MEMORABILIA

« Le réveil de la France oubliée »

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FRONT POPULAIRE. 8 MARS 2021

On la croyait défunte mais elle n’a jamais véritablement rendu les armes. La France des campagnes pourrait bien devenir l’eldorado et le refuge démocratique de demain. Journaliste, Anthony Cortes livre le fruit de son enquête dans les villages de France : Le réveil de la France oubliée (éditions du Rocher) est un formidable hommage.

Et si la ruralité, espace de tous les possibles, était notre avenir ? C’est la thèse défendue par le journaliste Anthony Cortes, lui-même originaire d’un petit village des Pyrénées-Orientales, près de Perpignan. Il a sillonné la France durant près de deux ans pour enquêter et recueillir le témoignage de ces Français qui se mobilisent pour faire renaître la vie sociale et démocratique au cœur des villages.

Victime de la mondialisation, cette France périphérique ? Oui, à l’évidence, mais le propos d’Anthony Cortes ne porte pas tant sur ce diagnostic désormais établi que sur les initiatives de contre-modèle et d’autonomie locales qui se structurent un peu partout. En ce sens, s’il est certes question du visage plaintif de cette France oubliée, il est d’abord et avant tout question de son réveil.

De même que l’idéologie du libre-échange a créé en Europe des effets de polarisation (convergence des capitaux et des industries donc des hommes) vers certains pays au détriment d’autres, les politiques publiques françaises ont, depuis des décennies, été pensées pour les villes afin d’en faire des zones de bouillonnement économique, abandonnant progressivement les campagnes. Ce phénomène est porté par l’exemple emblématique des déserts médicaux.

Pourtant, comme le note Anthony Cortes en introduction, la campagne française semble être en passe de redorer son blason. Selon un sondage Ifop d’octobre 2018, 81% des Français considèrent que vivre à la campagne représenterait la vie idéale. Une autre enquête réalisée en mai 2019 par la fondation LanDestini nous apprend que 57% des urbains sont prêts à quitter la ville pour un territoire rural.

Si tout cela peut paraître à première vue anachronique, on comprend un peu mieux le phénomène en chaussant les lunettes de l’analyse dialectique. La France est le pays par excellence des agriculteurs et des paysans. Ils quittent les zones rurales pour « monter à la ville » après la révolution industrielle pour venir travailler dans les usines. Puis après près de deux siècles de montée en puissance de la ville s’opère assez naturellement des effets de saturation : pollution, insécurité, loyers prohibitifs, bruits, stress, atomisation sociale, gigantisme, bétonisation, bouchons, perte de sens, bullshit jobs…saturation qui entraîne un mouvement de basculement : l’envie de retour à la campagne avec une partie des acquis urbains (notamment grâce à internet et au numérique).

On aurait tort de ne voir dans cette description qu’une colonisation de cadres franciliens bobos venus jouer les néo-ruraux friqués en province. Ce phénomène existe – et il est analysé dans le livre – mais il faut davantage s’attarder sur les nouvelles formes d’organisation et de vie sociale dans les villages. Anthony Cortes décrit parfaitement les initiatives et les espoirs de la France des campagnes depuis la levée en masse des Gilets Jaunes : « La volonté de démocratie directe, de dialogue, de réflexion commune et citoyenne, portée par les Gilets jaunes, est toujours là. Elle s’est installée et a donné lieu à un certain nombre de bourgeons au cœur de la société. Dans quelques lieux, le plus souvent dans les villages, elle s’est muée en actes concrets. Plutôt que de fulminer, seul dans son coin, on s’engage, collectivement, on se retrouve et on construit. On se prépare même, parfois, à prendre une part de pouvoir, par nous-mêmes et pour nous-mêmes. »

Démocratie locale, autogestion, réanimation du lien social, rôle des réseaux sociaux, rôle de la jeunesse, remise en question de la suprématie des villes et d’autres thématiques encore sont abordés dans ce livre qui est manifestement celui d’un amoureux de la France et qu’on ne peut, à ce titre, que conseiller à nos lecteurs. Jugez plutôt :

« Cette ruralité, je la connais. Pas plus qu’un autre, mais j’en viens. C’est celle de mes parents, de Corneilla-la-Rivière à Millas, dans les Pyrénées-Orientales, et de mes grands-parents, à Corbère-les-Cabanes et ses alentours, dans ce même département. C’est à la fois la douceur de vivre et la violence de l’oubli. L’odeur de la terre, ces mains serrées à la boulangerie du coin, les détonations de chasseurs au loin au petit matin, ces familles qui se connaissent sur plusieurs générations et qui content leurs histoires, personnelles et celles des voisins, comme s’il s’agissait de la grande. »

Anthony Cortes cite notamment les travaux de Pierre Merlin, président de l’Institut d’urbanisme et d’aménagement de la Sorbonne. Ce dernier montre que nous sommes en train de vivre un phénomène d’exode urbain : ceux qui quittent la ville sont désormais plus nombreux que ceux qui quittent la campagne. Exclue depuis quelques années de cette grande histoire, la France oubliée des campagnes pourrait faire son grand retour. Priorité au terrain, retour aux fondamentaux, valorisation d’un certain bon sens…voilà qui ne devrait pas manquer d’horrifier les technocrates de toutes obédiences ; pour notre plus grand plaisir.

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