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Eric Zemmour: «Quand les entreprises oublient leur métier pour faire de la politique»

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CHRONIQUE – Comme les chefs d’entreprises américains, de nombreux patrons français multiplient les déclarations politiques, le plus souvent bien-pensantes.

Par Eric Zemmour. LE FIGARO. 19 mars 2021

Il a dû céder. Comme un président du Conseil de la IVe République qui n’avait plus de majorité à la Chambre des députés, Emmanuel Faber a dû abandonner son poste de PDG de Danone. On n’a pas l’habitude, en France, de ces raids d’actionnaires qui, quoique minoritaires, obtiennent la tête des grands patrons. Chez nous, l’entre-soi du CAC 40 et l’atonie des assemblées générales d’actionnaires protègent en principe nos PDG des coups de grisou, comme les institutions de la Ve République protègent le chef de l’État.

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Cette fin de l’exception française dans la mondialisation risque de fragiliser plus encore une économie française qui a tout joué depuis des décennies sur la puissance de quelques grands groupes – contrairement à l’Allemagne et l’Italie, et leurs denses réseaux de PME. Alors, quand ces groupes délocalisent, on a le chômage de masse ; quand ils se font avaler par des étrangers, on perd un secteur entier et des compétences. On l’a vu pour Alcatel, Lafarge, ou Alstom. Notre CAC 40 est détenu désormais majoritairement par des fonds étrangers. Où est la puissance industrielle française d’antan?

Mais cette affaire Danone a un autre versant: il a été surtout reproché à Emmanuel Faber ses piètres résultats financiers. Beaucoup s’agaçaient de le voir plus soucieux de «sauver la planète» que les comptes de son entreprise. Les grandes causes plutôt que les petits sous. Faber n’est pas le seul à tomber dans ce panneau. Les plus grands patrons américains – ceux des Gafam surtout – aiment aussi donner des leçons de morale au monde entier. Mais leur capitalisation boursière est himalayenne. De nombreux patrons français les imitent sans avoir leur puissance financière. Ils multiplient les déclarations politiques, le plus souvent bien-pensantes. Ils imposent, à leurs salariés qui n’en peuvent mais, des chartes éthiques auxquelles ceux-ci doivent se soumettre sous peine de licenciement. L’écologie, mais aussi le féminisme, les droits des LGBT, ou encore ceux des handicapés, sont le plus souvent mis en exergue. Les couloirs des entreprises voient fleurir des affiches contre le «harcèlement sexuel» ou les discriminations. Certains patrons veulent protéger à juste titre leur marque d’une action médiatique hostile qui abîmerait leur image. Et l’image, c’est le nerf de la guerre commerciale. D’autres agissent par conviction.

Le nécessaire retour de l’État dans l’économie

C’est une évolution de vases communicants: au fur et à mesure que les pouvoirs du politique se réduisaient dans la sphère économique (indépendance de la Banque centrale, suppression des frontières, etc.), la politique envahissait l’entreprise. Mais l’entreprise n’est pas une démocratie et personne ne demande aux salariés de voter pour ou contre l’idéologie qui s’impose à tous. Les patrons ne sont pas là pour défendre des idées, mais pour gérer au mieux leur société.

L’épidémie de Covid a montré le nécessaire retour de l’État dans l’économie. On espère que la mésaventure d’Emmanuel Faber ait l’effet inverse: que les grands patrons et les entreprises redeviennent des lieux de neutralité politique.

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