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Quand la propagande chinoise s’invite dans la presse française

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Quand la propagande chinoise s'invite dans la presse française
La Chine a acheté plus de 750 encarts publicitaires en 7 jours dans la presse mondiale.
© JU PENG / XINHUA / Xinhua via AFP

Soft power

Par Vincent Geny

Publié le 19/03/2021 MARIANNE

En sept jours, la Chine a acheté des centaines d’encarts publicitaires dans la presse internationale. Semblables à des articles de journaux lambda, les lecteurs en apprennent autant plus sur le sauvetage des Africains par la technologie chinoise que sur les fantastiques performances de l’économie nationale. Une volonté affichée d’imposer une narration positive made in China à l’échelle mondiale.

« Injecter de l’énergie positive dans le développement du monde » tel est le titre d’un article du People’s Daily publié ce mardi 17 mars. Par cette formule, le journal chinois se félicite de la propagation de ses articles dans la presse occidentale. Plus de 750 sujets dans près de 200 médias étrangers, visant ainsi 40 pays.

En France, c’est l’Opinionqui est visé, affichant dans son journal du 11 mars deux articles avec en haut de page une inscription en chinois et sa traduction « People’s Daily ». Sans aucune explication supplémentaire, le lecteur est invité à lire un article glorifiant la capacité de la Chine à « réduire la pauvreté par la préservation écologique ». Le second, vante la résilience de l’économie chinoise, et assure qu’une : « centaine de nouvelles entreprises à capitaux étrangers sont créées en moyenne chaque jour ».

En réalité, le People’s Daily est l’organe de presse officiel édité par le comité central du Parti Communiste Chinois (PCC). Pour cet encart, l’Opinion aurait touché entre 17 000 et 30 000 euros (comme mentionné sur la grille tarifaire). Mais il n’est pas le seul à faire la publicité de Pékin. En une semaine ces publi-communiqués ont atterri sur tous les continents, constituant une dépense de propagande colossale. Pour décrypter cette offensive, Marianne a posé trois questions à Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS).https://1a866eeac7f89d9cf99dbfcc33f2706d.safeframe.googlesyndication.com/safeframe/1-0-37/html/container.html

Marianne : Comment réagissez-vous à cette vaste campagne médiatique ?

Antoine Bondaz : C’est une offensive spécifique. Début mars, la Chine a tenu ses doubles sessions, un moment important dans la vie institutionnelle chinoise. Ils y votent chaque année les grandes lois [préalablement avalisées par le Parti Communiste Chinois ; N.D.L.R.] et font un effort immense de communication autour. Objectif : faire connaître les décisions mais surtout, utiliser ces sessions pour faire croire à un fonctionnement politique similaire à l’Occident.

En réalité, cette stratégie n’est pas nouvelle. En août 2013, cinq mois après son arrivée au pouvoir, Xi Jinping a repris en main la communication à l’étranger. Il appelle l’ensemble des autorités à intensifier la propagande externe et à inventer de nouvelles expressions ou exemples permettant de mieux raconter l’histoire du pays. »En choisissant des journaux comme l’Opinion, le gouvernement chinois entend influencer les élites pour influencer les décideurs. »

En 2018, la Chine a énormément publié de fact-checks sur le Xinjiang [région dans laquelle Pékin a entrepris en 2014 une campagne d’internement et de « rééducation » des Ouïghours, régulièrement dénoncée comme génocidaire ; N.D.L.R.]. Leur stratégie ? Faire croire que des rumeurs farfelues sont les arguments de fond des Occidentaux, pour les démonter aisément. En 2019, une offensive est lancée sur Twitter pour faire entendre la voix de la Chine au moment où les manifestations à Hong Kong battent leur plein.

Qu’est-ce que ces campagnes d’influence disent de la stratégie de soft power chinoise ?

Le PCC prend conscience que l’opinion étrangère a de l’importance. La société civile peut exercer des pressions, on l’a vu avec le Xinjiang où la situation a échappé à la Chine. Avec ces opérations médiatiques, le but n’est pas d’être apprécié mais d’éviter des décisions politiques défavorables. En choisissant des journaux comme Le Figaro ou L’Opinion, le gouvernement chinois entend influencer la société civile et les élites pour influencer les décideurs.

Cette stratégie a cependant un côté paradoxal. Ils utilisent la liberté de la presse française et abusent de la naïveté de certains journaux ou lecteurs. La Chine profite de cette asymétrie entre la liberté d’expression en Europe et le verrouillage de l’information chez eux.

Comment l’Occident devrait réagir ?

Rentrer dans leur jeu leur donnerait des arguments pour nous critiquer et ainsi, légitimer leur contrôle de l’information. Il faut absolument déconstruire tout ce qu’ils véhiculent, les prendre point par point et l’expliquer au public. La question se pose sur la présentation des articles. L’immense majorité des lecteurs ne connaissent pas les journaux chinois. Ils ne savent pas que ce sont des médias d’État qui ont rédigé les textes, cela doit être mis en avant.

Enfin, la réponse réside dans la critique. On aura un problème si on n’explique pas, il faut de la pédagogie. Les lecteurs sont capables de comprendre. Ensuite, en toute connaissance de cause, ils font la part des choses et restent libres d’avoir leur propre avis.

À LIRE AUSSI : Quand la Chine met la pression sur des sénateurs français

Par Vincent Geny

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