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Marc Lambron : «Meghan Markle, Greta Thunberg à émeraudes?»

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TRIBUNE – L’écrivain, membre de l’Académie française, réagit aux confessions des Sussex.

Par Marc Lambron LE FIGARO 9 avril 2021

Le prince Harry et Meghan Markle ont accordé une interview à Oprah Winfrey, le 8 mars.
Le prince Harry et Meghan Markle ont accordé une interview à Oprah Winfrey, le 8 mars. HARPO PRODUCTIONS / REUTERS

L’univers fait en ce moment l’objet de deux attaques virales : un bogue létal ayant transité par une chauve-souris et un bogue people étant passé par Buckingham. Toutes les antennes médiatiques de la planète sont tournées vers la confession d’un principule et d’une souris, qui plus est sous les caméras d’une madame Sans-Gêne des écrans, Oprah Winfrey, prototype de la commère indiscrète. On proposera de rebaptiser ce virus le Cowind-20. Co pour couronne – car il s’agit spécialement ici d’un corona-virus, Wind pour Windsor, et 20 pour la Twentieth Century Fox, blason d’Hollywood. Le Cowind-20 a eu pour vecteur alpha une actrice de sitcoms dont s’est entiché un héritier blasonné.

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On ne va pas reprocher à une actrice de prendre la vie pour un studio. Sa perception ayant été façonnée par les catégories du récit filmique, elle a aspiré à y tenir un rôle, d’abord comme starlette de seconde catégorie, puis comme héroïne mondiale. Si la Couronne britannique est une institution, Meghan Markle y a vu un script. La chronique de Beverly Hills et de Sandringham offrait des précédents : Grace Kelly, l’actrice transformée en princesse – c’est le côté monégasque, et aussi bien la divorcée américaine devenue mygale européenne – c’est le côté Wallis, pas le Wall-E de Pixar, mais Wallis Simpson, une aventurière ayant autrefois déroulé du câble au préjudice des ascendants de Harry.

On ne peut pas dire que la Couronne britannique ait pourtant claqué la porte du château au nez de la donzelle. Noces en mondiovision selon les canons de la bien-pensance métissée, homélie d’un pasteur paraissant sorti d’un roman de Chester Himes, gospel et aigrettes, thé de belles-mères chez la reine, tout cela témoignait d’une bonne volonté impavide. D’ailleurs, il ne faudrait pas prendre les Royals d’Albion pour plus coincés qu’ils ne sont. Après tout, l’idylle entre le pandit Nehru et Lady Mountbatten ne date pas d’aujourd’hui. Et cette reine réputée intraitable sur l’étiquette aura décoré les Beatles, anobli Mick Jagger, admis que sa sœur épouse un photographe roturier et son petit-fils, futur roi, une impeccable bourgeoise prénommée Kate. Elton John, anobli lui aussi, fut admis à chanter aux obsèques de sa belle-fille, tandis que la reine se produirait quelques années plus tard dans un clip aux côtés du dernier James Bond en date, Daniel Craig. La reine est donc rock’n’roll.

Ajoutons le côté pionnier écolo du prince Charles, ami des tomates, et, il faut bien le dire, les écarts d’une tribu aussi portée sur la luxure qu’un cluster de ribauds saxons. La princesse Margaret et ses gigolos, trois des quatre enfants d’Elisabeth II divorcés, les sex tapes de Charles et Camilla, pour ne rien dire des voyages allégués du prince Andrew dans les avions de Jeffrey Epstein. La famille est donc détendue du bulbe, c’est un fait, et a toujours témoigné de l’indulgence au prince Harry, un brave garçon porté sur les beuveries et les canonnades, un orphelin convaincu que, fils d’une mère étant morte pour avoir disconvenu, il lui demeurerait fidèle par la sédition.

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C’est là que le Cowind-20 a frappé. On attendait Audrey Hepburn dans Vacances romaines ? On a trouvé une émule de Kim Kardashian. La rouée midinette Meghan, ayant sans doute observé les manières hautaines de Marlene Dietrich dans L’impératrice rouge, un film qui passe parfois sur TCM, a pensé pour commencer qu’il était chic de rudoyer la domesticité. Ayant rompu avec sa famille, cet agent fractal n’a pas tardé à fracturer sa belle-famille. C’est plus fort qu’elle, tant le Cowind-20 favorise le seppuku profitable : si Meghan fait parler l’époque, l’époque parle en elle.

Jugez-en plutôt. En préalable au schisme, la relocalisation. Non pas les Hamptons des patriciens new-yorkais ou le Nouveau-Mexique des bobos New Age, mais évidemment Hollywood, avec villa payée par le beau-père, dont la terrasse permet d’accueillir les caméras d’Oprah, qui est à l’ère numérique ce que l’échotière Hedda Hopper fut au cinéma de l’âge d’or : un haut-parleur vénéneux. Là, attaque virale maximale du Cowind-20, selon les canons dramatisants de la sitcom contemporaine : mise en scène de la plainte, exhibition psychique, et surtout monétisation victimaire. Meghan Markle n’a pas parlé Stuart ou Tudor, elle a évoqué la petite sirène de Walt Disney, princesse de Burbank : cela vaut la peine au pays de Minnie Mouse de gager son malheur sur de juteux contrats signés avec Spotify et Netflix. Halte aux blasons, vivent les logos. Adieu à la Firme, bonjour les Gafam.

Sorte de Greta Thunberg à émeraudes, inventant un MeToo de la couronne, la geignarde flanquée de son prince-appendice a donc viralisé en deux heures une planète entière, pour ne pas parler de la vie martienne, désormais reliée à nos déboires terrestres par la sonde Perseverance. Pauvre Meghan ! Sa belle-sœur est une pestouille. Son beau-père, l’ami des tomates, vit incarcéré tel le prisonnier de Zenda. Pis, des propos racistes auraient été tenus sur sa progéniture. À Londres, la vénérable reine avait bien besoin de ça. Alors que son mari est à l’hôpital et qu’un variant du Cowind-20 attaque sa dynastie sous la forme d’une série intitulée The Crown, voilà qu’on la traite en sus de xénophobe. C’était bien la peine de passer sa vie à descendre de son yacht pour faire bonne figure au milieu de guerriers Masaï et de rugbymen néo-zélandais. Désormais, dans les cours européennes, on jette un œil soupçonneux sur les belles-filles plaintives. Meghan Markle inquiète. Elle est au Cowind-20 ce que le pangolin fut au Covid-19.

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