MEMORABILIA

Et si Greenpeace était nettement plus dangereuse que son image grand public le suggère ?

Alors que le ministre de l’Intérieur a décidé de la dissolution de Génération identitaire en raison de l’activisme de l’association, les actions coups de poing de l’ONG verte semblent ne déranger personne…

Edouard Husson ATLANTICO. 7 mars 2021

Ce vendredi 5 mars, des militants de Greenpeace ont pénétré sur le tarmac de l’aéroport Charles de Gaulle à Paris et commencé à repeindre un avion en vert, avant d’être interpellés par la police. En prenant connaissance de cet événement, comment ne pas mettre en perspective les sorts respectifs de Génération Identitaire et de l’organisation écologiste?

Certes, l’une est une structure limitée au territoire français – c’est sa raison d’être – et l’autre est une structure internationale. Mais la façon de procéder de Génération Identitaire est-elle très différente de celle de Greenpeace? Des opérations spectaculaires, volontiers reprises par les médias, à l’occasion desquelles les militants pointent ce qu’ils jugent être des défaillances de l’Etat. Certes, beaucoup jugeront que l’une des causes défendues – l’environnement – est légitime tandis que l’autre – la volonté de mieux contrôler les frontières – est répréhensible.

C’est ce qui justifie, aux yeux des médias et d’une partie de l’opinion, que le Ministre de l’Intérieur ait obtenu du gouvernement la dissolution de Génération Identitaire.  En fait, si l’on sort des jugements de valeur et des biais de l’époque, il y a deux façons d’envisager ce qui se joue entre l’Etat et des organisations issues de la société civile – ces ONG qui ont proliféré depuis les années 1970, l’immense majorité d’entre elles devenant des structures internationales. La première consisterait à penser que l’autorité de l’Etat est remise en cause, systématiquement.

Mais alors, qu’est-ce qui justifie de dissoudre Génération Identitaire et pas Greenpeace?

Quand Greenpeace décide de déployer une banderole sur Notre-Dame de Paris, le geste est-il fondamentalement différent de monter sur le toit d’une mosquée, comme l’ont fait les militants de Génération Identitaire?  

Quand Greenpeace décide d’envoyer des dizaines de milliers de mails à des députés, n’est-ce pas une obstruction au travail de la représentation nationale qui mérite sanction?

Quand l’organisation écologiste dénonce des ministres en les traitant de « boulets pour le climat », est-ce moins grave que de chercher à prouver que les ministres de l’Intérieur successifs ne font pas leur travail de contrôle des frontières?

La conclusion à en tirer devrait être que l’on applique les mêmes critères aux deux organisations. Greenpeace France devrait être dissoute. Que dites-vous? Que cela créerait un scandale international trente cinq ans après l’épisode du Rainbow Warrior? Où a-t-on vu qu’une nation dotée d’un droit de veto au Conseil de Sécurité de l’ONU et présente territorialement sur tous les océans du monde, doive se laisser intimider ad vitam eternam par une ONG?

De plus, l’organisation Greenpeace d’aujourd’hui est dans une situation d’opacité financière complète et la France ne serait pas le premier Etat à enquêter sur elle.  Ou bien, si l’on considère que les ONG sont aujourd’hui une expression légitime des sociétés civiles, importantes pour la démocratie et aidant à la construction du débat public, alors il n’y avait aucune raison de dissoudre Génération Identitaire quand on laisse faire Greenpeace.

Le plus grand danger pour la démocratie, aujourd’hui, c’est le deux poids, deux mesures qui semble devenir, à beaucoup d’endroits, la politique officielle. Les Etats laissent les GAFAM décider de qui a le droit de s’exprimer; il y aurait des discours de haine tolérés sur les réseaux sociaux et d’autres qui mériteraient d’être censurés.

Par le plus grand des hasards, les gouvernements reprennent à leur compte la tolérance de tout ce qui est progressiste et à tendance internationaliste; tandis que les partisans de la nation sont mis sous surveillance voire interdits d’expression. Ce faisant, les gouvernements font advenir une tyrannie d’un nouveau genre.  Nous avons affaire à une tendance profonde des nations occidentales.

Le gouvernement français préfère s’en prendre à une petite organisation, dotée de peu de moyens, tandis que l’on épargne la branche française de ce qui est devenu une véritable « multinationale », dont beaucoup de partisans des causes environnementales dénoncent l’idéologisation croissante.

Les défenseurs des libertés verseront à juste titre cette asymétrie au dossier de ce qui sape lentement mais sûrement la démocratie. Cela ne doit pas nous empêcher de formuler en finissant ce qui est plus qu’une boutade.  

L’intrusion de militants écologistes sur le tarmac de notre plus grand aéroport démontre, si besoin était, la fragilité de nos dispositifs de sécurité en un lieu qui est et reste évidemment une cible pour le terrorisme international. Encore un problème de frontières ! L’Etat est-il sûr de vouloir dissoudre Génération Identitaire?

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