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GABRIELLE CLUZEL : « LA GAUCHE FÉMINISTE SACRIFIE VOLONTIERS LA FEMME DÈS QU’ELLE NE PEUT PLUS L’INSTRUMENTALISER POLITIQUEMENT »

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Ce lundi 8 mars est célébrée la journée internationale des droits des femmes.

Rédactrice en chef de Boulevard Voltaire et auteur de « Adieu Simone ! Les dernières heures du féminisme » (2016), Gabrielle Cluzel considère que les problématiques réelles auxquelles font face les femmes contemporaines sont occultées par les mouvements féministes de gauche. Entretien.

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© Benjamin de Diesbach pour L’Incorrect

Dans quels domaines jugez-vous que les droits des femmes sont aujourd’hui insuffisants ?

S’il reste quelques domaines où la femme est malmenée, ce sont des domaines auxquels les néo-féministes institutionnelles ne s’attaquent pas. Pourquoi ? Parce que ces domaines contreviennent fortement à l’idéologie de gauche sartrienne, à laquelle elles se sont amarrées. Simone de Beauvoir avait conçu la lutte des sexes comme la lutte des classes, et il faut donc que les combats rentrent au chausse-pied dans l’idéologie de la gauche pour qu’il soit digne de s’intéresser aux femmes. Certains thèmes sont donc des angles morts du féminisme, parce que tout ce qui dérange la gauche est occulté.

Pour elles, la maternité est un fardeau – alors qu’elle est un élément constitutif, et même un privilège, de la femme. Ce registre est oublié ou alors l’on donne aux femmes les outils pour différer les grossesses ou avoir le moins d’enfants possibles. Ainsi, quand on interroge les femmes, elles ont souvent moins d’enfants qu’elles ne le souhaiteraient. Autre exemple, on parle des hashtags #metoo ou #sciencesporcs mais on ne remonte pas à la source. Or, il faudrait se demander si la libération sexuelle a servi ou desservi la femme. Un autre exemple encore est celui du laxisme judiciaire : Christiane Taubira ne s’est jamais préoccupé de la récidive en matière de délinquance sexuelle parce que pour eux le répressif est un gros mot.

Que penser de la complaisance d’un certain féminisme contemporain avec l’Islam et son rapport aux femmes ?

C’est l’un des angles morts principaux. Une population allochtone de plus en plus nombreuse arrive sur notre sol avec des mœurs et un regard diffèrent sur le mariage ou la tenue. Or, cette population ne va pas changer d’état d’esprit simplement en passant la frontière. Mais en parler serait contrevenir à l’idéologie immigrationniste, donc la gauche féministe se tait et sacrifie volontiers la femme dès qu’elle ne peut plus l’instrumentaliser politiquement. Marlène Schiappa est coutumière de ces incohérences.

Lire aussi : L’Occident ou la beauté des femmes nues

D’un côté, elle est capable de dire que le voile islamique est très dérangeant et que les femmes dans de nombreux pays se battent pour ne plus le porter. De l’autre, parmi ses Marianne, elle choisit deux femmes voilées parce qu’elle sacrifice à l’idéologie. Dans le même ordre d’idées, on relève volontiers les viols des cols blancs pour avaliser l’idée d’un patriarcat blanc oppressif – en oubliant que tous ces hommes-là sont nourris à l’idéologie de mai 68 – mais on ne relève pas les crimes commis par les migrants et autres personnes dont le profil desservirait l’idéologie de gauche.

Sous couvert de lutte contre l’essentialisation, cette nouvelle lutte des classes féministe ne tend-elle pas à essentialiser femmes et hommes dans des rôles déterminés ?

