MEMORABILIA

À Perpignan, Louis Aliot affiche la capacité du RN à administrer une grande collectivité

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Aux commandes de Perpignan, le maire RN Louis Aliot souhaite allier sécurité et proximité. Photo © CLEMENTZ MICHEL/MAXPPP

Par  Nicolas Boutin. VALEURS ACTUELLES – 13mars 2021

Premier maire du Rassemblement national à la tête d’une ville de plus de 100 000 habitants, Louis Aliot entend incarner “un nouveau chemin” qui pourrait s’exporter au niveau national.

Le 28 juin 2020, au terme d’une campagne interrompue par le premier confinement, le Rassemblement national (RN) remporte pour la première fois de son histoire une ville de plus de 100 000 habitants. Après deux tentatives infructueuses, Louis Aliot fait sauter le plafond de verre récoltant 53,09 % des suffrages contre le maire sortant Jean-Marc Pujol, qui avait pourtant réussi à rallier tous les autres candidats autour de lui.

Dix-huit ans après son arrivée dans la cité catalane, Louis Aliot en prend donc les rênes. Pas de triomphalisme pour le nouvel édile qui y voit simplement « une étape » dans son processus d’implantation. « La mission sera accomplie quand on aura remis Perpignan sur pied », avertit-il. La tâche s’annonce difficile, la ville étant « dans un état très dégradé ». L’agglomération, qui compte 36 communes et 270 000 habitants, accumule près de 500 millions d’euros de dettes, la ville est quant à elle en proie aux trafics et à la pauvreté.

Louis Aliot bouscule une dynastie de maires 

« Les Perpignanais voulaient du changement », admet Chantal Bruzi, ancienne adjointe à la sécurité lors de la dernière mandature et désormais conseillère municipale à la tête d’une opposition « vigilante et constructive ». L’élection de Louis Aliot marque un tournant dans l’histoire de Perpignan, qui n’avait pas changé de bord politique depuis 1959. Enfin, presque, puisque c’est le maire de l’époque, Paul Alduy, qui a changé d’étiquette au cours de son long mandat de vingt-quatre ans, passant de la SFIO à l’UDF. Son fils, Jean-Paul Alduy, lui succède en 1993 jusqu’en 2009 où il laisse sa place à son premier adjoint, Jean-Marc Pujol. « On sentait que c’était la fin d’un système », confie Louis Aliot, qui compte désormais sur « une rupture et des résultats ».

La recette de ce succès est à mettre au crédit d’ « une implantation de plus de dix ans », mais surtout d’une volonté affichée d’ouverture au-delà de sa famille politique. En 2014 déjà, il s’était présenté sous l’étiquette du Rassemblement bleu Marine, plutôt que la flamme du Front national et comptait sur plusieurs recrues issues du sérail de la droite classique ou de la société civile. « C’était la seule façon pour lui d’accéder à la mairie », estime l’opposante Chantal Bruzi. Une stratégie de nouveau utilisée durant les élections régionales, un an plus tard, où il s’appuie sur des personnalités venues du monde de la culture ou d’anciens élus locaux.

Un maire réactif, concentré et présent sur le terrain 

Désormais investi dans la maison des consuls, l’hôtel de ville, Louis Aliot doit imposer sa méthode : « Réactivité, concertation et présence sur le terrain », nous prévient Xavier Baudry, adjoint au maire, délégué au secteur ouest de la ville et dévoué au RN et à Perpignan depuis une vingtaine d’ années. Selon son opposition, c’est davantage « une gestion par la communication » qui est pointée du doigt, déplorant le peu d’actions engagées depuis neuf mois. Pourtant, le projet est assumé dans les coulisses de la mairie et les premières mesures n’ont pas tardé à être adoptées.

Des rues entières autour du Castillet voient les rideaux des magasins désespérément baissés.

