MEMORABILIA

LE CARNAVAL DE CARNAVALET

« Que le cœur de l’homme est creux et plein d’ordures », écrivait Pascal. Qu’aurait-il dit à la lecture de cette annonce sidérante ; le Musée Carnavalet a décidé de supprimer les chiffres romains, au prétexte que les visiteurs n’arrivaient pas à les lire. Provoquant ainsi l’ire bien légitime des Italiens.

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© Musée Carnavalet / DR

Au lieu d’élever, d’éduquer, d’enseigner, de transmettre, ce qui, jadis, était le rôle des musées, le comité de Carnavalet a décidé de se vautrer dans la fange hygiéniste, niveler par le bas et supprimer, tout simplement, la culture antique.

Parce qu’il faut les avoir bien accrochées et au bon endroit pour décider unilatéralement que des siècles de culture Romaine sont incompréhensibles pour la plèbe. Yourcenar et Hadrien se retournent probablement dans leur tombe.

Hannah Arendt n’a cessé, de son temps, d’exhorter les hommes à penser, et sa théorie de la banalité du mal débouchait sur cette évidence intellectuelle ; la pensée humaine est un rempart contre la médiocrité humaine, un rempart contre le totalitarisme.

Supprimer la pensée, supprimer le système intellectuel, c’est laisser les coudées franches à la médiocrité, qui ne cesse de se déverser sous nos yeux.

J’imagine sans peine, comme le disait un sage, « la bande de jean-foutre gauchistes », qui ont l’arrogance de leur inculture, et décident en coulisse comment niveler au mieux notre culture. Parce que c’est ça qu’on leur reproche précisément, leur arrogance. Que l’apprentissage les hérisse, qu’ils préparent, suivant les prophéties d’Orwell, de Arendt, de de Gaulle, l’effondrement de la culture et de la médiocrité, en silence : mais non ! Tout ce massacre est accompagné d’un tintamarre, et à ce prix-là, on se permet de nous faire la leçon.

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Oui, la responsable du musée Carnavalet nous fait la leçon, quand elle nous explique, à nous pauvres fous, les raisons de son choix rationnel : elle invoque d’une part l’accessibilité universelle (dans une interprétation de la règlementation européenne toute personnelle) et d’autre part la possibilité que des personnes en situation de handicap psychiques puissent « être gênées dans leur compréhension ».

Que peut on penser d’un musée qui ne considère plus qu’enseigner, éduquer et transmettre fait partie intégrante de sa mission de rayonnement culturel ?

Comment peut on accepter qu’au lieu d’enseigner on supprime ? Supprimer ce qui gêne ? Effacer ce qui n’est pas lisse, pas en accord avec la novlangue ?

Une société qui ne transmet plus est une société qui court à sa perte. Une société qui supprime ce qui gêne se dirige lentement, mais sûrement vers un totalitarisme intellectuel lourd de conséquences.

D’ailleurs, si l’on suit ce raisonnement, ne devrait-on pas aussi supprimer l’orthographe ? Après tout, ce S silencieux de Louis, doit-on véritablement le conserver ? Il conviendrait, pour être cohérent, d’écrire « Loui 14 ».

Mais, hélas, la préservation des âmes sensibles ne serait pas totalement atteinte ; non, la véritable solution, si l’on suit l’écoeurant raisonnement de Carnavalet, c’est purement et simplement de supprimer les musées ; après tout, ils véhiculent des histoires et des langues mortes.

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