MEMORABILIA

Mais comment l’Ile-de-France a-t-elle pu perdre près de 50% de ses lits de réanimation depuis un an ?

Selon des révélations du Canard Enchaîné, le nombre de lits de réanimation en Ile-de-France aurait baissé en l’espace d’un an (passant de 2.500 en mars 2020 à 1.700 aujourd’hui). Comment expliquer cette situation ?

ATLANTICO 19 mars 2021

avec Guy-André Pelouze et Philippe Juvin

Atlantico : Comment s’organise la gestion des lits de réanimation ? 

Guy-André Pelouze : En France dans certains hôpitaux, nous avons un service de réanimation et à côté des soins continus. En réalité, nous avons une autre appellation qui s’appelle la post-réanimation. Dans cette dernière nous pourrions y mettre dix lits tampons de réanimation. Mais cette amélioration est impossible car les systèmes sont trop bureaucratiques, le problème étant que nous avons trop d’administratif.

Sur la question des infirmières tout cela est différent. Lorsque l’on prend le cas par service, le nombre d’infirmières en chirurgie cardio-vasculaire est important mais elles sont sur-occupées alors qu’en dermatologie elles sont en sureffectif, tout cela parce que l’hôpital public est gangréné par l’administration. Il y a des services sans occupation.

Qu’en est-il du privé, ont-ils des places disponibles ? 

À LIRE AUSSILa capacité hospitalière : le nerf de la guerre. Quels sont les vrais chiffres de l’hôpital en France ?

Guy-André Pelouze : Il apparaît que les cliniques privées sont très contentes de ce que le gouvernement fait pour elles, mais ce n’est pas dans l’intérêt des malades. Les cliniques privées ont des unités Covid, pourtant celles-ci ont été un peu boudées par le SAMU. Encore aujourd’hui,  certaines ne sont pas pleines. Aujourd’hui la sécurité sociale est surbookée, elle n’a jamais prévu cela. Elle n’est pas armée pour gérer cette surveillance… Ses critères sont peu au point.

Selon le Canard Enchaîné le nombre de lits de réanimation en Ile-de-France est passé de 2 500 en mars 2020 à 1 700 aujourd’hui. Comme est-ce possible ?

Phlippe Juvin : Je ne suis pas au courant de ces chiffres mais il est certain qu’il n’y a pas eu de réelle augmentation des lits de réanimation. 

Une note de juillet du ministère, en 2019 on a 2 738 lits de réanimations dans les CHR-CHU, 2 695 lits de réanimation autres dans le privé ou établissement participant au service public. Il y a ensuite 5 954 lits de soins intensifs (cardiologie, etc), 8 217 lits d’unité de soins continus (USC). Cela fait 19 604 lits qui peuvent faire de la réanimation en théorie. Mais tous ne peuvent pas l’être car tous n’ont pas de respirateurs.À LIRE AUSSIFrance : ce qui se passe vraiment sur les lits de réanimation

Au 1er janvier 2020, il y avait officiellement 5 433 lits de réanimation. Au 1er janvier 2021, 6 733. Comment expliquer cette différence ? On a transformé des lits d’USC en lits de réanimation. Mais sur l’ensemble des lits qu’on appelle soins critiques (réanimation, soins intensifs, USC…), il n’y a PAS d’augmentation. Dans la note de juillet, on apprend qu’on a armé des lits de réanimation. C’était à 47% des lits d’USC, à 32% des lits de blocs opératoires et à 13% des unités de réanimations qui ont été ouvertes. Donc la proportion de véritables ouvertures est très faible. 

Au mois de mai le président nous a dit avoir commandé 10 000 respirateurs. Où sont-ils, puisqu’on n’a pas ouvert de lits de réanimation ? Les annonces ne sont jamais précises voire fausses.

La question des lits n’est-elle pas aussi une question de personnel ?

Phlippe Juvin : Oui. Des lits de réanimation sont fermés du fait de manque de personnel. On nous dit qu’il faut des années pour former des équipes, mais c’est une excuse. En un an il y avait des solutions. Il faut savoir prendre des mesures qui sortent des clous, par exemple orienter des internes vers la filière médecine d’urgence ou réanimation. On aurait pu le faire dès la promotion du mois d’avril mais on n’a pas vu augmenter le nombre d’internes de réa. On aurait pu accélérer les formations des infirmières (en faisant une promotion qui aurait commencé au mois de mai), créer une réserve sanitaire européenne ou encore former des infirmières ou des médecins qui ont eu une expérience en réanimation en les remettant à niveau, voire même faire appel à l’étranger… Ce n’est pas simple à mettre en œuvre mais cela mérite d’être étudié. Il y a une difficulté à décider et à faire autre chose que de la com’.À LIRE AUSSIPour en finir avec le mythe de la diminution des lits de réanimation imposée par une doxa néo-libérale 

Est-ce un problème organisationnel ou un problème d’argent comme certains le prétendent ?

Phlippe Juvin : L’argent de l’hôpital ne va pas au soin. Dans le rapport de la cour des comptes de 2016, le ratio des emplois est globalement un administratif pour un médecin (hors interne). Dans l’hospitalisation privée à but lucratif (même si ce n’est ni les mêmes patients, ni les mêmes pathologies), on a un administratif pour trois médecins.

**************

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

<span>%d</span> blogueurs aiment cette page :