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Ivan Rioufol: «Pourquoi la diabolisation n’effraie plus»

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CHRONIQUE – Durant un demi-siècle, la pensée «progressiste» a prétendu incarner le Bien. Il lui suffisait de décréter l’adversaire infréquentable. LE FIGARO 4 mars 2021.

Panique à gauche. La diabolisation ne fonctionne plus. Jusqu’alors, c’était simple: ceux qui ne pensaient pas convenablement étaient des fachos. Durant un demi-siècle, la pensée «progressiste» a prétendu incarner le Bien grâce à cet artifice. Il lui suffisait de décréter l’adversaire infréquentable. Les «propos nauséabonds» sont ainsi devenus une accusation rituelle, avant qu’elle ne s’essouffle. Il est vrai que le procédé se heurte aux faits qui dérangent. Ils donnent raison aux «réacs» qui les décrivent depuis des décennies. Mais l’aveu de l’échec du manichéisme est venu paradoxalement de Libération, qui surexploite cette rente d’honorabilité en canardant une «extrême droite» fantasmée. Samedi, le quotidien a titré en une, reprenant la réflexion d’un électeur déçu par le front républicain qui a porté Macron: «J’ai déjà fait barrage, cette fois c’est fini.» Séisme en vue.

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Ceux qui, contrariés dans leur confort, répliquent par des procès en «complotisme» – cet autre mot du langage automatique – sont les héritiers du conformisme qui bat de l’aile. Ses chiens de garde préfèrent l’insulte au débat. La reductio ad Hitlerum (Leo Strauss) est l’expression qui, dès 1950, a identifié ces disqualifications. Les fanatiques de l’Ordre sanitaire ont aussi recours à cet aboiement, économe en matière grise. La vulgarité («cons», «conneries», «connards») agrémente les tweets de médecins hospitaliers qui veulent confiner tout ce qui bouge. Pour eux, un confrère qui prône des soins est un «charlatan». Mais la terreur intellectuelle que produit ce monde fragile et rustre est vouée à l’échec ; elle n’effraie plus. Quand Libéadmet: «Le barrage est mal barré», c’est la gauche qui est invitée à se confronter au vide de son «intelligentsia». Elle sort plus d’injures que d’idées.

La faute de la Justice, qui s’est abattue lundi sur Nicolas Sarkozy, est d’être tombée dans ce piège narcissique et puéril. Il sépare le monde entre gentils et méchants. Mais les magistrats n’ont pas à faire de la morale. Ils ont à appliquer les lois. En condamnant l’ex-présidentà trois ans de prison dont un an ferme dans l’affaire des «écoutes», le tribunal correctionnel de Paris a pris un risque: celui de rendre l’autorité judiciaire soupçonnable de régler ses comptes avec le pouvoir politique, en se détachant des textes. Dans ce dossier sans preuve et sans délit matériel, le doute n’a pas profité à l’accusé, qui a fait appel. L’esprit de corps est venu en renfort du parquet national financier, cette justice d’exception sous tutelle de l’État qui a déjà entravé la marche de François Fillon. Or, quand ni le droit ni la séparation des pouvoirs ne sont plus respectés, les magistrats se mettent en marge de la démocratie. De la Justice ou de Sarkozy, il n’est pas dit que ce dernier sorte le plus affaibli.Cela fait plus de trente ans que des esprits libres endurent les morsures de la meute en décrivant l’engrenage des désastres.

Le permanent coup d’État des réalités oblige les paresseux donneurs de leçons, satisfaits d’être dans le bon camp, à ouvrir les paupières et à cogiter. Cela fait plus de trente ans que des esprits libres endurent les morsures de la meute en décrivant l’engrenage des désastres. C’est en 1985 que Françoise Thom et Isabelle Stal écrivent L’École des barbares, qui alerte sur les folies pédagogistes. C’est en 1991 que Charles Pellegrini publie Demain la guerre civile? La liste est longue. Une mince partie de la gauche s’essaie depuis peu à ce réalisme: elle voit le danger qu’est l’islam conquérant. Cependant, il ne faudrait pas que ces retardataires s’approprient ce combat tardif, en replongeant dans le complexe de supériorité des sermonnaires. Leur laïcisme radical les persuade que toutes les religions seraient à mettre dans le même sac. C’est oublier que le christianisme reste le meilleur rempart face aux adeptes du Coran pour tous.

Faux résistants

Libération, en tout cas, a vu juste cette fois-ci: les Français ont toutes les raisons de ne plus se laisser abuser, en 2022, par les faux résistants au prétendu «retour des années trente». Un électeur de gauche sur deux serait prêt à s’abstenir au second tour en cas de duel Emmanuel Macron-Marine Le Pen. Il faut d’ailleurs reconnaître à Jean-Marie Le Pen, nonobstant ses outrances, d’avoir prévenu du risque islamique importé par une immigration de masse. S’il doit y avoir un cordon sanitaire, c’est pour marginaliser l’extrême gauche prête à pactiser avec le totalitarisme coranique, sexiste, judéophobe, christianophobe. Le recentrage libéral de la présidente du RN, qui plaide maintenant pour le paiement de la dette Covid et arrondit les angles avec l’Union européenne, a au moins le mérite de sortir des tranchées pour tenter d’agréger à sa base populaire une partie de l’électorat bourgeois encore dubitatif.

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Cette confrontation annoncée n’en est pas moins désespérante pour ceux qui attendent d’autres figures. En Italie, la survenue il y a un mois de Mario Draghi, ancien président de la Banque centrale européenne devenu chef du gouvernement, a réussi à convaincre l’anti-européen Matteo Salvini! La Ligue qu’il préside aura trois ministres dans un rassemblement d’union nationale. La France, intellectuellement confinée, reste incapable de telles souplesses. Les Républicains se cantonnent dans leur pré carré.Le risque de voir la nation s’effriter est pourtant tel que tous les efforts devraient aller vers le front commun d’une défense de la patrie en danger. Reviendra-t-il à Marine Le Pen de relever ce défi existentiel, que Macron a abandonné aux populistes qu’il caricature? Elle ne le pourra qu’au prix d’une union des droites. Aux États-Unis, c’est le pari que Donald Trump s’est à nouveau donné, lundi, en repartant au combat pour une possible nouvelle candidature en 2024

Derrière la «diversité»

Mercredi, sur Europe 1, Christophe Castaner (LREM) a qualifié Marine Le Pen d’«ennemie de la République» et le RN de «parti de l’étranger». L’ancien ministre de l’Intérieur n’a, en revanche, rien reproché à Jean-Luc Mélenchon en dépit de son islamo-gauchisme. Le même jour, Gérald Darmanin a dissous Génération identitaire. Il a présenté cette formation, qui dénonce l’islamisme et l’immigration, comme une milice raciste et violente. Un sondage Ifop pour la Licra a révélé, lui, que les jeunes Français musulmans, gagnés par le communautarisme, s’attachent à leur religion au détriment de la laïcité. Mais où est le danger, sinon chez ces noyeurs de chiens présumés enragés, qui défendent une «diversité» musulmane qui ne s’assimile plus qu’à la marge?

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