MEMORABILIA

La menace woke : Harry et Meghan sont-ils en train de devenir la plus grande menace que la Couronne britannique ait connue depuis l’abdication d’Edouard VII ?

Si vous croyez que l’interview accordée par le duc et la duchesse de Sussex à Oprah Winfrey ne relève que de la rubrique people, vous sous-estimez gravement l’onde de choc politique qui menace l’institution dont dépend largement l’unité de l’Etat britannique.

Edouard Husson ATLANTICO 5 mars 2021

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avec Edouard Husson

Atlantico : La Couronne britannique est sans dessus-dessous. Le duc et la duchesse de Sussex vont semble-t-il entacher la réputation du palais dans une interview accordée à la papesse de la télévision américaine Oprah Winfrey. Révélateur des conflits sociétaux qui se déroulent en ce moment, Meghan Markle déclare avoir subi de nombreuses intimidations au sein du palais. Un récit qui selon Buckingham Palace semble fallacieux. Pouvons-nous assimiler ces révélations dans la digne lignée du mouvement woke actuel ? Sommes-nous sur une affaire de la même ampleur lors de l’abdication d’Edouard VII ? 

Edouard Husson : Meghan Markle n’oublie pas qu’elle fut l’une des protagonistes de la série « Suits ».  Il faut écrire une histoire qui soit dans l’air du temps.  N’est-ce pas évident? La courageuse et gentille actrice américaine, qui a abandonné son métier pour épouser son prince et que la très froide famille royale a rejetée. Elle a dû partir vivre loin de Londres, Windsor ou Baltimore avec son prince; ils ont renoncé à leurs prérogatives princières. Ils vivent comme des citoyens ordinaires ou presque et s’engagent pour de grandes causes. Seulement voilà, il faut bien se rappeler au bon souvenir des médias régulièrement. Alors pourquoi ne pas aller faire pleurer, à l’occasion d’une émission de télévision, sur les méchancetés que l’on a subies quand on essayait de jouer le jeu dans les palais de la Couronne? Le problème, pour Meghan Markle, c’est que ce rôle là a déjà été joué par une illustre épouse d’un prince de la famille Windsor: Diana était appelée la « princesse des coeurs ». Et il est bien vrai que le prince Charles s’est comporté comme un goujat, ramenant vite sa maîtresse dans l’environnement. Meghan, elle, n’a jamais su gagner les coeurs de la même façon. Pire, la famille royale, qui a traîné pendant des années la réputation de détester Diana et de l’avoir poussée à bout, n’entend pas perdre une nouvelle fois la bataille médiatique. Le prince Wiliiam a donc décidé, si je reconstitue bien ce qui s’est passé, d’attaquer avant la publication de l’interview de Harry et Meghan et de laisser fuiter des informations et mails qui semblent au contraire indiquer que c’est Meghan qui traitait mal le personnel mis à sa disposition. Cela coupe largement l’herbe sous le pied à Harry et à sa très revendicative épouse. C’est pourquoi je ne crois pas que l’on puisse rapprocher cela de l’abdication d’Edouard VIII, quittant le trône pour épouser Wallis Simpson. On dira certainement que Meghan Markle joue sur du velours en prenant le rôle de la victime et en dénonçant une institution ancienne sinon poussiéreuse. Mais, en face d’elle, elle n’a pas seulement la très respectée Reine Elisabeth; elle a celui qui est appelé à régner certainement plus longtemps que son père Charles, le prince William. Les Britanniques, s’ils doivent choisir, préfèreront toujours le couple constitué par William et Kate, les futurs souverains.  

La déstabilisation de l’institution de la couronne par Meghan et Harry pourrait-elle la mettre en péril ? Cela va-t-il au-delà d’une simple Une dans les pages people ? 

Que pèse un individu face à une institution? La princesse Diana s’est fracassée sur la solidité de la monarchie, alors même qu’elle était plus avenante que Meghan et était en partie victime du comportement du Prince de Galles. Meghan a moins d’aouts pour elle. Vous m’objecterez qu’elle est bien dans l’esprit de l’époque et que tout semble pousser à la dissolution définitive des institutions traditionnelles face à la puissance des vagues déclenchées par l’hyperindividualisme qui s’est emparé de l’Occident depuis les années 1960; par le féminisme, par la Cancel Culture et la mentalité Woke. Mais les Britanniques appliquent plutôt à Meghan la formule « loin des yeux, loin du coeur ». L’épouse de Harry a eu tort de quitter la Grande-Bretagne, de quitter la cour, tout simplement. Et Harry a eu tort de la suivre dans ses exigences – telle est la vision la plus répandue.  

Suite au Brexit, les séparatismes à l’intérieur du Royaume se sont renforcés comme en Écosse. Un affaiblissement de la couronne pourrait-elle mener à une dislocation sur le long terme de l’union ? La monarchie a-t-elle un rôle d’unité dans le royaume ? 

Encore une fois, je ne crois pas que nous assistions, dans les semaines qui viennent, à un affaiblissement de la Couronne. Au contraire, la monarchie reste un ciment solide du pays. N’oublions pas que la Grande-Bretagne, et plus précisément son coeur anglais, a montré des ressources morales très solides en votant pour le Brexit et, ensuite, en soutenant le choc de trois ans de pressions de Bruxelles et d’une grande partie des médias. Après le Brexit, la Reine a galvanisé les énergies, durant la crise du COVID. Et puis, j’y insiste, l’avenir de la monarchie est assuré. Charles n’est pas très aimé mais la lignée est ensuite assurée sur deux générations. Que pèsent face à cela les humeurs de Meghan Markle, diffusées depuis les Etats-Unis, qui plus est. 

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