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Dans la banlieue lyonnaise, les riverains fatalistes après trois soirées consécutives de violences urbaines…

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REPORTAGE – Pendant tout le week-end, la région lyonnaise a dû faire face à une spirale infernale de violences urbaines. Les habitants pointent du doigt un sentiment d’insécurité permanent.

Par Margaux d’Adhémar LE FIGARO, 10 mars 2021

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«C’est triste à dire mais ça ne me choque plus. Ce genre de violences, que ce soit à La Duchère ou à Bron, c’est notre quotidien», souffle une habitante de La Duchère, Julie, 22 ans, faisant écho aux propos d’Iva, 20 ans, qui habite Bron depuis toujours. «Je suis née ici et c’est vrai que lorsque j’étais petite, toute cette violence et les voitures qui brûlaient, ça me choquait. Mais maintenant nous sommes habitués, c’est devenu la norme», raconte-t-elle, au lendemain d’une série de violences urbaines dont la région lyonnaise a été la cible. Même son de cloche à Rillieux-la-Pape, l’une des communes victimes des violences, où Catherine et Roger, qui habitent Rillieux depuis 60 ans, affirment que «toutes les nuits, il y a des voitures qui brûlent».

Le brasier s’est enflammé jeudi 4 mars, au quartier sensible de La Duchère, dans le 9e arrondissement de Lyon : aux abords du lycée La Martinière, des jeunes ont incendié plusieurs véhicules. Le lendemain, vendredi 5 mars, à environ 30 kilomètres de La Duchère, à Rillieux-la-Pape dans le quartier des Alagniers, une dizaine de véhicules ont été également incendiés. Puis, le samedi 6 mars, ce fut le tour de Bron, où le quartier de Parilly était en flammes. En seulement quelques jours, 21 personnes suspectées d’avoir participé à ces violences dans l’agglomération lyonnaise ont été interpellées.https://platform.twitter.com/embed/Tweet.html?creatorScreenName=Le_Figaro&dnt=false&embedId=twitter-widget-0&frame=false&hideCard=false&hideThread=true&id=1368254790598287360&lang=fr&origin=https%3A%2F%2Fwww.lefigaro.fr%2Ffaits-divers%2Fdans-la-banlieue-lyonnaise-les-riverains-fatalistes-apres-trois-soirees-consecutives-de-violences-urbaines-20210310&siteScreenName=Le_Figaro&theme=light&widgetsVersion=e1ffbdb%3A1614796141937&width=550px

Omerta

Dans le quartier de La Duchère, où les premières violences ont éclaté, il se murmure que ces incivilités sont liées à l’accident de scooter d’un adolescent ayant eu lieu la veille : âgé de 13 ans, le jeune homme a chuté de son véhicule alors qu’il s’adonnait à un rodéo. Mais, à La Duchère, les rumeurs disent que c’est la police qui aurait provoqué le drame, poursuivant le scooter volé jusqu’à la chute fatale du conducteur.

«Un prétexte pour les fauteurs de troubles», affirme une mère de famille, «les jeunes en ont marre du confinement, et ces mesures gênent très probablement le trafic de drogues. Depuis ma fenêtre, je vois parfois des gamins de 10 ans envoyés dans la rue à minuit par leurs mères pour dealer». Un témoignage rare car, quatre jours après les faits, à La Duchère, on se tait. Tout le monde sait où se trouve désormais la carcasse du scooter qui aurait déclenché ce déchaînement de violences, brûlé «pour ne pas qu’on sache qu’il a été volé». Mais «on ne veut pas avoir de problèmes», alors on garde le silence. Certains toutefois osent pointer du doigt «un groupe de jeunes», désigné comme «le cancer de La Duchère» : «c’est dommage, La Duchère a tout pour réussir, et le quartier est tiré vers le bas par une petite bande».https://platform.twitter.com/embed/Tweet.html?creatorScreenName=Le_Figaro&dnt=false&embedId=twitter-widget-1&frame=false&hideCard=false&hideThread=true&id=1368349851864473603&lang=fr&origin=https%3A%2F%2Fwww.lefigaro.fr%2Ffaits-divers%2Fdans-la-banlieue-lyonnaise-les-riverains-fatalistes-apres-trois-soirees-consecutives-de-violences-urbaines-20210310&siteScreenName=Le_Figaro&theme=light&widgetsVersion=e1ffbdb%3A1614796141937&width=550px

«On est tirés vers le bas», une phrase qui revient aussi sur toutes les lèvres à Rillieux-la-Pape où, au lendemain des violences à La Duchère, une trentaine de jeunes ont incendié une quinzaine de véhicules dans le quartier des Alagniers, surnommé «La ZUP» [Zone à Urbaniser en Priorité ndlr] par les habitants. «J’aimerais bien déménager, je n’en peux plus, je ne me sens pas en sécurité ici. Même en voiture j’ai peur de me faire agresser. Ici les gens sont vraiment des sauvages», lance Jennifer, 36 ans, mère d’un petit garçon. «Malheureusement, il y a un groupe de jeunes qui terrorise le quartier», acquiesce Jean-Paul, 74 ans.

