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L’éditorial du Figaro Magazine: «Quand l’union fait la faiblesse»

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L’UE n’a ni la légitimité démocratique ni l’agilité nécessaire pour gérer à la place des États la crise sanitaire, estime Guillaume Roquette, directeur de la rédaction.

Par Guillame Roquette FIGARO-MAGAZINE. 19 mars 2021

La pression était trop forte. Après que l’Allemagne a décidé lundi dernier la suspension des vaccinations à l’AstraZeneca, Emmanuel Macron n’a eu d’autre choix que de lui emboîter le pas. Un épisode malheureux (nous avons besoin de ce vaccin) mais ô combien révélateur d’une réalité flagrante: dans la gestion de la pandémie, la solidarité européenne nous apporte le pire sans le meilleur.

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Le pire, c’est le président de la République qui désavoue son premier ministre en moins de vingt-quatre heures (dimanche soir, Jean Castex ne voyait aucune raison de suspendre l’AstraZeneca) mais c’est surtout l’incroyable retard pris dans la campagne de vaccination. Les grands pays de l’Union européenne (Allemagne, Espagne, Italie, France…) sont tous à la ramasse. Les États-Unis ont vacciné trois fois plus de population que nous, le Royaume-Uni cinq fois plus et notre retard ne se comble pas puisque l’écart était du même ordre début février. L’Europe ne nous a pas protégés de la pandémie, elle ne maîtrise pas non plus la campagne de vaccination.

Et que l’on ne nous dise pas que la gestion commune des achats a eu l’avantage de faire baisser le prix des vaccins. À quoi cela sert-il de les payer moins cher si on ne nous les livre pas? Pour mémoire, AstraZeneca avait promis à l’Union 180 millions de doses au deuxième trimestre et n’en fournirait finalement que 70 millions… Et que valent ces économies de bouts de chandelle face aux dizaines de milliards du chômage partiel, des prêts garantis par l’État et des aides en tout genre déversés par l’État tant que le niveau de vaccination reste insuffisant?

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Les européistes nous expliquent que ce retard à l’allumage est somme toute normal puisque la santé ne fait pas partie des prérogatives historiques de l’Union. Ainsi, lors de la pandémie de grippe H1N1, en 2009, on se souvient que chaque pays avait acheté ses propres vaccins. Mais nous ne nous en sommes pas plus mal portés. La santé des populations, comme la justice ou l’éducation, relève naturellement de la souveraineté des nations, chaque pays est libre d’avoir sa propre politique pour protéger le mieux possible ses citoyens. Il est normal qu’Emmanuel Macron ne demande pas la permission à Bruxelles pour décider d’un couvre-feu ou d’un confinement en France. Pas plus d’ailleurs qu’Angela Merkel ne sollicite notre accord pour fermer sa frontière avec la Moselle quand elle l’estime nécessaire. Nous aurions pu avoir la même liberté dans la gestion des vaccins.

L’argent peut être serviteur ou maître, disait Horace. L’Union européenne, c’est pareil. Elle est, par exemple, indispensable pour financer un plan de relance ou négocier des traités commerciaux avec la Chine ou les États-Unis: aucun des 27 membres ne ferait le poids à lui tout seul. Mais elle n’a ni la légitimité démocratique ni l’agilité nécessaire pour gérer à la place des États une crise aiguë comme celle que nous traversons. L’union ne fait pas toujours la force.

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