MEMORABILIA

Laïcité et assimilation : l’effrayante fracture

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Dans un sondage récemment réalisé par l’Ifop pour la Licra, une majorité de lycéens confesse un rapport nouveau à la question religieuse. Photo © MARTA NASCIMENTO/REA

Par  Charlotte d’OrnellasPublié le 14/03/2021 VALEURS ACTUELLES

Les lycéens relativisent la laïcité à la française et renoncent majoritairement à l’assimilation. Parmi eux, les musulmans renforcent leurs revendications religieuses et culturelles. Décryptage d’un sondage instructif et vertigineux.

C’était il y a quinze ans seulement, 58 % des jeunes Français rejetaient le port de signes religieux à l’école. Un sondage réalisé par l’Ifop pour la Licra illustre le basculement que nous avons vécu dans ce court laps de temps : aujourd’hui, 52 % des lycéens y sont favorables, contre 25 % des Français. Conclusion : la fracture générationnelle est consommée. Les enfants du pays abandonnent peu à peu la “laïcité de combat” confessée par certains aînés et se détournent progressivement de la laïcité à la française, qui acte la neutralité de l’État et de ses services publics.

Comment expliquer ce bouleversement ? La première raison réside dans une évolution culturelle très rapide. François Kraus, directeur du pôle politique et actualité de l’Ifop et auteur de cette enquête, parle de “netflixisation” des esprits, du nom de cette plate-forme américaine qui abreuve les foyers du monde entier en films et séries télévisées : « Les pratiques culturelles exposées dans ces séries sont imprégnées de modèles de sociétés dans lesquelles le modèle assimilationniste français est inexistant, voire perçu négativement. » Les “normes d’inclusivité” sont omniprésentes et obsessionnelles, directement importées de l’imaginaire progressiste américain qui pénètre les universités… et les écrans : poids, race, âge, sexe, genre… Tandis que la distinction entre vie privée et vie publique s’estompe. Alors, pourquoi la religion serait-elle la seule à ne pas s’immiscer sur le terrain des revendications individuelles ? Certains n’ont-ils pas abusé de la formule contre quiconque tentait de défendre l’idée de normes communes à préserver : “Qu’est-ce que ça vous enlève, à vous ?” C’est exactement la question qu’ont l’air de poser la moitié des lycéens de France.

Au-delà de la laïcité, la question de l’identité

Il est même surprenant que l’antiracisme d’hier s’étonne des conséquences de son œuvre : à force de promouvoir un “droit à la différence”, les revendications se sont accumulées. Ce n’est pas tant la foi qui intéresse les élèves qui répondent à ce sondage, que les dimensions politique, culturelle et sociale des religions. Ce n’est donc pas seulement la question de la laïcité qui est posée, mais également celle de l’identité.

Et de la différence, forcément, parce que le détail du sondage révèle une deuxième fracture entre les jeunes musulmans et les autres. Avec un entre-deux composé des minorités ethniques et des habitants de zones d’éducation prioritaire (Zep), musulmans ou non. Quelques exemples : 88 % des lycéens musulmans sont favorables au port de signes religieux dans leur établissement, 80 % des lycéens de Zep, 49 % des catholiques et 40 % des élèves qui se déclarent sans religion. De nouveaux jours fériés pour les adeptes des religions minoritaires ? 86 % des musulmans sont pour, 36 % des catholiques, 34 % des lycéens sans religion. Le port du burkini en sortie scolaire ? 76 % des musulmans acquiescent, contre 30 et 31 % pour les élèves catholiques ou sans religion. Bref, la fracture est saisissante, aggravée par la composante démographique.

Dans ce sondage réalisé auprès d’un échantillon représentatif de 1 006 lycéens selon la méthode des quotas, les musulmans représentent 14 % de la population. Un chiffre en constante augmentation ces vingt dernières années. L’effet de structure est ici évident, comme l’explique encore François Kraus : « Dans son ouvrage l’Archipel français , mon collègue Jérôme Fourquet montrait que la proportion de naissances musulmanes avait doublé en vingt ans. À cela s’ajoute un processus de réislamisation chez les jeunes générations. Elles accordent infiniment plus d’importance aux préceptes alimentaires et vestimentaires de leur religion que leurs aînés dans les années quatre-vingt. » Si les musulmans sont plus nombreux et beaucoup plus conquérants dans leurs revendications religieuses, le résultat est forcément visible.

Un processus d’acculturation qui s’accélère

La différence de pourcentage entre les zones d’éducation prioritaire et le reste de la population s’explique en conséquence : les élèves musulmans y sont beaucoup plus nombreux qu’ailleurs. Mais ce n’est pas tout, développe encore François Kraus : « Notre étude confirme ce que les sociologues Anne Muxel et Olivier Galland révélaient dans leur enquête sur la tentation radicale – qui avait provoqué les hurlements de certains -, le phénomène d’acculturation est réel et il n’est pas nécessaire d’être musulman pour être solidaire des revendications culturelles et identitaires des jeunes musulmans. »

Ces réalités se retrouvent forcément sur le terrain de la liberté d’expression. « La religion est désormais perçue comme une identité, et s’en moquer est devenu intolérable pour certains », décrypte François Kraus. Sans surprise, 78 % des élèves musulmans se déclarent opposés à l’autorisation des critiques, a fortiori outrageantes à l’encontre d’une croyance, d’un symbole ou d’un dogme religieux. Un chiffre qui chute à 45 et 47 % chez les lycéens catholiques ou sans appartenance religieuse. « On est dans le droit fil des attaques contre les lois sur le port de signes religieux dans l’espace public qui sont perçues comme des lois attaquant les musulmans eux-mêmes, déclarait à ce sujet Mario Stasi, président de la Licra, au micro de RFI. [Une vision] confondant l’islam et l’islamisme, confondant la critique d’un dogme et la critique des hommes. »

Les conséquences de la judiciarisation du débat

Dogme, précepte, critique, insulte… La confusion est indiscutable, de toutes parts. Mais comment s’en étonner lorsque des associations – dont la Licra a su faire partie – n’ont cessé de judiciariser le débat en accusant tour à tour de racisme, d’islamophobie ou de haine quiconque tentait d’alerter sur les conséquences d’une immigration incontrôlée, d’un islamisme galopant, d’un antisémitisme nouveau… Il n’est pas intelligent, en effet, de confondre la défense d’un modèle culturel avec la critique d’une religion et encore moins avec l’offense de ses adeptes. Pas plus d’accuser de xénophobie quiconque critique la perte de contrôle de notre politique d’immigration et ses conséquences.

Les résultats de cette enquête décrivent une France à la croisée du droit à la différence, du relativisme moderne et de l’acculturation islamique, puisque l’islam n’a aucune réticence à assimiler ses convertis – du changement de prénom à la transformation vestimentaire en passant par la modification des habitudes alimentaires. Une France dépourvue de repères civilisationnels communs.

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