Première d’entre elles, la fermeture des épiceries de nuit dès 22 heures. « Ce sont des lieux à problèmes », se justifie le maire, qui déplore des trafics de cigarettes, d’alcool et de drogue. Pour s’assurer du bon respect de ces mesures, Louis Aliot a dû réorganiser la police municipale, très bien équipée et agissant comme un groupe d’intervention rapide. « Ce que demandent les gens, c’est de la visibilité », confie le premier magistrat de la ville. Pour répondre à cette demande, il a créé une brigade de nuit, une brigade VTT, des annexes dans les quartiers, et doit recruter une vingtaine d’agents. « C’est peut-être moins spectaculaire mais c’est plus efficace », estime l’élu, qui entend redynamiser le centre-ville par l’implantation de nouveaux commerces. Des rues entières autour du Castillet voient les rideaux des magasins désespérément baissés. « Perpignan est cerné par une ceinture de grandes surfaces » , déplore-t-il. Une politique assumée par l’ancien maire, Jean-Marc Pujol, qui, résigné, estimait que « le commerce classique ne reviendrait pas ». Louis Aliot souhaite également « remettre du dialogue » avec ses administrés, quitte à organiser des référendums locaux sur des projets importants et coûteux.

« Les Gitans font partie de l’âme culturelle de Perpignan »

Pour être élu, le candidat du Rassemblement national n’a pas hésité à draguer ouvertement la communauté gitane et multiplie les mains tendues. « Les Gitans font partie de l’âme culturelle de Perpignan », affirme Louis Aliot. La municipalité, engagée dans la rénovation du quartier Saint-Jacques qui les héberge, l’un des plus pauvres de France, étudie actuellement la création d’une radio gitane et milite pour l’inscription au patrimoine immatériel de l’Unesco de la musique de la rumba catalane avec pour objectif de rendre sa ville plus attractive pour les touristes.

C’est une communauté implantée depuis plusieurs siècles dans les environs et qui a su faire « des efforts » pour s’intégrer à la société, souligne l’édile.

Ne bénéficiant pas d’industries, la cité mise sur sa culture et son patrimoine. « Elle a une offre extraordinaire pour une ville de 100 000 habitants », décrit André Bonet, l’adjoint chargé de la culture. Le fondateur du Centre méditerranéen de littérature a ressenti « un déclic » lors d’une conférence du général de Villiers, rencontrant Louis Aliot, « un homme de culture passionné par la musique, la littérature, l’art contemporain et l’histoire » . Depuis, le monsieur Culture de la ville tente de prendre le contre-pied de la mauvaise réputation des maires FN « chassant la culture » de leur commune. « C’est totalement faux », répond André Bonet. « C’est un sujet qui est préempté depuis un demi-siècle par la gauche », déplore Louis Aliot, qui promet « d’aller beaucoup plus loin ».

Un édile en résistance contre les décisions de Paris 

Alors que les lieux culturels demeurent fermés, en pleine crise sanitaire, le maire de Perpignan a décidé d’enjoindre à la désobéissance et d’ouvrir par arrêté les quatre musées municipaux. Une décision retoquée par le tribunal administratif. Pourtant, pour Louis Aliot, qui a fait appel, il ne s’agissait pas d’illégalité mais de « résistance à de mauvaises décisions ». En l’espace d’une semaine, près de 2 000 visiteurs ont accepté le protocole renforcé décidé en mairie : limitation à 10 personnes dans les salles, température relevée à l’entrée, un visiteur pour 10 mètres carrés… « Ça prouve que le désir de culture était prégnant » , se félicite André Bonet. « Les acteurs culturels sont entrés en résistance » , souligne l’adjoint. Et si les musées sont fermés, la municipalité a trouvé la parade en attendant le résultat de l’appel : exposer dans les rues. C’est le but de la manifestation L’art prend l’air, qui a débuté le 17 février dernier. Des artistes peuvent proposer leurs œuvres directement dans l’espace public.

