MEMORABILIA

Gérard Araud – N’enterrez pas Trump !

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CHRONIQUE. Le discours de l’ex-président devant un congrès de conservateurs est riche d’enseignements. Sa personne et ses idées pèsent toujours aussi lourd.

L'ancien president americain Donald Trump devant le CPAC, le 28 fevrier 2021 a Orlando.
L’ancien président américain Donald Trump devant le CPAC, le 28 février 2021 à Orlando.© JOE RAEDLE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Par Gérard Araud. Publié le 06/03/2021 LE POINT

Donald Trump a prononcé, dimanche 28 février, son premier discours depuis son départ de la Maison-Blanche devant un congrès de conservateurs, le CPAC (Conservative Public Action Committee). Longuement acclamé, il a été égal à lui-même. Il a répété qu’on lui avait volé l’élection, qu’il avait été un extraordinaire président, que Biden était le pire de l’histoire et a dénoncé, par leur nom, les élus républicains qui ont voté sa mise en cause après l’assaut donné au Congrès le 6 janvier.

Il a repris ses thèmes habituels, notamment sur le réchauffement climatique, l’immigration et les transgenres. Les contre-vérités n’ont pas manqué. Du Trump tel qu’on l’a vu et entendu maintes fois au cours des quatre dernières années, peut-être moins énergique et moins spontané que d’habitude. On l’attendait sur son avenir : il a rassuré la direction républicaine en annonçant qu’il ne créerait pas de nouveau parti, mais il a inquiété les conservateurs classiques qui espéraient s’en être débarrassés, en laissant ouverte l’hypothèse de sa candidature en 2024. « Pourquoi pas une troisième victoire ? » a-t-il dit (troisième puisqu’il affirmait avoir gagné en novembre 2020). Certes, il n’a rien annoncé, mais il était difficile, à l’écouter, de ne pas penser qu’il sera candidat s’il le peut.

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Or Donald Trump reste en contrôle du parti républicain. Les sénateurs et représentants de ce parti qui ont voté contre lui à la fin de son mandat ont tous été l’objet de votes de désapprobation des militants de leur État. Au Congrès, les dirigeants républicains, après avoir, un bref instant, pris leurs distances avec l’ancien président, en reviennent à la soumission dont ils avaient dû faire preuve sous son mandat.

Quatre années en politique, c’est une éternité. Nul ne sait aujourd’hui, dans ces temps d’incertitude, où en sera l’économie américaine et quelle sera la situation politique en 2024. De surcroît, le procureur général de l’État de New York, Cyrus Vance Jr, qui vient d’obtenir communication des déclarations d’impôts de Trump, prépare une offensive juridique contre l’ancien président dont les affaires sont assez embrouillées, après six faillites, pour offrir un terrain d’attaque à qui veut le disqualifier. Le refinancement de ses affaires déjà délicat en temps normal le sera d’autant plus qu’aucune institution financière n’a envie de s’afficher avec lui. Même la Deutsche Bank, qui n’est pas connue pour avoir de délicatesse déplacée en la matière, vient de le lâcher.

La ligne politique n’est pas contestée

À la fin du Congrès des conservateurs auquel a participé Trump, les organisateurs ont donné le résultat d’un sondage effectué auprès des participants. Ce n’est qu’une indication impressionniste, mais elle n’est pas sans intérêt : en effet, si une minorité qui n’est pas insignifiante (32 %) annonce qu’elle ne voterait pas pour lui dans une primaire républicaine, en revanche, 95 % se prononcent pour la ligne politique qu’il incarne. En d’autres termes, si certains sont rebutés par sa personnalité, tous adhèrent au populisme qu’il représente et qui a donc de beaux jours devant lui. Quel qu’il soit, en 2024, le candidat républicain sera donc populiste et pas conservateur. C’est dans cette perspective que se positionnent déjà les sénateurs Cruz (Texas), Cotton (Arkansas) ou le gouverneur de Floride De Santis.

Le populisme restera d’autant plus d’actualité aux États-Unis que l’administration démocrate nourrit ses passions. Ses premières mesures sur l’immigration, les transgenres et la lutte contre les discriminations raciales et sexuelles sont autant de chiffons rouges agités devant une droite chauffée à blanc sur les thèmes identitaires. Le cabinet de Joe Biden apparaît lui-même comme un équilibre subtil entre ethnies, religions, couleurs et sexualités. Une certaine Amérique qui se veut blanche, chrétienne et hétérosexuelle se mobilise contre cette approche mais, comme l’ont montré les résultats électoraux de Trump chez les Noirs et les Hispaniques, les rejoignent aussi ceux qui ne veulent pas être définis par leur identité.

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Le terrain est là pour un affrontement entre deux visions des États-Unis, qui viennent d’ailleurs du fond de l’histoire de ce pays d’immigration et ne cessent de s’opposer. Les uns privilégient l’unité de la communauté nationale, et les autres en soulignent la diversité. Les uns piétinent les droits des minorités, mais les autres manquent d’un projet unificateur national. Ce sera le combat des années à venir. Trump, à l’évidence, veut le mener. L’exclusion de Twitter affaiblit considérablement sa voix, mais il reste aujourd’hui le seul à avoir la personnalité hors du commun qui, par ses qualités et ses immenses défauts, peut unifier toutes les peurs américaines devant le monde qui vient.

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