MEMORABILIA

«Front antirépublicain»

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L’éditorial du Figaro, par Yves Thréard. 7 mars 2021

La France a-t-elle changé en vingt ans? Sans doute, à bien des égards.

Un mal la tenaille pourtant, qu’elle n’arrive toujours pas à vaincre: cet ensauvagement de la société qui défie ses lois, embrase ses villes et maintenant ses campagnes, ruine la confiance que la population place en ses représentants politiques. Le pouls de l’actualité bat au rythme d’une violence que rien n’arrête.

En région parisienne, des gamins sont morts ces jours-ci dans des règlements de comptes entre bandes. À Reims, un photographe de presse a été matraqué dans l’exercice de son métier. Les scènes d’émeutes se multiplient autour de Lyon, où des policiers sont attaqués. Comme, il y a peu, à Pantin, Beauvais, Poissy. Comment venir à bout de cette criminalité aux multiples visages? Ses racines sont connues: faillite éducative, guerre de territoires, trafic de drogue, haine antiflics, dysfonctionnements du système pénal, immigration incontrôlée… Les ennemis de la République font feu de tout bois. Depuis des décennies, ils se jouent de leurs gouvernants, plus forts en verbe qu’en actes.

Déjà, en 2002, l’insécurité avait été au cœur de l’élection présidentielle. Disqualifié pour le second tour, Lionel Jospin avait reconnu sa «naïveté» face à la délinquance. Pour la première fois, Jean-Marie Le Pen avait donc accédé à la finale. Jacques Chirac l’avait emporté grâce à un large front républicain qui avait fait barrage. L’histoire pourrait-elle se répéter en 2022? Elle hante, paraît-il, l’esprit d’Emmanuel Macron, qui redouterait, cette fois, de perdre contre Marine Le Pen. D’élection en élection, l’abstention galope, tout comme les votes blancs ou nuls. L’époque est au «dégagisme». Les variations sur le front républicain sont hors sujet. Surtout si cela revient, pour le président, à courir avec quelques gadgets démagogiques derrière un électorat de gauche qui lui a tourné le dos.

Avant de penser à un hypothétique second tour, le chef de l’État serait bien inspiré de regarder d’abord la réalité en face. Et d’entendre ces Français qui se désespèrent de voir leur pays rongé par la mauvaise graine. Le vrai front antirépublicain, il est là. Contre lui, la réponse n’est pas dans le calcul, mais dans une fermeté sans faille.

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