernement, où le ministre de l’Économie souhaite «cantonner» cette dette, en comptant sur la croissance, la maîtrise des finances publiques et les réformes pour la surmonter – sans hausse d’impôts, promet-il. Mais, dans ce débat, la division binaire entre avocats de l’orthodoxie budgétaire, convaincus qu’«une dette se rembourse», et «laxistes» plus dépensiers, certains de pouvoir s’en dispenser, n’épouse pas exactement les clivages traditionnels.

Habituelles à gauche, moins attendues à droite, des voix s’élèvent dans les deux camps pour réclamer des marges de manœuvre radicales au profit des États. Cette souplesse ne léserait personne, à les entendre: l’effort viendrait de la Banque centrale européenne (BCE), qui détient indirectement près d’un quart de la dette publique française.

À LIRE AUSSI : Jean-Louis Thiériot-Aurélien Pradié: «Quelle ligne politique pour la droite?»

Remplaçons cette «dette de guerre» liée à l’épidémie par des obligations à une échéance de 100 ans, propose par exemple le numéro deux des Républicains (LR), Guillaume Peltier, dans un parti divisé entre son aile «sociale» et sa ligne «libérale». Transformons-la en «dette perpétuelle»,imagine le financier Alain Minc. Annulons-la, avance pour sa part l’Insoumis Jean-Luc Mélenchon, désireux de permettre ainsi aux États d’investir dans la transition «écologique et sociale».

Jusqu’alors monopole de la gauche anticapitaliste, le scénario de l’«effacement» est aujourd’hui rallié, pour la dette Covid, par le député (LR) Éric Ciotti et l’ex-socialiste Arnaud Montebourg. Potentiel candidat à la présidentielle, l’ancien ministre de l’Économie s’inquiète des «jacqueries» et des«révoltes» qui seraient provoquées par un éventuel retour des politiques d’austérité, si l’on n’efface pas «cette dette dans laquelle nous n’avons aucune responsabilité, ni morale, ni politique, ni économique». L’un de ses conseillers, l’économiste Gaël Giraud, a signé un plaidoyer pour l’«annulation», publié en février dans Le Monde avec 150 confrères européens, dont Thomas Piketty et l’eurodéputée (Place Publique) Aurore Lalucq.

«Démagogique»

Cette piste est une fausse bonne idée, rétorquent des élus et des universitaires de divers bords, de l’économiste Jacques Généreux, proche de la gauche, jusqu’à la présidente du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, soucieuse d’affûter sa crédibilité en vue de 2022 (lire ci-contre).

Une «annulation» serait d’abord «démagogique» et «attaque(rait) la crédibilité du pays», blâme Éric Woerth, président (LR) de la commission des finances à l’Assemblée nationale, pour qui la réponse passe par le «travail» au service de la «croissance» – voire par un allongement de la durée de la dette, comme le différé de 10 ans proposé par le haut-commissaire au Plan, François Bayrou.

La rigueur peut être un signal de crédibilité, car une majorité de Français ne croit pas en une “dette magique” qu’on ne rembourserait jamaisFrédéric Dabi, directeur général adjoint de l’institut Ifop

Elle contreviendrait ensuite aux règles européennes, car elle reviendrait à ce que la BCE finance directement les États – une pratique interdite par le traité de Lisbonne -, selon la directrice générale du FMI, Christine Lagarde. Enfin, elle serait «idiote» et sans effet économique, selon l’ex-chef économiste du FMI Olivier Blanchard: l’État y gagnerait d’une main mais perdrait de l’autre, les États européens étant actionnaires de la BCE. La dette Covid «n’est pas un problème» vu la faiblesse des taux d’intérêt, balaie pour sa part l’eurodéputé (Europe Écologie-Les Verts, EELV) Yannick Jadot.

À VOIR AUSSI – Annuler la dette Covid, est-ce démago?Annuler la dette Covid, est-ce démago ?PauseUnmute Picture-in-PictureACTIVER LE SON

À LIRE AUSSI :Guillaume Tabard: «La portée décisive d’un aggiornamento»

Débat réservé à des initiés ou sujet prioritaire pour les Français? Dans l’opinion publique, la dette publique est reléguée au rang de septième sujet d’inquiétude des Français, selon une récente enquête Fondapol-Le Figaro, publiée fin octobre. «Ce n’est pas un sujet saillant en vue de l’élection présidentielle», observe Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’institut Ifop. «Pour autant, la rigueur peut être un signal de crédibilité, car une majorité de Français ne croit pas en une “dette magique” qu’on ne rembourserait jamais.»

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :