MEMORABILIA

“On nous traite de fachos”: à Lyon, le difficile combat d’un collectif contre l’insécurité.

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La victoire de l’équipe de football d’Algérie, durant la Coupe d’Afrique des Nations, célébrée en juin 2019 dans le quartier de la Guillotière, à Lyon. © Jean-Philippe KSIAZEK / AFP

Par  Antoine Lucci. Publié le 09/03/2021 VALEURS ACTUELLES

Depuis le premier confinement, l’insécurité latente, qui couvait depuis plusieurs années dans la métropole lyonnaise, a été mise au jour avec fracas. Dédaigné par le maire EELV, Grégory Doucet, un collectif dénonce la flambée de violences au cœur de ses quartiers.

« Tous les weekends, il y a des mecs qui prennent des coups de couteau. Il y a peu de temps, c’était 40 personnes qui se battaient devant notre fenêtre avec des bouts de bois ». Cette habitante du quartier de la Guillotière en plein cœur de Lyon ne décolère pas devant l’explosion de l’insécurité. Son association “La Guillotière en colère” créée en 2019 sur fond de ras le bol généralisé alerte régulièrement l’opinion publique sur le quotidien de ce quartier « multiculturel », où les « les vols de portable, vols de sacs et les bijoux arrachés sont devenus monnaie courante ». Bénéficiant pourtant d’un emplacement idéal à proximité des quais du Rhône et à deux pas de la place Bellecour, le quartier, longtemps considéré comme une vitrine du vivre ensemble et du multiculturalisme, pâtit aujourd’hui d’une réputation sulfureuse.

Les comptes Twitter et Facebook, où le collectif partage régulièrement des vidéos évocatrices du mal être ambiant, sont suivis par près de 4000 personnes dont de nombreux élus locaux, preuve en est d’une situation qui tend à se détériorer un peu plus tous les jours. Les velléités sécuritaires de ces membres ne semblent toutefois pas partagées par tout le monde, explique cette habitante qui décrit une concentration des nuisances, principalement autour de la place Gabriel Péri : « Dans la rue d’à côté, on nous traite de fachos ». Insécurité, intranquillité et malpropreté sont les trois maux qui cristallisent l’ire des membres de l’association, qui a lancé il y peu une action en justice avec douze autres collectifs pour dénoncer le désengagement de l’État sur ces sujets de tranquillité publique. L’espérance est de mise pour les plaignants, qui s’appuient sur un arrêt rendu le 3 août dernier par le Tribunal de Marseille condamnant l’État à verser un tribut de 10 000€ à un collectif de la cité phocéenne, pour son inaction face à la multiplication des rodéos urbains dans les quartiers Nord.

Si la situation n’en est pas encore au même point, les plaintes pour agressions auprès du commissariat s’accumulent sans qu’aucune amélioration notable ne soit à signaler, au grand dam des habitants désemparés. Outre les problèmes de nuits perturbées par des « hurlements et des rixes », c’est l’abandon manifeste du quartier par les pouvoirs publics qui concentre les plaintes de la population. Les riverains déplorent même une « privatisation de l’espace public sur la Guillotière » où « les gens n’osent plus marcher sur les trottoirs ». Pire encore, les nuisances, jusqu’alors cantonnées à des problématiques d’intranquilité et de malpropreté, laissent apparaître au fil des jours les prémices d’une délinquance à bas bruit, à coup d’agressions physiques et verbales. « Aujourd’hui, on arrête d’appeler le 17 pour l’intranquillité quand on sait que l’on attend 13 min au téléphone », admet cette habitante qui cache de moins en moins sa détresse.

Une municipalité aux abonnés absent

Les problèmes ne datent pourtant pas d’hier à la Guillotière, où l’association, montée au crépuscule de l’ère Gérard Collomb, en 2019, ironise sur le bilan sécuritaire de celui qui fut le premier flic de France. Il faut dire que les doléances portées par le collectif sont longtemps restées lettre morte au grand désarroi de ses membres, qui militent activement pour un renforcement de la présence policière sur le terrain. La prise de fonction de la nouvelle municipalité écologiste en mars 2020 n’a pas levé les inquiétudes de l’association « totalement apolitique », qui précise s’être entretenue avec l’ensemble des candidats, du RN à LFI, pendant la campagne, à l’exception de l’actuel maire de la ville Grégory Doucet, qui leur avait opposé une fin de non recevoir. « Il s’est mis en tête que nous étions une association très droitière uniquement tournée vers le volet sécuritaire », tente d’expliquer le collectif, encore dans l’attente d’une réponse aux 5 courriers adressés à la municipalité depuis la prise de fonction du nouvel édile. Parmi les revendications de l’association, figure en première ligne la volonté de « rétablir l’ordre républicain », en plaidant pour une présence accrue de la police, même si, comme le reconnaît cette habitante, « cela ne s’inscrit pas vraiment dans notre ADN ». La mise en place d’une « brigade environnementale » est également réclamée par la population pour assurer la propreté dans un quartier où il n’est pas rare de retrouver des « canapés et des matelas » en plein milieu de la voirie.

Les illusions perdues du vivre ensemble

Aux racines du mal, les causes sont multiples pour cette habitante, qui reconnaît à demi-mots que les maux ne sauraient se réduire à la seule problématique sociale, bien que celle-ci soit « évidente ». Le mal nommé marché de la misère, au cœur de la place Gabriel Péri concentre les critiques de la porte-parole de l’association « Quand on voit passer des Porsche Cayenne à proximité des montres de luxe et des chaussures Nike, on se pose des questions ». Le quartier qui se félicitait jusqu’à alors de rassembler un creuset de populations disparates est aujourd’hui en proie à une communautarisation galopante. Parmi les signes précurseurs, l’uniformisation des commerces locaux témoigne de la présence d’une importante communauté africaine, drainant près de « 90% de coiffeurs afros », selon les dires de cette habitante. Face à cette situation, le collectif appelle de ses vœux au retour d’une « vraie mixité sociale » et pourfend la politique du tout social, tournée autour des mêmes arrondissements quand d’autres en sont complètement exemptés. Sans parler d’échec de la mixité sociale, cet autre habitant argue du nécessaire « équilibre entre les communautés », à préserver pour retrouver un semblant de vivre ensemble. Résignés, ce couple présent à la Guillotière depuis 1992 et attiré par la cohabitation interculturelle caractéristique du quartier, confie aujourd’hui pour la première fois « penser à faire ses cartons » pour retrouver une quiétude aujourd’hui perdue.

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