Les féministes sont très incohérentes sur ces questions d’essence. Elles réduisent la femme à son statut de femme alors que l’idée de départ est l’inverse. C’est la raison pour laquelle elles veulent absolument féminiser les noms, ce qui a un côté paradoxal car quand on va voir un chirurgien, on se fiche de savoir si c’est un homme ou une femme. Par ailleurs, elles essentialisent les femmes en tant que victimes, et les hommes en tant que prédateurs, ce qui est évidemment faux. Si on prend la littérature et l’Histoire, les femmes sont loin d’être toujours innocentes. Certaines sont machiavéliques ou manipulatrices, et heureusement, parce que prétendre le contraire serait éminemment sexiste et supposerait que nous femmes sommes des petits êtres innocents et naïfs. Cette essentialisation de la femme est profondément sexiste.

Contre l’idée d’interchangeabilité, la complémentarité homme-femme suppose l’égalité des deux dans la différence. Quelles sont ces différences essentielles entre les deux sexes ?

Aujourd’hui, la complémentaire homme-femme est un gros mot. Pourtant, elle existe dans les faits, sans non plus complètement essentialiser puisque les personnalités entrent toujours en jeu. Si la libération sexuelle n’a pas été vécue de la même manière par les hommes et par les femmes, c’est parce que celles-ci savent dans leurs corps qu’une relation peut avoir de lourdes conséquences, alors qu’un homme peut oublier. En ce qui concerne la maternité, elles tissent avec l’enfant un lien très fort qui est propre aux femmes. C’est une différence fondamentale.

La parité cherche à réparer des inégalités, cependant elle peut aboutir à une forme de libération forcée qui dessert la femme. On les force à faire des choses qu’elles n’ont pas forcément envie de faire

Il est pourtant curieux que cette différence soit à la fois niée par certains idéologues et reconnue par les juges et les pédopsychiatres dans le cas des gardes d’enfant. Il y a aussi complémentarité dans le travail : il est d’ailleurs très féministe de dire qu’il est nécessaire d’avoir de la diversité et les deux sexes dans le travail. Or, si la diversité est un enrichissement, c’est précisément qu’hommes et femmes ne sont pas interchangeables.

L’Article 1 de la déclaration des droits de la femme d’Olympe de Gouges stipule : « La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. » Y a-t-il des distinctions entre hommes et femmes qui sont aujourd’hui reconnues socialement et juridiquement ?

Pour reprendre le cas des divorces et de la garde d’enfant, l’importance de la femme est reconnue, et parfois même tellement reconnue que ce sont les hommes qui sont discriminés, pour reprendre un mot à la mode. Malheureusement, la distinction aboutit à ce que beaucoup d’hommes ne voient plus leurs enfants. Certaines femmes peuvent aussi se servir de la présomption de victimisation pour prétendre que l’homme a été violent ou qu’il y a eu des attouchements. Toujours est-il que les hommes, parfois victimes, pourraient se plaindre de cette différence de traitements, mais on les entend peu.

Dans le sens inverse, je ne me sens pas personnellement discriminée. La parité cherche à réparer des inégalités, cependant elle peut aboutir non pas à la servitude volontaire, mais à une forme de libération forcée qui dessert la femme. On les force à faire des choses qu’elles n’ont pas forcément envie de faire : par exemple en politique, il est toujours compliqué de faire des listes paritaires. Toute la politique de la parité est discutable de ce point de vue-là, sans mentionner le fait qu’elle met une présomption d‘incompétence sur les femmes. Aujourd’hui, quand une femme accède aux postes importants, on peut se poser la question de savoir si elles sont là parce que compétentes ou parce que femmes.

N’y a-t-il pas un problème politique, à savoir que les féministes sont de factoconsidérées comme parlant au nom de toutes les femmes ?

C’est un vrai sujet : je dis souvent que personne ne m’a jamais consultée ! Ces représentantes autoproclamées n’ont jamais été plébiscitées par les femmes, et ont donc usurpé cette place de porte-voix politique. C’est proprement scandaleux car elles ne représentent pas plus les femmes que je ne les représente. La moindre des choses serait qu’elles aient l’humilité de dire qu’elles ont un point de vue parmi d’autres. Mais pour elles, il n’y a pas de parole alternative dans le féminisme, et tout autre parole est jugée ne pas être féministe.

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