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Décolonialisme made in Belgium

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Le boulevard Léopold II rebaptisé Annie Cordy… à son tour accusée de racisme

parNicolas de Pape – 17 mars 2021306 PARTAGESPartagezTweetezPartagezEmail44

La militante Mireille-Tsheusi Robert. Photo: capture d’écran YouTube.

À Bruxelles, on nage en plein délire: quelque temps après que le Roi Léopold II se voit vu déposséder de « son » boulevard au nord de la capitale belge au profit de la chanteuse populaire Annie Cordy, voilà qu’on reproche déjà à celle-ci « Chaud, cacao », chanson raciste.


Le Roi Léopold II, deuxième de la petite dynastie royale belge (en comparaison de la France) fait l’objet depuis quelques années de polémiques incessantes sur son rôle délétère lorsqu’il administrait, en souverain de droit quasi divin, le Royaume indépendant du Congo (actuellement la République démocratique du Congo), devenu ensuite la principale colonie belge. 

L’histoire controversée de Léopold II

Accusé d’exactions (les fameuses « mains coupées »), voire de génocide, Léopold II, dont les statues sont régulièrement vandalisées, s’est vu d’abord quasi effacé de son musée, rebaptisé « Royal Museum for Central Africa » ou « AfricaMuseum », après une rénovation passée par les fourches caudines d’« experts » décoloniaux. L’ancien musée, à deux pas de Bruxelles, avait été inauguré lors de l’Exposition internationale de 1897 à la gloire des « réalisations » du monarque. Jusqu’à récemment, sa statue trônait sur son cheval à l’entrée du musée. Il ne reste de lui aujourd’hui qu’un buste discret caché dans une vitrine et tourné vers le parc de Tervueren dont les essences furent elles-aussi plantées à l’initiative du Roi. Le nouveau musée est maintenant lavé de toute arrière-pensée colonialiste, une « salle des horreurs » recueillant l’ensemble des représentations humiliantes pour les indigènes congolais. L’AfricaMuseum est aujourd’hui le digne représentant de l’approche muséale planétaire : riche de ses collections mais aseptisé, avec, dans chacune des salles, des avertissements paternalistes précisant que les objets n’ont pas fait l’objet de pillages… 

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Cette « histoire belge » n’en est pas une : elle s’inscrit au cœur du débat qui agite en ce moment l’Occident européen, américain et même australien : que faire de nos « grands hommes » qui, pressés d’assurer la grandeur de leur pays, manifestèrent en leur temps bien peu de compassion envers d’autres peuples plus ou moins soumis ? Abraham Lincoln a aboli l’esclavage… mais était lui-même propriétaire d’esclaves. Colbert a élaboré le Code noir et Jules Ferry pensait que les races supérieures devaient civiliser les races inférieures… Churchill considérait le peuple britannique comme plus intelligent… etc.

La très toxique « mode » décoloniale

Au lieu d’affronter l’histoire en la contextualisant (c’est le rôle des musées), en respectant les traces qu’elle a laissées (les statues, les noms de rue, d’écoles, etc.), la très toxique « mode » décoloniale, dont l’origine est obscure et ses thuriféraires difficiles à cerner, est plutôt à effacer toutes les traces de notre prestigieux passé, se soumettant ainsi à la pire erreur qui soit pour un historien : l’anachronisme. Car les valeurs de 2021 ne sont évidemment pas les mêmes que celles des siècles passés.

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C’est ainsi qu’à l’initiative des autorités bruxelloises, on a lancé récemment une consultation populaire pour débaptiser le boulevard Léopold II, une ancienne artère de prestige au nord de Bruxelles, dont le nom même du « Roi bâtisseur » – Léopold II est à peu près l’équivalent du Baron Hausmann – n’était plus digne de la capitale de l’Europe, devenue ville-monde peuplée d’« anywhere » accros à Twitter et compagnie. Il est loin le temps où Bruxelles brusselait, comme chantait Jacques Brel.

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Néo-féminisme oblige, le boulevard devait porter le nom d’une femme (94% des rues de Bruxelles portent un nom masculin et convenons que c’est un réel problème) et l’heureuse élue devait être déclarée lors de la Journée internationale de la femme il y a environ une semaine. Finalement, la chanteuse populaire Annie Cordy a obtenu le plus de votes (environ 20%). 

Mauvais esprit

Mais le changement de nom n’est pas encore acté qu’une polémique naît autour d’une chanson controversée de l’interprète de « La Bonne du curé » et de « Tata Yoyo » : « Cho Ka Ka O (Chaud cacao) ». 

À l’émission dominicale d’RTL-TVI, « C’est pas tous les jours dimanche », notamment, Mireille-Tsheusi Robert (notre photo), présidente du Centre féministe de réflexion et d’action sur le racisme anti-noir.e.s, reproche en effet à Cho Ka Ka O son « esprit » qui cumulerait les stéréotypes envers les Africains… On met toutefois au défi quiconque de trouver dans les paroles de cette chanson un caractère raciste(1).

De par la sympathie et la décontraction qui ont toujours caractérisé Annie Cordy, il y a peu de chance que le boulevard en question soit à nouveau rebaptisé. Mais avec la mouvance décoloniale, on marche sur la tête et on ne sait jamais…

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