MEMORABILIA

ENQUÊTE : MAÎTRE ÉTIENNE DESHOULIÈRES, AVOCAT LGBTQIA+

Scroll down to content

Peu connu du grand public, l’avocat Étienne Deshoulières s’est spécialisé dans la défense de la cause LGBTQIA+. Dans son viseur, tout le spectre de la droite française, de Christine Boutin à Jean-Marie Le Pen, en passant par Éric Zemmour et … par L’Incorrect. Notre dossier de mars 2020 sur le lobby LGBT va effectivement lui donner du travail dans les mois à venir. Mais comment Maître Deshoulières mène-t-il son petit business ? Enquête.

© Capture d’écran YouTube / L’Incorrect

Vous ne le connaissez pas, mais vous avez entendu parler de ses actions. Christine Boutin, pour avoir cité la Bible, fut condamnée pour insultes homophobes en première instance et en appel, avant d’être relaxée en Cassation. Après elle vinrent le préfet de Paris, la SNCF, Agnès Cerighelli (ancienne candidate LREM à la mairie de Saint-Germain-en-Laye), le blogueur Bassem Braiki, Éric Zemmour, l’abbé Guy Pagès, le roi de forains Marcel Campion, Jean-Marie Le Pen, Nadine Morano, Marie-Claude Bompard, des policiers, sans oublier l’Incorrect... La liste des procès qu’il a intentés est longue. Il attaque désormais les fondements de la foi catholique. Jean-Pierre Maugendre, président de Renaissance Catholique, vient d’être mis en examen pour avoir cité un texte du Vatican qui proscrit les unions du même sexe.

Étienne Deshoulières est avocat depuis 2008. Il a aussitôt créé son cabinet, spécialisé dans la propriété intellectuelle. Entreprenant, il a fondé en 2016 une start-up pour simplifier les démarches d’arbitrage en les dématérialisant. Il a aussi des idées politiques. Les actes d’un colloque de mai 2014 le décrivent comme « militant au sein de l’association SOS homophobie, où il a animé la commission chargée de réagir face aux propos homophobes ». Ce colloque avait lieu à Montréal et se proposait d’étudier « Féminismes et luttes contre l’homophobie : de l’apprentissage à la subversion des codes ». À l’époque, maître Deshoulières était auditeur à l’Université du Québec à Montréal en vue de préparer un diplôme de droit de la communication. Son sujet de prédilection : l’insulte homophobe. De l’aveu des organisateurs du colloque de 2014, Étienne Deshoulières « a fait un fructueux séjour de recherche sur les injures homophobes à Montréal, afin d’éclairer les concepts de droit français à la lumière des théories féministes nord-américaines ». Il semble que l’avocat ait importé le raisonnement et les méthodes.

Lire aussi : Enquête : Quel budget annuel pour le Grand Orient de France ?

Pour le raisonnement, il suffit de le lire en 2014 : « Les homosexuels ne se définissent que par leur homosexualité. » C’est de l’essentialisation pure et dure. Cet enfermement discriminatoire présente un intérêt très pratique dans les prétoires à vue basse : « Dès lors, critiquer l’homosexualité, c’est critiquer les homosexuels-les. » L’Église est pile dans la cible. Pas fou, il a précisé en 2019 qu’il ne combat pas la religion. Bien au contraire, il milite « pour qu’il soit possible aujourd’hui, en France, d’être en même temps homosexuel et catholique ». Ben voyons.