Il ne s’agissait pas d’illégalité mais de « résistance à de mauvaises décisions »

Et si Perpignan se dotait d’un Puy du Fou ? C’est l’un des projets chers à Louis Aliot qui entend « présenter l’histoire de sa ville », de l’ère romaine aux grandes fractures du XXe siècle, dont l’arrivée des rapatriés d’Algérie et des vaincus de la guerre d’Espagne, en passant par Salvador Dalí ou les viticulteurs de la région. S’il n’a pas l’ambition de devenir le nouveau Villiers à l’accent du Midi, le maire de Perpignan compte sur un parc « plus modeste ». Aux confins de la France et de l’Espagne, Perpignan pourrait attirer un bassin potentiel de 7 millions d’habitants en pays catalan. « C’est un cercle vertueux qu’il faut créer. Or là, nous étions dans une spirale descendante », affirme l’élu.

“Ne pas regarder les personnalités mais les idées qu’elles défendent”

À l’aube de son mandat, Louis Aliot convient de « changer de méthode et de personnels pour ne pas reproduire les schémas qui ont mené à l’échec » . Une nouvelle génération politique locale qui pourrait inspirer le RN à l’échelle nationale. À un an de l’élection présidentielle, l’ancien vice-président du parti renouvelle sa confiance en Marine Le Pen. « Qu’on le veuille ou non, il n’y a qu’une seule opposition crédible, c’est le RN avec toutes ses imperfections », affirme-t-il. Une troisième campagne pour le poste suprême qui pourrait s’avérer gagnante. « On est sur une bonne lancée » , assure Louis Aliot, qui concède que « chacun a un pas à faire vers les autres » . La menace d’une candidature d’Éric Zemmour ou l’appel à une alternative de Robert Ménard n’effraient pas l’ancien compagnon de Marine Le Pen. « Je suis assez optimiste sur les capacités de rassemblement du camp national, l’essentiel, c’est le deuxième tour » , souligne le Perpignanais. Les deux hommes précités ont en outre « apporté au combat des idées d’une manière très importante » pour Louis Aliot, qui estime que « la victoire politique sera l’aboutissement de la victoire des idées ».

Des transfuges de la droite séduits par le RN en vue des régionales 

Le spectre du débat de l’entre-deux-tours raté en 2017 paraît s’éloigner de plus en plus pour le maire. « L’important, ce n’est pas l’emballage mais ce qu’il y a dedans », plaide l’avocat, qui incite vivement à « ne pas regarder les personnalités mais les idées qu’elles défendent » . Pour s’imposer en 2022, le Rassemblement national mise sur une ouverture à droite. Une stratégie défendue par Louis Aliot au plus fort de son opposition avec Florian Philippot. « Ce n’est pas ma ligne qui a gagné, c’est la ligne que porte Jean-Marie Le Pen depuis trente ans », précise l’élu, qui compte également s’appuyer sur l’électorat ouvrier. « Ils ont compris que la gauche ne défend plus les classes populaires », estime-t-il. Des transfuges de la droite qui rejetteraient la politique menée par leur camp ces dernières années. « La plus grande responsabilité de la droite, c’est d’avoir agi comme la gauche alors qu’ils avaient le pouvoir en main, c’est pour ça que nous allons les remplacer », prévient le cadre du Rassemblement national, impassible face à la stratégie de La République en marche qui tente de prendre Marine Le Pen à revers par sa droite. « C’est la dernière tentative pour sauver un système », souligne le maire.

Avant de s’attaquer à l’Élysée, Louis Aliot compte bien peser sur les élections régionales. L’ancien député UMP de Gironde Jean-Paul Garraud conduira la liste du Rassemblement national en Occitanie avec pour ambition de s’installer à la présidence. « On ne peut pas avoir à la tête d’une région un personnage aussi sectaire que Carole Delga », estime celui qui avait réussi à dépasser l’élue socialiste en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées au premier tour en 2015. Cette fois, le RN espère transformer l’essai pour faire de cette région Occitanie le nouveau bastion du « camp national », fort du soutien de Robert Ménard, le maire de Béziers, et des mairies de Beaucaire, de Moissac et désormais de Perpignan.

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