MEMORABILIA

Notre perception de l’Allemagne est-elle irréaliste?

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ANALYSE – Les Français continuent de parier sur le couple franco-allemand pour faire avancer leur projet d’Europe puissance. Mais cette passion très théorique pour l’Allemagne cache mal une méconnaissance des évolutions et débats stratégiques qui traversent la société outre-Rhin. Connaissons-nous nos voisins?

Par Laure Mandeville. LE FIGARO. 11 mars 2021.

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«J’ai toujours été favorable à la seule Europe qui soit susceptible de devenir un sujet politique: l’Europe à deux. Avec les Allemands, nous nous sommes tout dit, tout fait: il nous reste à devenir la seule chose, à la fois modeste et grandiose, conquérante et pacifique propre à faire naître une lueur d’espoir dans ce monde de brutes», écrivait en août dans Le Figarol’intellectuel Jacques Julliard, appelant à la constitution d’une grande alliance politique et militaire franco-allemande. Fin observateur des tourments d’un temps «machiavélien», Julliard ne compte pas parmi les naïfs. Sa ferveur pour le duo Paris-Berlin, alors qu’Emmanuel Macron et Angela Merkel venaient d’arracher la signature d’un accord créant un fonds de relance européen de 750 milliards d’euros, n’en est que plus révélatrice de cette passion française tenace pour un couple franco-allemand jugé seul capable de construire une Europe puissance vers laquelle «accourraient alors» tous les autres.

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Mais qu’en pensent les Allemands? Projetons-nous sur eux des désirs qu’ils n’ont plus? Cette vision si française d’une Europe puissance, que notre président poursuit comme un Graal, fait-elle encore rêver outre-Rhin? Pas vraiment, répond Wilfried von Bredow. Pour ce spécialiste de l’armée allemande, «l’identité européenne, si chère jadis au cœur des Allemands» s’évapore, laissant le pays en quête d’une nouvelle identité nationale collective. «L’idée que la France et l’Allemagne devraient agir ensemble est sympathique, mais les différences de culture politique et militaire sont énormes», dit-il, notant, cruel, que «la brigade franco-allemande est une hirondelle qui ne fait pas le printemps».

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L’analyse fait écho à des tensions récentes: la sortie de la ministre de la Défense allemande, Annegret Kramp-Karrenbauer, contre «l’illusion de l’autonomie stratégique» tant vantée par Macron; et l’étrange épisode de la demande allemande de transformation du siège de la France au Conseil de sécurité en siège européen, suggestion qui rendit «fou de rage» plus d’un diplomate français. «La vérité est que nous connaissons de plus en plus mal notre principal allié», analyse l’ancien ambassadeur Michel Duclos, analyste à l’Institut Montaigne, notant le contraste entre l’abondance d’informations sur les États-Unis et la rareté d’analyses sur les débats d’outre-Rhin. Le secrétaire d’État à l’Europe, Clément Beaune, a fait allusion à ce problème de «connexion» avec l’Allemagne, et la nécessité d’y remédier. «Ce que les Français semblent ignorer, c’est que tandis que la France s’évertue à créer une Europe puissance, Berlin s’emploie pragmatiquement à créer une Allemagne puissance en Europe», note une source américaine. Certes, les Allemands ne sont pas – encore? – prêts à assumer «les nécessités militaires». Mais à partir de 2031, l’Allemagne consacrera 2 % de son PIB à la défense.

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