Pour la méthode, comptez sur un noyau dur de moins de vingt personnes. Ces gens ont reformaté une association âgée de plus de cinq ans, apte à se porter partie civile devant les tribunaux. C’est l’association Mousse, créée en 2000 par des étudiants de Sciences Po pour lutter contre les discriminations, et dont l’objet social a été modifié en 2018 pour attaquer des opposants en justice. Ils en ont coordonné d’autres, plus ou moins dormantes, comme l’Association des Familles Homoparentales (AFH, dont seuls les comptes 2014 sont accessibles, uniquement aux membres, et dont l’équipe n’est pas publique). Ils en ont créé à leur main comme Stop Homophobie (en 2013, pour des actions en justice) ou Familles LGBT (en 2017, pour promouvoir les familles non-hétéro, y compris les trouples). Et ils ont utilisé des noms respectables de la communauté comme Adhéos, créée en 2005 pour aider des homosexuels, ou SOS Homophobie, qui réalise depuis 1994 un travail d’écoute et de soutien téléphonique dans toute la France. Dans les prétoires, ces deux associations interviennent surtout en support des quatre autres. Ce sont Mousse et STOP Homophobie qui attaquent. Et c’est maître Deshoulières qui est derrière. Par exemple, en janvier 2017, il a « coordonné » l’action de 18 avocats bénévoles pour déposer le même jour 213 plaintes partout en France.

Avec l’argent reçu de la collectivité, l’association couvrira les frais financiers d’une dizaine d’attaques devant les tribunaux. Mettons qu’elle gagne la moitié du temps, les dommages obtenus permettront d’entretenir la machine à intenter des procès

Vous pensez que ce petit monde est nombreux ? Ils sont surtout professionnels d’Internet, de la communication et du droit. Le secrétaire général de Stop Homophobie possède douze ans d’expérience de la communication. Le président de Familles LGBT est un juriste. Il est aussi porte-parole de Stop Homophobie. Maître Deshoulières appartient à l’équipe de Familles LGBT, qui indique que c’est son cabinet qui a produit tous les modèles à remplir. Tout cela ressemble à une petite équipe qui agite divers instruments destinés à créer un écran de fumée. D’ailleurs, le dernier partenaire de Stop Homophobie est le réseau « avocats LGBT friendly ». Il a été monté par Stéphane Cola, ex-collaborateur parlementaire puis directeur de cabinet de Philippe Séguin à l’Assemblée nationale. Il a fondé et dirige l’agence web Brainstorm Editions. L’un de ses savoir-faire consiste à multiplier « les commentaires élogieux […] sur les sites d’évaluation et les réseaux sociaux », mais aussi à canaliser les mécontents. Cola a installé son plus gros établissement à Marrakech, où il dispose d’une escouade d’internautes francophones à bas coûts, qui lui permettent de créer autour des sites clients « un climat de confiance et une image faite de sérieux et de constance ».

Toutes ces associations devraient publier leurs comptes. Aucune ne le fait. Mais nous pouvons émettre des hypothèses concernant le périmètre de Deshoulières. Il indique sur le site de son cabinet consacrer « 20% de ses moyens humains et 5% de son chiffre d’affaires à des causes d’intérêt général ». D’après le Conseil national des barreaux, la rémunération moyenne des associés est de quatre-vingt-seize mille euros bruts par an (plus 10% à Paris). Il faut donc que maître Deshoulière « compense » un manque à gagner de l’ordre de cent vingt mille euros. Comment faire ? En gagnant des affaires pardi. Pour cela, les associations demandent des subventions. Mettons que Stop Homophobie demande un soutien régional de cinquante mille euros par an, elle doit justifier d’un apport au moins équivalent. C’est ce que le vice-président de la région Île-de-France Patrick Karam a déploré au Sénat. Dans les faits, elle peut déclarer le temps que les avocats membres de l’association apportent bénévolement aux actions subventionnées. Avec l’argent reçu de la collectivité, elle couvrira les frais financiers d’une dizaine d’attaques devant les tribunaux. Mettons qu’elle gagne la moitié du temps, les dommages obtenus permettront d’entretenir la machine à intenter des procès. Et maître Deshoulière bénéficiera d’une exposition médiatique gratuite, qu’il n’aurait jamais eu les moyens de se payer autrement.

Si, avec vingt personnes et un effort de cent vingt mille euros par an, il obtient dans l’ombre le muselage de la religion de la majorité des Français, Étienne Deshoulière aura montré qu’il est un grand avocat.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

<span>%d</span> blogueurs aiment cette page :