«Bataille territoriale entre la République et les petits caïds»

Les faits se sont déroulés avenue de l’Europe, une longue route d’environ trois kilomètres qui sépare «Rillieux Village» de «Rillieux Nouvelle». «Comme c’est le cas pour beaucoup de quartiers chauds à Lyon, il y a toujours à côté un quartier plus aisé. C’est le cas à Rillieux, où Rillieux Nouvelle pose problème», explique un riverain. Telle une muraille, l’avenue de l’Europe sépare deux univers très différents, et le maire de la ville Alexandre Vincendet, contacté par Le Figaro, concède qu’il existe bel et bien «deux Rillieux» et que, derrière les incendies avenue de l’Europe, frontière entre deux mondes, c’est «une bataille territoriale entre la République et les petits caïds» qui se joue : comme à La Duchère, les violences à Rillieux-la-Pape auraient pour origine des opérations anti-stupéfiants.

«Le confinement a désorganisé le travail de stupéfiants. Nous avons lancé des opérations et, maintenant, ils essayent de gagner du terrain. Mais je ne suis pas inquiet : ces violences montrent que nous sommes sur le bon chemin, que nous les dérangeons, et ma conviction n’en est que renforcée. Notre but est de faire en sorte qu’il n’y ait qu’une seule ville», souligne l’élu. En attendant, ce sont les habitants qui trinquent. «Ce sont des jeunes qui ont des problèmes avec le maire, alors pour montrer leur mécontentement ils brûlent des voitures. Mais nous, on y est pour rien !», s’exclame Dana, dont la voiture de l’une de ses amies a brûlé vendredi 5 mars.

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À Bron aussi, on s’inquiète et on se demande «s’il n’y aura pas une guerre civile dans les années à venir», glisse Gemma, 63 ans, originaire de Bron. «On est en train de manger notre pain noir, mais on va y arriver», assure malgré tout le maire de Bron Jérémie Bréaud, qui déplore une forme «d’acceptation et de fatalisme» chez les riverains du quartier de Parilly et de Terraillon, «les deux quartiers où se trouvent le plus de logements sociaux».

«L’effet réplique»

«Cette violence urbaine a toujours existé, mais aujourd’hui il y a un mouvement de surenchère à Lyon», confie un habitant de Rillieux. «Avec les réseaux sociaux, tout est devenu plus visible, donc dans chaque quartier on compare : on se dit ‘regarde ce qui se passe à la Duchère, nous, on peut faire mieux’. Pour les jeunes, qui en ont marre du couvre-feu, c’est une façon d’exprimer leur ras-le-bol, mais aussi de continuer d’exister. C’est une sorte de jeu : qui va frapper plus fort, Rillieux ou La Duchère ? À Paris, ce sont les bandes de jeunes qui organisent des rixes, ici, les jeunes s’adonnent à des violences urbaines». Ce sentiment de surenchère est partagé par les riverains de La Duchère, de Rillieux-la-Pape et Bron. «C’est l’effet réplique», analyse auprès du Figaro Alain Bauer, professeur de criminologie. «C’est un phénomène de compétition, un tournoi filmé, avec un système de points où il s’agit de faire pire que la commune voisine : c’est une violence mimétique filmée par les caméras de vidéosurveillance et par des portables qui ensuite est relayée sur les réseaux sociaux», poursuit le spécialiste.https://platform.twitter.com/embed/Tweet.html?creatorScreenName=Le_Figaro&dnt=false&embedId=twitter-widget-2&frame=false&hideCard=false&hideThread=true&id=1368277732946239491&lang=fr&origin=https%3A%2F%2Fwww.lefigaro.fr%2Ffaits-divers%2Fdans-la-banlieue-lyonnaise-les-riverains-fatalistes-apres-trois-soirees-consecutives-de-violences-urbaines-20210310&siteScreenName=Le_Figaro&theme=light&widgetsVersion=e1ffbdb%3A1614796141937&width=550px

Pour le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes Pascal Mailhos, ces violences urbaines sont «un phénomène nouveau dans le sens où elles n’avaient jamais pris une telle ampleur à Lyon», mais ces quartiers «avaient déjà été identifiés comme des points d’attention», explique-t-il au Figaro, rappelant que, pour apaiser les tensions, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a décidé d’envoyer 200 policiers supplémentaires dans la région. «Ces trois communes font partie d’un groupe de six communes, dont Lyon, Villeurbanne, Vénissieux, Vaulx-en-Velin, Rillieux et Bron, avec lesquelles nous avons développé un plan d’action lancé le 24 juillet dernier contre la lutte des stupéfiants et les incivilités. Il y a pour nous un lien de cause à effet entre ce plan d’action et ces violences urbaines : cela nous conforte dans l’idée qu’il faut que ces actions se poursuivent, car c’est le signal que nous entrons dans le dur de l’action et que les trafics sont perturbés, gênés par notre présence qui remet en cause leur équilibre», poursuit Pascal Mailhos, espérant que, sur le long terme, «les maires volontaristes» et la République sortiront vainqueur.

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