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Ivan Rioufol: «Il est urgent de reconquérir nos libertés!»

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CHRONIQUE – Face à une puissance publique omniprésente et intrusive, nombreux sont les citoyens qui se sont laissés provisoirement fonctionnariser.Par Ivan RioufolPublié il y a 2 heures, mis à jour il y a 2 heures

Enterré, le libéralisme? Le requiem est repris avec allégresse par les dévots de l’étatisme, sublimé par le confinement. Les ronds-de-cuir ne manquent pas de soutiens chez les tenants de l’administration planifiée. Ceux-ci se pâment, après un an de Covid, devant la mutation du macronisme en arrosoir d’argent magique. Il est vrai que jamais la puissance publique n’a été aussi omniprésente et intrusive. Nombreux sont les citoyens qui se sont laissés provisoirement fonctionnariser, permettant à l’efficace administration fiscale d’acheter les frustrations par virements bancaires. Le peuple inquiet s’est réfugié dans les bras de l’État-mamma. La «start-up nation», un temps promise par le chef de l’État, n’est plus qu’une bonne blague. Il est même probable que, la présidentielle approchant, le pouvoir prenne goût à la facilité de l’endettement, en distribuant aux électeurs toujours plus d’argent qu’il n’a pas. Mais gare à l’atterrissage!

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Marcel Gauchet, commentant l’interventionnisme de l’État, le remarque (L’Opinion, lundi): «L’illusion serait de penser que le keynésianisme radical a gagné à tout jamais. Je n’en crois rien.» Il n’est pas le seul… Le Covid a, assurément, remis le mondialisme à sa place. L’épidémie a forcé à rehausser les frontières. Elle a permis aux États-nations (la Grande-Bretagne en premier lieu) de démontrer leur réactivité face au virus, contrairement à l’Union européenne. Le souverainisme national a consolidé son assise. Pour sa part, l’industrie de la «Big Pharma», monnayant chèrement ses vaccins, a abîmé l’émulation initiale des recherches. Le néolibéralisme, financiarisé et cupide, n’a rien fait pour corriger son image détestable. Le libre-échange mondialiste et son laisser-faire restent les éléments destructeurs des nations et de leurs industries. Mais ce pseudo-libéralisme est aussi dangereux que la mainmise de l’État tentaculaire.

Une gestion irréfléchie a conduit les gouvernements successifs à fermer des hôpitaux publics et à réduire des effectifs, sans se préoccuper des demandes et des capacités du privé

La débâcle de la puissance publique est ce qui résume ces douze mois de crise sanitaire, ouverte le 17 mars 2020 avec la première mise sous cloche du pays. La France centralisée et hors-sol – bureaucratique, technocratique, imperméable au bon sens – a mis en scène son propre déclin. Après avoir été incapable, dans les premiers mois, de fournir les masques, les tests et les lits de réanimation en nombre suffisant, voici la patrie de Pasteur à la merci des pays producteurs de vaccins. Une gestion irréfléchie a conduit les gouvernements successifs à fermer des hôpitaux publics et à réduire des effectifs, sans se préoccuper des demandes et des capacités du privé. Le couvre-feu général et les reconfinements localisés sont les résultats d’une incapacité de l’exécutif à gérer la crise. Les lits – pourtant manquants – auraient encore diminué ces derniers mois. Le personnel médical connaît la même baisse. L’argent est allé ailleurs.

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Le cinéma français a ainsi reçu 1,2 milliard d’euros en 2020, au nom de l’exception culturelle, cette préférence nationale permise par le progressisme. Les intermittents du spectacle auront les aides spécifiques qu’ils réclament. Ce sont pourtant ces quémandeurs qui ont montré, lors de la cérémonie des César, les limites d’un système subventionné, plus attentif à ses humeurs qu’à celles du public. Le spectacle donné par de faux rebelles pétomanes a révélé la décadence d’une création réduite à l’estomac et au bas-ventre. Sidérant aura été le vide intellectuel d’un showbiz récitant les clichés sur la détestation de la France. L’actrice Corinne Masiero a cru porter un message en s’exhibant nue, peinte en rouge sang, des tampons hygiéniques aux oreilles. «J’ai reçu un tsunami de soutiens», s’est-elle réjouie. Les téléspectateurs (1,6 million, ce qui est peu) ont fui, eux…

Déresponsabilisation générale

Résumons: la France n’est plus que l’ombre d’elle-même. L’État Léviathan est le responsable de l’apathie qui s’étale. Cette aboulie a été générée par une lente déresponsabilisation collective. Les «gilets jaunes» auront été la dernière tentative de révolte populaire, commencée hors du système, contre l’État jacobin et confiscatoire. Même le monde intellectuel sort laminé d’un demi-siècle de pensées obligées. Pierre Nora le confirme: «Je me suis trompé sur la fin des intellectuels engagés. Aujourd’hui il n’y a plus d’intellectuels, il n’y a que des engagés.» Ils chassent en meute toute pensée non homologuée. À quelques exceptions près, l’intelligentsia ne se sera guère opposée à l’Ordre hygiéniste ni à ses états d’urgence sanitaire, prorogés jusqu’en juillet. La capitulation du pouvoir devant l’AP-HP (Assistance publique-hôpitaux de Paris), État dans l’État, a aggravé l’hystérique propagande sur un danger épidémique relatif (le virus tue moins de 0,1 % des personnes). L’hôpital public a interdit à des médecins de soigner librement. Le peuple, soumis à des maîtres en blouse blanche, saura-t-il reprendre goût à la vie et à ses risques? Tout dépend de lui.

Rien n’est plus inquiétant que d’observer une partie du monde libre brader ses principes pour prix de sa sécurité

Non seulement le libéralisme n’est pas mort du Covid, mais il est le seul antidote pour résister aux idéologies liberticides qui déboulent, au nom de la protection des gens. C’est la liberté qu’il s’agit, partout, de défendre et reconquérir ; en économie comme dans la vie. Le «quoi qu’il en coûte» présidentiel est un fruit empoisonné destiné à rassurer et à se laisser conduire. Rares auront été les opposants aux fanatiques «enfermistes». Ce sont les mêmes qui veulent aujourd’hui imposer un «passeport vaccinal» intérieur et un droit de regard sur les comportements individuels.

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Rien n’est plus inquiétant que d’observer une partie du monde libre brader ses principes pour prix de sa sécurité. La traque individuelle et la surveillance de masse ne sont plus réservées à la Chine communiste. Au nom de l’efficacité, les dirigeants israéliens ont imposé des méthodes autoritaires qui interrogent sur cette démocratie jusqu’alors exemplaire. Faudrait-il tirer un trait sur la société de confiance et le peuple raisonnable? Cette conviction est celle des régimes totalitaires.

Beaux discours

Ni la loi du marché ni la recherche du profit ne sont des aberrations morales. La concurrence libre et non faussée, l’initiative privée, la réduction de l’État à ses fonctions régaliennes doivent retrouver leur place dans une France qui suffoque. Emmanuel Faber, le PDG «missionnaire» de Danone vient de se faire débarquer par les actionnaires de l’entreprise: ses beaux discours se sont heurtés aux réalités. Les faits sont têtus.

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