MEMORABILIA

Tirs de kalachnikov, hausse de la délinquance et absence de moyens : Châteauroux face à l’ensauvagement

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Par  Sébastien Lignier Publié le 20/03/2021 VALEURS ACTUELLES

Dans le chef-lieu de l’Indre, les effectifs des forces de l’ordre ont baissé de 50 % en vingt ans. Fin février, des tirs de kalachnikov ont été entendus. C’était une première et la goutte de trop pour les policiers et les élus, qui se sentent oubliés par le gouvernement.

«Une arme de guerre dans une ville comme Châteauroux, c’est du jamais-vu !» Trois jours après les faits, la sénatrice Les Républicains de l’Indre Frédérique Gerbaud ne semble toujours pas y croire. Dimanche 28 février, les habitants du quartier Saint-Jean ont été stupéfaits d’entendre 14 tirs de kalachnikov. Aucune victime n’est à déplorer, les agresseurs ayant visé une voiture vide. Pour les responsables de l’enquête, tout indique un règlement de comptes sur fond de trafic de drogue. Un motif devenu monnaie courante au sein d’un quartier « à forte concentration immigrée », d’après la déléguée départementale du Rassemblement national, Mylène Wunsch. Depuis son installation à Châteauroux, elle a assisté en direct à la transformation progressive de “la boucle Saint-Jean”, devenue en l’espace de vingt ans le repère des bandes et du trafic de stupéfiants dans cette ville de 44 000 habitants : « La population de Châteauroux a changé », soufflet-elle. Une analyse confirmée par le secrétaire départemental adjoint du syndicat Alliance Police nationale, Jérôme Retaillaud, qui décrit Saint-Jean comme le point chaud de l’Indre, dans lequel « la délinquance des grandes villes s’est installée ».

L’incident du 28 février est donc loin d’être isolé dans une ville qui connaît, depuis quelques années et dans l’indifférence quasi générale, une hausse significative de la délinquance et de la criminalité. Dans l’Indre, le nombre de victimes de coups et blessures est en hausse de 228 % en vingt ans. Entre violences commises envers des policiers et manifestations de jeunes qui tournent à l’affrontement avec les forces de l’ordre, le climat s’est particulièrement tendu au sein de cette commune pourtant réputée pour son calme et sa population aisée. Située en plein cœur du département, entre Poitiers et Bourges, Châteauroux était jusqu’alors plus célèbre pour être la ville de naissance de Gérard Depardieu, pour son église Saint-André et sa proximité avec le parc naturel de la Brenne que pour des scènes de guérilla urbaine.

Conseillère municipale de Châteauroux depuis 2008, Frédérique Gerbaud ne cesse d’alerter les autorités nationales. Ses nombreux appels à l’aide auprès du ministère de l’Intérieur sont longtemps restés sans réponse. En juin 2020, Christophe Castaner, alors premier flic de France, avait reconnu dans un courrier officiel le manque d’effectifs dans le département et s’était engagé à « apporter des solutions ». Engagement non tenu par son successeur. La sénatrice exprime particulièrement son incompréhension face aux décisions de Gérald Darmanin, qui manqueraient totalement de cohérence : « Comment expliquer qu’il fasse le tour des commissariats de France en promettant des améliorations, mais qu’il refuse de venir à Châteauroux ? », résume-t-elle. Récemment, dans plusieurs communiqués, la sénatrice et le syndicat Alliance invitaient vivement le ministre à se rendre sur place. Un reproche que n’accepte pas François Jolivet, député LREM de l’Indre. Pour lui, le ministre de l’Intérieur est « parfaitement informé de la gravité du sujet » depuis des mois. Après des mois de mutisme, que la sénatrice décrit comme une forme d’injustice et de mépris envers les villes rurales, Gérald Darmanin se rendra enfin sur place lundi prochain.

On devra bientôt choisir entre une femme agressée dans le Nord et une dans le Sud

Si le seuil d’alerte a été franchi dans l’agglomération de Châteauroux, c’est en grande partie dû à la réduction des moyens mis à disposition des forces de l’ordre. Depuis vingt ans, leurs effectifs ont diminué de moitié. Une chute vertigineuse qui ne fait que s’accélérer : sur la seule année 2020, le syndicat annonce une baisse de 20 % des moyens humains dans le département. En l’espace d’un an, l’unité canine et la brigade d’assistance judiciaire ont également été fermées. Le seul poste de police du quartier Saint-Jean a été détruit. Des décisions qui ne passent pas pour Alliance : « On va peut-être arriver à un point où on devra bientôt choisir entre une femme agressée dans le Nord et une dans le Sud », déplore Jérôme Retaillaud. Même s’il avoue ne pas avoir été surpris par les tirs de kalachnikov, il estime en revanche qu’un cap a été franchi.

Tous s’accordent aussi pour pointer du doigt l’inaction totale de la municipalité de Châteauroux et de l’ancien préfet de l’Indre, Thierry Bonnier. Interpellé à plusieurs reprises sur l’insuffisance des moyens des policiers à Châteauroux, ce dernier a toujours préféré botter en touche. En janvier, il affirmait, dans la Nouvelle République, que les effectifs insuffisants dans les services de la Police nationale à Châteauroux n’étaient pas « un vrai sujet ». Contacté par la rédaction de Valeurs actuelles, il n’a pas souhaité répondre à nos questions. Arrivé dans l’Indre à l’automne 2018, il a rejoint, le 8 mars, la préfecture de l’Aude. Laissant les policiers castelroussins dans l’incompréhension…

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